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mercredi, 19 août 2015 00:53

Extrait de l'interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pour l'édition spéciale de l'émission "Formule du pouvoir" intitulée "Nations unies – 70 ans" et diffusée sur la chaîne Rossiya 24, Moscou, 14 août 2015

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Question: Quelle est la particularité de la session-anniversaire de l'Onu consacrée aux 70 ans de l'Organisation, hormis sa date symbolique? Quel sera son format? Quelles décisions devraient y être prises? Qu'attendez-vous personnellement de cette session?

Sergueï Lavrov: Les questions de politique internationale seront évoquées traditionnellement par les chefs d’État. La veille, un sommet consacré au développement durable permettra l'adoption d'un programme sur 15 ans, jusqu'en 2030, qui englobera les efforts internationaux pour régler les problèmes économiques et financiers étroitement liés au règlement des tâches sociales et des menaces terroristes émanant du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. Je suis certain que ce sujet sera exprimé et écouté avec intérêt pendant les discussions à l'Assemblée générale des Nations unies. Nous essaierons de donner le ton à la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment en tenant compte de l'initiative avancée par le Président russe Vladimir Poutine de former un front commun pour combattre les structures terroristes comme l’État islamique, tout en promouvant les processus de paix dans la région, en particulier en Syrie.

Question: Quel fut le rôle de l'URSS puis de la Russie dans le renforcement de l'Onu et de son autorité?

Sergueï Lavrov: L'Union soviétique soutenait activement les principes de la Charte de l'Onu qui sont aujourd'hui les plus viables: l'équité des parties, la souveraineté de tous les États, le respect des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes en tant que principe fondamental de l'Onu et l'engagement de chaque État à garantir les droits de leurs peuples pour qu'ils ne soient pas opprimés. Ce principe est particulièrement pertinent aujourd'hui. Nous avons aussi défendu les principes clés de l'Onu comme la culture du compromis, la nécessité de faire en sorte que le Conseil de sécurité, en tant que principal organisme chargé d'assurer la paix internationale, travaille sur des bases collectives, sur la base d'efforts collectifs. En ce sens je voudrais noter que le droit de veto, souvent critiqué, garantit les freins et les contrepoids nécessaires à tout système démocratique. En revanche, on tente parfois de provoquer des situations susceptibles de tomber sous le coup d'un veto à des fins politiques malsaines, comme ce fut le cas plusieurs fois. Par exemple, nos partenaires occidentaux ont lancé des résolutions n'ayant aucune signification pratique, à l'instar de la commémoration des événements de Srebrenica. Bien que cet événement soit tragique, ce n'est pas au Conseil de sécurité de prendre parti en rappelant un conflit datant de vingt ans. Ce n'est pas non plus au Conseil de sécurité de s'ingérer dans l'enquête criminelle sur la catastrophe du Boeing malaisien en Ukraine. Je n'entrerai pas dans les détails.

Il est important que le Conseil de sécurité préserve sa viabilité et tout ce qui lui sera nécessaire pour jouer à terme un rôle central dans le règlement des crises internationales. Il a déjà été réformé: le nombre de membres est passé de 11 à 15. On parle aujourd'hui d'une nouvelle "vague" d'élargissement. Nous soutenons ce processus. Nous estimons qu'en réalité les pays émergents d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine ne sont pas suffisamment représentés au Conseil de sécurité. C'est pourquoi nous soutenons les requêtes de l'Inde et du Brésil d'y adhérer à titre permanent. Nous pensons que la présence du continent africain devrait aussi être assurée dans cette structure, car, je le répète, les pays émergents ne sont pas suffisamment représentés et leur rôle est insuffisant dans le travail de cet organisme central. Mais il faut promouvoir une réforme qui ne rendrait pas le Conseil de sécurité incontrôlable, trop amorphe et hypertrophié. Sa réactivité est un autre principe clé, avec la représentativité de toutes les régions et de tous les centres de développement mondial. Un peu plus d'une vingtaine de membres – je pense que c'est la limite à viser.

