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samedi, 03 mars 2012 00:00

L’Europe a besoin de la Russie

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Armen Oganessian, rédacteur en chef de  la revue La Vie Internationale :  Monsieur Prodi, vous avez dit il y  quelque temps que l’Europe devenait plus forte  pendant les crises à condition d’extension de la  solidarité européenne et de renforcement de  l’infrastructure. À votre avis, dans quelle  situation est aujourd’hui l’Europe ?  

Romano Prodi : Nous avons traversé beaucoup  de crises et la crise a toujours contribué à  renforcer l’Europe. Le progrès est enregistré dans  la politique en ces périodes. Dans l’après de  Gaulle : la France poursuit les pourparlers  intenses au sein de l’Union européenne sur son  élargissement. La situation s’accentue en d’autres  périodes également : par exemple, les opinions  des États européens divergent concernant la  guerre en Irak. On est fondé d’afrmer que  l’Europe se désintègre en ce moment en deux  camps. Il y a eu beaucoup de moments pareils.  Nous nous arrêtons chaque fois avant d’avancer. Cette fois, j’espère bien, il en sera ainsi. Nous réussirons même si la crise que nous traversons actuellement est prolongée et prescrit de multiples solutions techniques et politiques qu’il est difficile  d’adopter. Comme un politicien expérimenté de la vieille école, je sais qu’il  faut étudier plus profondément les intérêts réels de chaque pays. Je pense  que personne n’est intéressé à la désintégration de l’Europe bien qu’il existe  des attitudes différentes dans la politique extérieure, surtout envers la  situation au Proche-Orient.

En ce qui concerne l’Allemagne, il convient de noter que ce pays n’a  jamais eu de dépenses budgétaires aussi importantes ayant atteint l’année  dernière 200 milliards d’euros. À comparer cet indice au PIB, il est clair que  l’Allemagne devance la Chine. Le chiffre d’affaires du commerce entre  l’Allemagne et la Chine est sinon sans précédent, du moins impressionnant.

Dans le même temps, plusieurs politiciens allemands déclarent  instamment : « Non aux euro-obligations », « Non au renforcement de la  Banque centrale européenne ». Il faut du temps : au moins douze mois pour  les persuader de changer d’attitude. Je réserve justement une année, les  prochaines élections en Allemagne étant fixées à septembre 2013.

L’avenir prévisible sera, à mon avis, instable en Europe. Je suppose des  fluctuations mais un certain compromis sera recherché.

Plusieurs événements imprévisibles de ces derniers temps suscitent la  préoccupation (d’ailleurs, pas du tout sérieuse).

La Banque centrale européenne vote le rachat illimité d’euro-obligations,  etc. Mario Draghi se montre pour la première fois persistant en soumettant à  l’examen du Conseil de direction ses initiatives concernant le rachat d’euro- obligations qui sont approuvées malgré l’opposition de l’Allemagne. Cela  confirme qu’il est possible de trouver une issue à n’importe quelle situation.

Le verdict du tribunal allemand constitue un événement remarquable.

Or, le bilan des élections en Hollande est encore plus important.  Pourquoi ? Non seulement parce que l’Hollande est l’un des pays clés de  l’Union européenne. Étant donné la récession économique, une vive réaction  des habitants du pays aux changements politiques et le fait que les Hollandais  se fondent toujours sur leurs intérêts économiques et se montrent au plus  haut point consciencieux lors du scrutin, les résultats contredisent cette fois  les sondages précédemment engagés.

Cela confirme mon opinion : il est possible de soutenir la dissolution de  l’Union européenne, on peut s’y opposer mais lorsque la situation s’accentue  et vous hésitez : l’Union européenne : être ou ne pas être ?, vous votez  automatiquement pour son existence. C’est une sorte de transaction, tous les  partis pro-européens : de gauche et de droite ayant voté « pour » et tous les  partis populistes : de gauche et de droite — perdu le scrutin.

Cependant, cela me porte à croire que l’instabilité et les difficultés de  l’année prochaine ce sont les réalités promettant toutes sortes d’événements  négatifs. De ce fait, nous devons être très prudents aujourd’hui.

