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lundi, 09 juillet 2018 14:01

Prémonition d’une guerre commerciale

Written by  Vladimir Petrovski, docteur ès sciences politiques, membre de l’Académie des sciences militaires, expert de l’Institut d’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie

A la différence du chef d’œuvre de Dali (« Prémonition de la guerre civile ») ou de la chanson du même nom de Youri Chevtchouk, l’état actuel des liens commerciaux américano-chinois ne porte pas à l’alarmisme et ne fait pas penser à l’absurdité. Cependant, les raisons de se préoccuper par l’avenir du commerce mondial ne manquent pas.

La Maison blanche a déclaré le 22 juin que les États-Unis introduiraient les tarifs douaniers de 25% sur les importations en provenance de Chine pour le montant de 50 milliards de dollars. Il est possible qu’elles concernent l’aérospatiale, les technologies informatiques et les communications, la robototechnique, l’équipement industriel, les nouveaux matériaux et la construction automobile.

Pékin a réagi d’une manière symétrique ayant fixé le tarif douanier de 25% sur les produits américains pour une somme analogue. 659 produits figurent sur la liste dont 545 seront frappés d’un tarif élevé à partir du 6 juillet. Pour les autres le délai d’introduction des tarifs n’est pas précisé. Les tarifs plus élevés concerneront les produits agricoles, les fruits de mer, les véhicules, l’équipement médical, les produits chimiques.

Donald Trump a donné en réponse l’instruction de composer la liste des produits chinois pour le montant de 200 milliards de dollars pour introduire éventuellement à leur égard les tarifs supplémentaires de 10%, si la Chine augmente à l’avenir également les taxes sur les produits américains.

La partie chinoise a qualifié de chantage les taxes douanières sur les produits chinois imposées par les États-Unis. « La partie américaine a commencé une guerre commerciale, violé les règles du marché ce qui contredit les tendances contemporaines du développement mondial, porte préjudice aux intérêts des entreprises et des peuples de la RPC et des États-Unis ainsi que du monde entier. La partie chinoise y réagira en défendant les intérêts nationaux aussi bien que les intérêts du commerce mondial », est-il indiqué dans la déclaration du ministère chinois du Commerce.

Le litige commercial américano-chinois est de longue date. Cependant, aujourd’hui le protectionnisme de Donald Trump entre en contradiction avec la position conséquente de la Chine ne faveur du libre-échange fondée sur les principes de l’OMC. La thèse sur la protection du libre-échange avancée par Xi Jinping au Forum de Boao en avril 2018 a été conçue dès le XIX congrès du PCC et formulée au récent forum de Davos.

D’où les propos conciliateurs dans les déclarations des représentants chinois selon lesquels la Chine n’aspire pas à fixer une balance commerciale positive et pour stimuler la consommation intérieure se montre prête à accroître les importations, à améliorer les conditions pour les investissements et l’accès au marché d’assurances.

La visite d’une délégation avec à sa tête le vice-président du Conseil d’Etat de la RPC Liu He aux États-Unis et ensuite la visite du ministre américain des finances Steven Mnuchin en Chine en mai 2018 ont débouché sur la signature d’un communiqué conjoint sur les consultations économiques. La RPC et les États-Unis ont décidé d’appliquer les mesures en vue de baisser le déficit commercial américain. Il est prévu de satisfaire grâce aux produits et services américains, les besoins croissants en RPC et de l’autre, de créer aux États-Unis de nouveaux  emplois et de réunir les conditions pour l’essor économique.

Les parties se sont entendues d’accroître les importations de produits agricoles et énergétiques américains et ont précisé les domaines dans lesquels il est prévu de coopérer, d’encourager les investissements réciproques et de créer un milieu d’affaires équitable et concurrentiel. Il est convenu, en outre, de poursuivre les consultations au sommet sur les problèmes économiques, c’est un format sans précédent entre les États-Unis et les autres pays.

On a l’impression qu’une guerre commerciale soit du moins ajournée. Or, une « aggravation estivale » a suivi les déclarations du président américain. Selon The Wall Street Journal, Trump a fait part d’intention d’interdire aux compagnies chinoises d’investir dans les sociétés technologiques aux États-Unis et de bloquer les exportations supplémentaires de technologies américaines vers la Chine.

Une question s’impose : les actes de la partie américains proviennent-ils exclusivement des motifs économiques ? Ne cherche-t-elle pas à affaiblir un concurrent dans le domaine des hautes technologies par des méthodes non économiques ?

Le gouvernement de la RPC a élaboré en 2015 une stratégie de développement de l‘industrie Made in China 2025 (MIC2025) donnant la priorité au développement des productions à forte valeur ajoutée dans le domaine des hautes technologies. Il était prévu, en particulier, de porter la production de pièces, d’équipements complets dans l’aérospatiale, les télécommunications, la génération d’énergie, dans l’industrie de transformation à 40% de l’ensemble de la production de la RPC d’ici 2020 et à 70% d’ici 2025.

Les Conseil pour les relations économiques des États-Unis considère MIC2025 comme une « menace à la suprématie technologique de l’Amérique » parce que cette stratégie rend les fournisseurs américains imcompétitifs. Il est indiqué que la partie chinoise contraindrait les sociétés étrangères à livrer les technologies en échange d’accès au marché de la RPC et de maintien des conditions du busines dans le pays.

Les explications de la partie chinoise ayant dit que MIC2025 n’était pas une stratégie discriminatoire et n’avait pas pour but d’évincer les fournisseurs américains de la sphère des hautes technologies n’ont pas été entendues. Tout comme celles que loin de s’approprier les technologies, la Chine aspirait, par contre, à coopérer avec les compagnies américaines dotées de technologies de pointe qui pourraient contribuer à développer l’économie à l’avantage mutuel.

Tout porte à croire que les États-Unis ont interprété incorrectement les indices de MIC2025 concernant le remplacement des importations (40% et 70%). Ce ne sont pas des objectifs obligatoires mais indicatifs, des repères utilisés dans la planification stratégique par tous les pays du monde, y compris par les Américains (le programme National Information Infrastructure (NII) pendant la présidence de Clinton ou le programme de doublement des exportations sous l’administration Obama)..

En dressant le bilan il convient de noter : la réponse chinoise au durcissement du protectionnisme ne réside pas dans les dénommées contre-mesures mais dans la continuation de la politique d’ouverture et de réformes. L’essor économique de la Chine et les lois de l’économie de marché mettront sans doute les points sur les i.

Dans les débats avec les États-Unis la partie chinoise était dès le début prête à un compromis, parce que la montée des tarifs douaniers ne fait qu’attiser l’escalade du conflit commercial. La Chine connaît de son propre expérience, notamment de celle des sanctions économiques après les événements sur la place Tiananmen, que l’« augmentation des tarifs », l’introduction des contre-sanctions, le durcissement de la rhétorique, etc., n’ont pas de perspectives. La Russie pourrait, d’ailleurs, mettre à profit l’expérience chinoise.

 

L’opinion de l’auteur ne correspond pas forcément à celle de la Rédaction.

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