Question: Le Secrétaire général Ban Ki-moon va quitter son poste. Dans une interview il avait indiqué qu'une femme était attendue pour lui succéder. Est-ce que la Russie a des priorités concernant le prochain Secrétaire général?

Sergueï Lavrov: Ban Ki-moon, que nous respectons beaucoup et avec qui nous avons de bonnes relations, termine son second mandat l'an prochain, et conformément à la Charte de l'Onu il ne peut pas être réélu. Le défi est d'assurer l'universalité et la justice concernant l'appartenance géographique du chef du secrétariat. Il y a déjà eu plusieurs représentants d'Europe occidentale, d'Asie, du Continent africain (Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan) et d'Amérique latine. L'Europe de l'Est, en tant que groupe régional officiellement existant à l'Onu, n'a jamais été représentée. Ce groupe existe pourtant depuis l'époque soviétique. Cinq groupes ont été créés: asiatique, latino-américain, africain, euro-occidental avec les USA, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et l'Europe orientale. Ces groupes n'étaient pas initialement pensés pour convenir de questions politiques mais pour désigner plus efficacement et rationnellement les membres des organismes de l'Onu. Par exemple, le Conseil économique et social comprend 54 pays, qu'il faut élire; le Conseil des droits de l'homme n'inclut pas non plus autant de pays que tout le monde voudrait. Ces organismes n'ont pas de composition universelle et il existe de nombreuses structures de ce genre où il faut choisir parmi les membres de l'Onu présents. Afin que toutes les régions soient représentées de manière plus ou moins égale au sein de ces organismes économiques et chargés des droits de l'homme, ces groupes ont été créés pour convenir entre eux des candidatures, y compris pour le Conseil de sécurité des Nations unies, le Conseil économique et social, le Conseil des droits de l'homme et d'autres organismes.

Quand l'Union soviétique et le Pacte de Varsovie ont cessé d'exister, ce groupe a été conservé parce qu'il n'est pas politique et est nécessaire pour organiser de telles élections. Le groupe d'Europe orientale est aujourd'hui du même avis (tous les membres de ce groupe, y compris les membres de l'Otan, ont signé une lettre envoyée à tous les membres de l'Onu pour le soutenir) – nous sommes persuadés que le prochain Secrétaire général doit être un représentant du groupe d'Europe de l'Est. Il existe actuellement plusieurs candidats.

Question: Quels sont les prétendants?

Sergueï Lavrov: Pour l'instant des pays – le groupe a peu de chances de s'entendre. Une dizaine de candidats ont été avancés, dont des femmes. Le groupe pourra difficilement s'entendre mais les procédures d'élection du Secrétaire général et d'avancement des candidatures sont relativement souples. Il se pourrait que le groupe d'Europe orientale propose plusieurs candidats à l'étude de l'Assemblée générale. Au cours des consultations, qui se poursuivent, certains candidats pourraient quitter la course, mais il y aura à coup sûr plus d'un candidat. Je ne vois rien de terrible à ce que l'Assemblée générale reçoive une liste de plusieurs candidats.

Question: Un consensus n'est-il pas nécessaire?

Sergueï Lavrov: Il est obligatoire. La liste est d'abord soumise au Conseil de sécurité des Nations unies, qui a ses propres méthodes de travail: il y a le vote aveugle non contraignant pour que personne ne sache "qui vote pour qui", mais comprendre quel candidat recueille les neuf voix nécessaires, ainsi que d'autres "ruses".

Dans la situation actuelle, je pense que l'issue la plus plausible serait la remise à l'Assemblée générale d'une liste de plusieurs candidats. Il y a toujours eu une seule candidature parce que le Conseil de sécurité filtrait les candidats via ses procédures. Cette fois, simplement en connaissant les prétendants connus, je ne vois pas comment on pourrait faire en sorte qu'il n'en reste qu'un seul sans offenser d'autres candidats parfaitement valables.

mid.ru

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