Igor Pellicciari, correspondant spécial de La Vie Internationale en  Europe : Vous avez dit un jour que l’Europe devrait dépendre moins de  l’influence étrangère lorsqu’il s’agit des relations avec la Russie. Y a-t-il, à  votre avis, des changements positifs dans ce domaine ?

Romano Prodi : En examinant les intérêts unissant la Russie et l’Europe, je  répète ce que j’ai dit à ma dernière conférence de presse que j’ai donné, en  tant que président de la Commission européenne, à Bologne : « Voyez, la  Russie et l’Europe, c’est comme la vodka et le caviar. Par exemple, le  programme russe de diversification industrielle : il doit contribuer à l’adhésion  à l’Union européenne, le problème démographique en Russie, notamment en  Sibérie rendant perplexe. L’Europe a elle aussi besoin de la Russie.

L’établissement des liens avec la Russie est sans doute dans l’intérêt  commun. »

Je pense que de nouvelles tendances dans la politique mondiale  acquièrent actuellement une importance de plus en plus grande. Les récentes  technologies américaines d’extraction de gaz de schiste et de pétrole étaient  sous-estimées. Les États-Unis ont assez de pétrole pour exporter les  ressources énergétiques. Ils ont déjà baissé d’un quart les prix intérieurs du  gaz par rapport aux prix internationaux et sont en train de réviser le rapport  entre les prix européens et asiatiques. Cela assurera aux États-Unis  l’avantage indubitable dans le secteur énergétique, changera la structure du  marché européen et — ce qui est encore plus important — stimulera la  concurrence dans l’industrie.

La Russie est des années durant notre fournisseur mais elle devrait être  aujourd’hui plus souple. Il faut comprendre mieux les changements au  marché, et les récentes grandes transactions avec certaines compagnies  énergétiques allemandes le confirment.

Quoi qu’il en soit, nous devons construire les rapports plus solides. Pour y  parvenir il faut révéler les origines de la tension : elle provient de la position  de l’Ukraine. Ce pays devrait intervenir en médiateur entre la Russie et  l’Union européenne au lieu d’être une source de confrontation. Les intérêts  de chaque partie ne doivent pas compliquer la situation. Il est difficile d’y  parvenir faute d’unanimité en Ukraine mais il faut aspirer à promouvoir une  coopération politique et économique dans l’intérêt commun.

En réfléchissant aux aspects dans lesquels je ne suis pas expert, je pense  que vu une baisse considérable de la population dans l’Est de l’Oural, la Russie sera en perspective plus orientée vers l’Europe que dans les années  précédentes. D’après les pronostics démographiques, la population de  Sibérie sera inévitablement en baisse. De ce fait, on est fondé de constater la  similitude de l’Europe et de la Russie et leur dissemblance des États-Unis.

Dans l’ensemble, l’Allemagne et l’Italie en savent plus que les autres pays  grâce à leurs traditions et intérêts économiques. J’insiste : nous pouvons et  nous devons atténuer certains aspects de la tension qui ne sont nouveaux ni  pour la Russie ni pour l’Europe.

L’afflux d’investissements européens en Russie augmente sensiblement  aujourd’hui et ceci — non seulement dans l’industrie automobile mais aussi  dans plusieurs autres secteurs. Cependant, dans le service tertiaire et le  système d’assurances bancaires nous appartenons jusqu’à présent aux  univers différents. Il serait logique de qualifier l’afflux d’investissements de  lent et graduel mais, à mon avis, nous devons coopérer dans ce domaine.  J’insiste : nous devons atténuer la tension qui existe entre nous au nom de  nos intérêts communs.

Armen Oganessian : L’Allemagne est le partenaire numéro un de la Russie  alors que l’Italie arrive en quatrième position.

Romano Prodi : Mais cela ne suffit pas !

Armen Oganessian : Plusieurs autres pays se rapprochent de la quatrième  position dans le chiffre d’affaires du commerce avec la Russie. Que pensez vous du potentiel de relations entre la Russie et l’Italie ?

