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dimanche, 22 mars 2015 21:29

Allocution et réponses aux questions des médias du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de sa conférence de presse commune avec le ministre irakien des Affaires étrangères Ibrahim al-Jaafari, Moscou, le 19 mars 2015

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Mesdames et messieurs,

Nous venons de terminer des négociations très utiles et confidentielles qui, selon nous, méritent une estimation positive lors de cette conférence de presse.

Nos relations sont traditionnellement amicales. Nous sommes réunis par la similitude voire la convergence de nos approches des problèmes-clés du monde d'aujourd'hui.

Nous avons accordé une attention particulière au développement des rapports bilatéraux, qui enregistrent une dynamique positive, notamment dans le domaine économique et social. La poursuite de la coopération dans les domaines du pétrole, du gaz, de l'électricité et de la coopération militaire et technique reste également très importante. Des acteurs économiques russes tels que Lukoil, Gazprom neft et d'autres entreprises travaillent activement en Irak et apportent une contribution considérable aux revenus du budget irakien.

Le volume des échanges commerciaux entre nos deux pays s'approche de 2 milliards de dollars. A notre avis, ce n'est pas une limite mais une motivation pour augmenter considérablement la coopération et rechercher des formes prometteuses pour mettre en œuvre nos efforts communs. M. Ibrahim Jaafari, coprésident de la Commission intergouvernementale pour le commerce et la coopération économique, scientifique et technique, évoquera demain ces questions lors de sa rencontre avec Dmitri Rogozine, coprésident russe de la commission et vice-premier ministre russe.

Nous avons beaucoup d'expérience dans le domaine du développement de liens humains et culturels, ainsi que des échanges d'étudiants. L'Irak utilise complètement les bourses octroyées aux citoyens irakiens par l’État russe. Nous sommes très contents de voir se rétablir depuis 2012 la formation de cadres irakiens à l'Académie diplomatique du ministère russe des Affaires étrangères. Demain M. le ministre visitera l'Académie pour faire un cours.

Ibrahim Jaafari nous a informés en détails de la situation en Irak, qui repousse l'offensive terroriste. Nous avons confirmé notre solidarité avec les autorités de ce pays ami et notre volonté absolue de poursuivre notre aide à Bagdad pour renforcer ses défenses face à cette menace, assurer l'unité et l'intégrité territoriale du pays, la non-ingérence dans ses affaires intérieures.

Nous avons confirmé notre soutien aux efforts des autorités irakiennes visant à promouvoir le dialogue et la confiance nationaux. Nous sommes absolument d'accord avec M. le ministre, qui a souligné que la lutte contre le terrorisme était l'objectif principal de tous les pays de la région et de leurs véritables amis.

De ce point de vue, nous avons analysé les événements en Syrie et au Yémen. Dans ces deux cas il est nécessaire d'obtenir un dialogue national stable parallèlement à l'élargissement des efforts antiterroristes.

Nous sommes d'accord sur le caractère préoccupant du règlement du conflit israélo-palestinien. Il est important de prévenir un arrêt complet des négociations. Nous essaierons de contribuer à la réalisation de cet objectif.

Nous avons également évoqué les négociations sur le programme nucléaire iranien. L'Irak et la Russie ont intérêt à ce que ces dernières aboutissent dans des délais fixés. Nous soutenons l'opinion générale sur l'importance de l'implication de l'Iran sur une base d'égalité à la résolution de pratiquement tous les problèmes du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord.

Je suis certain que nos négociations sont très importantes pour promouvoir des projets prometteurs dans le cadre de la coopération bilatérale dans tous les domaines pour le bien de nos pays, de nos peuples et des efforts visant à renforcer la stabilité et la sécurité régionales.

Question: Pourquoi la Russie ne participe-t-elle pas à la coalition internationale des USA contre l’État islamique?

Sergueï Lavrov: Comme je l'ai déjà dit, la Russie apporte son soutien le plus actif à l'Irak pour assurer et renforcer sa capacité à se défendre contre la menace terroriste de l'EI.

Quant à la coalition internationale sous l'égide des USA, elle travaille en Irak sur autorisation du gouvernement irakien légitime. Par contre sur le territoire syrien, les conditions juridiques ne sont pas réunies. Les dirigeants de la coalition ont adopté une position franchement politisée en déclarant illégitime l'interaction avec le gouvernement syrien et ses forces armées dans la lutte contre l'EI. Je trouve cette position contre-productive et sans perspective.

Très récemment, le gouvernement syrien était un partenaire légitime de la communauté internationale, y compris des USA, dans le travail conjoint sur l'élimination des réserves d'armes chimiques du pays, et personne ne parlait de légitimité ou d'illégitimité. Je considère le terrorisme comme une menace tout aussi dangereuse que les produits toxiques.

Nous sommes prêts à poursuivre la coopération avec nos partenaires étrangers pour combattre le terrorisme international sur la base juridique internationale, avec un rôle central de l'Onu et de son Conseil de sécurité. Nous préconisons d'organiser sous l'égide du Conseil de sécurité des Nations unies une analyse complète des menaces – avant tout terroristes et extrémistes – en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et d'élaborer une approche commune basée sur des standards communs, pour éviter une situation paradoxale, où dans un cas tout le monde se bat contre une organisation terroriste concrète, et dans l'autre ces mêmes terroristes sont considérés comme des partenaires pour renverser des régimes indésirables.

Je souligne que le plus important est notre contribution militaro-technique directe aux efforts de nos amis irakiens. C'est précisément de la contribution réelle aux succès dans la lutte contre le terrorisme sur le terrain dont nous a parlé monsieur Jaafari.