Romano Prodi : Le commerce, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Le forum  russo-italien organisé par la banque Inteza aura lieu en octobre 2013 à Vérone.  Nous sommes profondément entraînés dans ce projet. Or, en analysant votre  choix politique, vos besoins et notre structure industrielle, j’envisage l’avenir  avec optimisme. Vous avez mentionné en premier lieu l’industrie automobile,  secteur dans lequel nous ne sommes pas plus forts que vous. Or, la stratégie  de la Russie doit consister en perspective à accroître la demande de  consommation justement dans les secteurs dans lesquels l’Italie est forte. La  céramique, l’électroménager italiens sont dès aujourd’hui demandés au  marché russe. De plus en plus de compagnies italiennes déploieront à l’avenir  leurs activités dans divers secteurs de l’économie russe.

Aucun pays européen ne donne aujourd’hui un signal d’avoir moins besoin  de ressources énergétiques russes : nous avons décidé de ne pas promouvoir  l’électronucléaire. Nous poursuivons sans doute l’extraction d’énergie de  sources alternatives, nous utilisons l’énergie solaire et l’énergie des marées  mais les liens traditionnels dans le secteur énergétique seront conservés.  J’insiste : compte tenu du fait que le marché du gaz naturel change dans le

 monde entier et nous attendons, de ce fait, une certaine souplesse de la part  de la Russie. Il n’y a pas eu jusqu’à présent de problèmes liés aux livraisons de  gaz d’Algérie ou de Libye. Or, il est clair que la liste des risques serait beaucoup  plus courte s’il s’agit de la Russie. Les livraisons de gaz étaient interrompues,  ne fut-ce que pour une courte période pendant la guerre en Libye et je vois des  fournisseurs stables en Orient. La Russie rejoint maintenant le Blue Stream et  ce n’est pas une révolution mais le résultat du progrès.

Je ne pense pas qu’il y aura des obstacles liés à la formation de l’Union  douanière Russie-Kazakhstan-Biélorussie. Les conflits des intérêts sont  possibles mais dans l’aspect plus vaste nous devons œuvrer pour surmonter  les restrictions bureaucratiques et non seulement pour nous intégrer au  marché libre quelque attrayant qu’il puisse paraître.

Les Italiens craignent en Russie les difficultés liées au système centralisé  d’adoption des décisions plutôt qu’à la douane, à la consommation  croissante, au système bureaucratique par trop lent, etc.

La Russie pourrait sans doute adresser des prétentions pareilles à l’Italie.

Armen Oganessian : Vous avez toujours insisté sur le développement des  rapports entre la Russie et l’Italie, la Russie et l’Europe. Dans l’actuel  contexte vous avez exhorté à unir le potentiel économique de la Russie et de  l’Europe pour stimuler une coopération foncièrement nouvelle dans la  Grande Europe. Y a-t-il en Italie et à Bruxelles beaucoup de politiciens qui  partagent vos opinions ? J’ai été étonné que monsieur Cameron ait répété en  prévision de sa visite aux États-Unis le mot d’ordre de de Gaulle concernant  l’aspiration à une « Grande Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Qu’en pensez vous ?

Romano Prodi : Nous devons préciser ce que nous avons en vue en  employant le terme de « Grande Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Si vous  parlez de l’adhésion à l’Union européenne, ce n’est pas un programme à  court terme. Quand on me demande s’il existe un programme supposant que  la Russie devienne partie de l’Union européenne, je réponds comme suit : la  Russie est trop grande, il faudra instituer deux capitales. L’une d’elles sera  Moscou. Cependant, il ne faut pas fixer aujourd’hui de tels objectifs. (Tout  dépend de l’évolution de la situation.) Suivant la logique de de Gaulle, nous  avons besoin du renforcement de l’Union.

C’est pour ça que j’ai mentionné l’Ukraine. Il faudrait l’aider à bouger du  point mort pour que le processus ne se ralentisse pas. Il est nécessaire de  surmonter les barrières dans le secteur bancaire, les finances, de lutter contre  la bureaucratie, etc. L’Europe est convaincue qu’il est nécessaire de déployer  les efforts pour analyser pas à pas les divergences politiques. Après avoir trouvé des solutions de plusieurs d’entre elles, nous comprendrons que la  politique a changé.

En tant que président de la Commission européenne, j’ai voulu concevoir  les projets de coopération à long terme, par exemple dans le domaine de la  liaison par satellites.

Nous devons coopérer avec la Russie dans la mise en œuvre des projets  qui exigent une confiance particulière. Il convient d’évoquer la guerre en  Irak. Nos positions ont alors substantiellement divergé. Aujourd’hui nous  abandonnons les divergences politiques en avançant vers la conception d’une  coopération plus forte. Il est temps de réviser certains vieux foyers de conflit.

Il existe bien sûr le problème de la liberté de la parole dans les médias. À  mon avis, ils sont sérieux. Or, il est nécessaire de coopérer malgré ces  divergences pour étayer le dialogue. Celui-ci suppose l’absence de préjugés  et de sermons de part et d’autre.

Armen Oganessian : L’ambassadeur de Russie en Italie Alexeï Mechkov a  souligné récemment en s’entretenant avec le maire de Bologne qu’un  million de touristes russes visitaient tous les ans l’Italie. 25 pour cent des  achats reviennent pour la part des Russes. Plusieurs pays : la Turquie, la  Croatie ont annulé les visas pour les touristes russes. Or, la discussion  autour du régime des visas entre la Russie et l’Union européenne piétine.  Qu’en pensez-vous ?

Romano Prodi : Mon opinion est bien simple : je ne sais pas à quoi bon  existent les visas s’ils n’empêchent plus les terroristes et ne règlent pas  d’autres problèmes analogues. J’ai toujours estimé le visa un instrument  désuet. Cela concerne tout particulièrement le régime des visas avec les pays  où il n’existe pas d’émigration de masse. Au cas contraire, le visa est un  instrument pour contrôler l’entrée. Néanmoins, l’annulation du régime des  visas équivaudra à un suicide. Vous avez dit qu’un million de touristes russes  visitent l’Italie mais c’est un million de touristes russes assez riches.

Le problème du régime des visas n’est pas isolé. Il faudrait éliminer les  restrictions bureaucratiques dans nos relations.

Igor Pellicciari : Je voudrais vous adresser une question concernant  l’Afrique. Vous avez abordé un problème sérieux de l’établissement de la  paix sur le continent. Quelles démarches réelles sont entreprises dans ce  domaine ? Comment la sécurité est liée au développement des États  africains ? Il n’existe pas de choses simples en Afrique …

Romano Prodi : Il convient de noter que le maintien de la paix en Afrique  constitue l’immense problème. Les conflits sont, Dieu merci, moins  nombreux sur le continent. Or, la situation demeure compliquée dans la région des Grands lacs, au Soudan, en Somalie, au Mali, au Tchad. Je ne  crois pas que nous avons fait suffisamment sur ce volet. J’ai proposé de  remettre à l’Union africaine certaines prérogatives en vue de maintenir la  paix tout en conservant celles dont elle est dotée ce qui permettrait à l’Union  de participer entièrement au processus de maintien de la paix et lui offrirait  le temps pour s’adapter. Cependant, la Grande-Bretagne et la France et  même les États-Unis et la Russie s’y sont opposés prétextant que l’Union  africaine soit insuffisamment forte. Or, si nous ne nous orientons pas vers  l’avenir, il est peu probable que l’Afrique se remette. L’examen de la situation  dans chacun des 54 États africains porte à croire que leur industrie est  insuffisamment développée pour assurer l’économie nationale.

La conférence de l’ONU, de l’Union africaine, de l’Union européenne,  des États-Unis et de la Chine se déroule tous les ans. J’espère que la Russie  nous rejoindra en perspective. Nous avons un intérêt concret à l’Afrique.  Dans le même temps, il n’existe pas d’Afrique parmi les priorités de la Russie.