Question: L'agence de presse Reuters a récemment publié les déclarations des témoins du crash du Boeing malaisien près de Donetsk, qui auraient vu le lancement d'un missile sol-air depuis le territoire contrôlé par les insurgés. Que pouvez-vous dire à ce sujet? Quelles sont les revendications de la Russie concernant l'enquête sur cette catastrophe aérienne?

Sergueï Lavrov: Nous suivons très attentivement tout ce qui pourrait porter la lumière sur les causes de la catastrophe aérienne et ses responsables. Nous appelons objectivement, impartialement et professionnellement à examiner tous les faits et versions sans exception. Il est inacceptable que quelqu'un prétende détenir le monopole de la vérité tant que l'enquête n'est pas terminée. Malheureusement, les tentatives de déformer les faits se poursuivent pour imposer des versions biaisées à des fins franchement malsaines.

Les informations publiées par l'agence Reuters, prestigieuse et respectée, ressemblent à de la désinformation. Les témoins se contredisent et racontent des versions qui amusent les spécialistes, en évoquant par exemple "une fusée qui vrille", des "étages qui se détachent", une "traînée de fumée bleue". A en juger par ces informations, les témoins ont réussi à voir le crash de l'avion se trouvant à 25 km des lieux, le tout par temps très nuageux. Pourtant, nos collègues et médias occidentaux ignorent, on ne sait pourquoi, les nombreux témoignages non anonymes expliquant avoir vu dans le ciel un chasseur au-dessus de la zone du crash. Un témoin qui travaillait sur l'un des aérodromes militaires d'Ukraine a déclaré face caméra que ce jour-là un avion militaire était parti en mission et était rentré avec un missile manquant. Alors que les autorités ukrainiennes affirmaient qu'aucun avion militaire n'avait décollé ce jour-là. Tout le monde l'ignore.

Nous sommes fatigués de rappeler les questions posées par l'Agence fédérale russe des transports aériens (Rosaviatsia) et le ministère russe de la Défense peu de temps après la catastrophe. D'après moi, personne n'a l'intention d'y répondre. En particulier la question de savoir où se trouvent les enregistrements des conversations entre les contrôleurs ukrainiens et le Boeing et d'autres avions se trouvant dans l'espace aérien dans cette région; où sont les photos promises par les Américains des satellites et des avions AWAKS, qui travaillaient également ce jour-là. Personne ne répond et sincèrement, je n'espère même plus.

Nous insistons et continueront d'insister sur l'examen de tous les faits et versions. Nous ne le ferons pas pour que l'une soit "gagnante", mais pour établir la vérité. C'est le plus important. Malheureusement, on a l'impression que certains de nos partenaires poursuivent d'autres intérêts: dans l'impossibilité de prouver la position exposée quelques jours après la catastrophe, il faut tout faire pour retarder l'enquête, voire l'enrayer.

Question: Les USA ont l'intention de durcir les sanctions contre la Russie car Kiev ne remplit pas les accords de Minsk. Pensez-vous qu'il serait utile d'organiser prochainement une réunion au "format Normandie" au sommet ou à haut niveau?

Sergueï Lavrov: Le "format Normandie" est un thème important. Les USA parlent actuellement d'un durcissement des sanctions, mais aussi de la nécessité d'envoyer des armes en Ukraine. C'est un paradoxe: une violation grossière par Kiev de ses engagements dans le cadre des accords de Minsk du 12 février est encouragée par les USA. On a rapporté hier la conversation téléphonique entre le vice-président américain Joe Biden et le Président ukrainien Piotr Porochenko, pendant laquelle le représentant américain a salué l'adoption de la loi par le Parlement ukrainien le 17 mars, mardi. Si Washington encourage des actions sapant les accords de Minsk, alors la seule conclusion qu'on puisse tirer est que les USA poussent Kiev au règlement militaire du problème. D'autant que durant cet entretien Joe Biden et Piotr Porochenko ont évoqué la contribution des USA à la formation, à l'entraînement et à l'équipement de la Garde nationale ukrainienne.

Nous estimons qu'il est absolument inadmissible de permettre de saborder les accords de Minsk. Il faut empêcher qu'ils connaissent le sort de l'accord du 21 février 2014 signé par Viktor Ianoukovitch et l'opposition, en présence des ministres des Affaires étrangères de l'Allemagne, de la France et de la Pologne, qui a été piétiné le lendemain. Il faut empêcher également qu'ils connaissent le sort de la déclaration adoptée à Genève le 17 avril 2014 par les ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l'Ukraine, des USA et des représentants de l'UE. Je rappelle que dans ce document la partie ukrainienne s'était engagée à entamer immédiatement la réforme constitutionnelle à travers un dialogue national impliquant toutes les régions et forces politiques. C'était en avril 2014. Cela fera bientôt un an que cet engagement a été pris!

Nous espérons que les actions du gouvernement ukrainien, qui a soumis au Parlement ce projet de loi et tiré un trait sur son engagement de dialoguer et s'entendre directement avec le Sud-Est de l'Ukraine, y compris concernant les élections et l'application de la loi sur le statut spécial, ne seront pas ignorées par l'Allemagne et la France, dont les dirigeants ont investi leur autorité dans les accords de Minsk du 12 février.

Il est temps de s'entretenir au "format Normandie". J'ai demandé aux ministres des Affaires étrangères de l'Allemagne et de la France d'entreprendre d'urgence des démarches communes pour empêcher la dérive de la situation. Nous savons que les députés russes, allemands et français sont préoccupés à ce sujet. Une réunion au "format Normandie" au niveau de vice-ministres des Affaires étrangères pourrait se tenir la semaine prochaine. Mais compte tenu de la complexité de la situation, il est possible que le niveau de la réunion soit plus élevé.

 

mid.ru

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