Nous convoquons tous les ans une conférence avec la participation de  l’ONU, de l’Union africaine, de l’Union européenne, des États-Unis intitulée  « L’Afrique : 54 États, un continent ». La première réunion a eu lieu à Bologne,  la seconde — à Washington, la troisième — à Addis-Abeba et la quatrième se  tiendra à Pékin en mai prochain. Les délégués examinent les problèmes  relatifs au commerce interafricain. Il est nécessaire de développer un marché  plus homogénéisé. Sinon, l’Afrique n’évoluera pas.

L’Afrique est toujours très pauvre mais on voit ces cinq dernières années  une lueur de l’espoir. Cela provient, à mon avis, pour une large part de  l’achat des matières premières par les compagnies chinoises. Or, le  développement est nécessaire même dans les pays comme l’Éthiopie où il  n’existe pas de ressources énergétiques, de matières premières destinées à  l’exportation.

Nous devons décider s’il faut régler ce problème ou bien les dénommées  « grandes puissances », y compris bien sûr la Russie, considèrent toujours  l’Afrique empêtrée dans le passé, vouée à l’exploitation et à la désintégration.  Même la politique des États-Unis ne se répand pas sur l’ensemble du continent.  Ils coopèrent avec les pays d’Afrique de l’Ouest et plusieurs pays « français ».  L’unique pays qui coopère avec tous les pays africains, c’est la Chine ayant, si je  ne trompe pas, les rapports diplomatiques avec 51 pays sur 54. Dans le même  temps, la Chine rivalise avec Taïwan présent partout en Afrique.

Il est clair que nous sommes en présence d’un phénomène très intéressant :  la Chine est l’unique pays au monde exportant simultanément les gens, les  produits, les technologies et le capital. Il faut réfléchir à ce défi chinois et

 examiner son aspect politique. Nous devons enfin considérer l’Afrique comme  un continent. Par contre, la Chine coopère avec certains pays.

Armen Oganessian : Quel rôle jouent la Chine et l’Inde dans le monde  contemporain ? Leur croissance, peut-elle garantir plus de stabilité ou elle  entraînera les problèmes plus compliqués en Europe et en Russie ?

Romano Prodi : La Chine sera dans la plupart des cas, en règle générale,  le premier ou le second joueur au monde. C’est un facteur objectif dû non  seulement à l’accroissement de la population mais aussi aux changements  dans les technologies. Un exemple : Obama s’entretient avec les ouvriers en  février 2011 et ils lui racontent que leur ligne d’assemblage se trouve en  Chine. Ils disent pour rassurer le président que la valeur ajoutée de  l’assemblage à Portland constituera sept dollars pour l’IPhone et 14-15  dollars pour l’IPad. Le président demande : « Si la différence n’est pas très  grande, pourquoi ne pas déplacer la chaîne aux États-Unis ? » Les ouvriers  répondent : « C’est impossible mais pas en raison du prix ». Les chaînes de  production sont prêtes à fonctionner en Chine, au Japon et en Corée du Sud  malgré les désaccords politiques. La maîtrise du personnel, les connaissances  techniques, la souplesse de la main d’œuvre sont à tel point élevées qu’il est  absolument impossible de déplacer la production aux États-Unis. C’est sans  doute un cas particulier mais je pense que l’Europe doit être unie. Même  l’Allemagne ne saurait faire face à elle seule au défi chinois.

Il convient d’ajouter que personne n’aime être opposé seul aux États- Unis. Ils utilisent l’Europe en tant que contrepoids. Je suis profondément  déçu que l’Europe ne réunisse pas ses efforts avec la Chine. Les Chinois  prétendent ne pas vouloir vivre dans un monde unipolaire. Ils sont heureux  qu’il existe l’euro parallèlement au dollar. Aujourd’hui la situation a changé.  Ils sont vraiment déçus et n’ont plus d’illusions en ce qui concerne l’euro, ils  ne rêvent plus d’un panier bimonétaire, ils aspirent à un panier de plusieurs  monnaies.

Du point de vue de plusieurs Chinois, la confrontation avec les États-Unis  est inévitable. Or, il existe un facteur effrayant pour la Chine : il est impossible  de sauvegarder la paix isolément. Il faut encore une force pour assurer  l’équilibre. Dans ce cas nous continuerons de parler de l’Europe. 

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