InterAffairs

Jeu05282020

Last update09:48:30 AM

RUS ENG FR DE PL ESP PT ZH AR

Font Size

SCREEN

Profile

Layout

Menu Style

Cpanel
samedi, 11 janvier 2014 18:14

Discours devant la réunion plénière de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Written by 

Cher monsieur le Président, cher monsieur le Secrétaire général, chers membres de l’Assemblée parlementaire, Il y a un an, ma visite ici n’a pas pu avoir lieu. Cependant, les raisons qui m’avaient fait alors obligé de différer le voyage, sont devenues, dans les conditions actuelles, des circonstances et des prétextes nouveaux et sérieux pour la rencontre. Je vois que maintenant, on entreprend de nouveau une tentative d’apporter la discorde aux travaux de l’APCE et de détourner l’Assemblée de la discussion et du règlement des problèmes véritablement urgents, y compris liés à la nécessité de réformer en profondeur le système du suivi parlementaire. Je trouve que c’est un sujet important, et j’y reviendrai encore.

En outre, en rencontrant à Moscou monsieur Jagland et monsieur Mignon, auxquels je voue un respect profond et sincère, je me suis persuadé encore une fois que le niveau de responsabilité, qui incombe aux parlements des pays d’Europe, s’élève rapidement. Et actuellement, il est tout simplement haut comme il ne l’a encore jamais été.

En effet, nous nous rencontrons à un moment dramatique. Et bien que les événements, observés en Syrie, se passent loin de l’Europe, leur marche même et leurs antécédents montrent que les menaces actuelles pour la paix sont directement à imputer au mépris pour le droit et pour les assises fondamentales de l’ordre mondial, posées précisément ici, sur notre continent, en Europe. Si le scénario est mauvais, les conséquences pourront se répercuter sur tous nos pays. Ce qui est le plus dangereux dans cette situation, c’est rester de côté, de s’enfermer dans son silence et de faire preuve d’indifférence.

Tous les pays européens savent bien à quoi mènent l’indifférence et l’esprit de conciliation. Quand l’Europe glissa dans la Première Guerre mondiale, ses pertes en vie humaines commencèrent à se compter par millions et pendant la Seconde Guerre mondiale, par des dizaines de millions. Et nous savons : actuellement la position de certains pays d’Europe s’est montrée ferme et, plus encore, elle a été entendue. J’ai en vue le vote, que tout le monde connaît, au parlement de Grande-Bretagne qui a interdit à son Gouvernement de participer à la frappe aérienne contre la Syrie.

En ce qui concerne l’initiative du Président de la Russie de régler la situation syrienne, elle a reçu un large soutien et a commencé à se réaliser. Vous savez les résultats du vote sur la résolution connue du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a eu lieu il y a quelques jours. L’attachement séculaire de l’Europe aux valeurs humanitaires, sur lesquelles se fondent son droit en vigueur et ses principes de développement, y ont joué le rôle qui n’est pas des moindres.

Vous pourrez demander pourquoi j’en parle maintenant. Mais ne seraitce que parce que même les événements de la Seconde Guerre mondiale commencent à s’oublier, alors qu’on essaie de « retoucher » ses enseignements, en faussant les causes et le contenu de la plus terrible tragédie du XXe siècle. À l’époque, les nazis, en proclamant leur exclusivité et leur suprématie, avaient cyniquement établi dans quel ordre de succession détruire totalement les peuples d’Europe, tous entiers.

L’indifférence et la diffusion de cette idéologie tellement dangereuse a fi nalement coûté très cher au monde entier. À cette occasion, je ne rappellerai qu’une seule citation : « L’indifférence peut paraître tentante ou plus que ça, séduisante, mais c’est justement l’indifférence pour les souffrances qui fait de l’homme un anti-homme, qui fait le jeu de l’agresseur. » C’est ainsi que parlait avec justesse l’humaniste, l’écrivain et prix Nobel Élie Wiesel.

Je rappellerai que l’an prochain, cent ans se seront passés depuis le début de la Première Guerre mondiale, qui avait entraîné des conséquences graves dans toute l’Europe, et dans mon pays — le chaos, la dissolution du premier parlement démocratiquement élu, les événements de la révolution de 1917 et la guerre civile.

Toutefois, cette ancienne agression, qui n’avait pas reçu de riposte qu’elle méritait, n’a fait que se tapir et une vingtaine d’années seulement plus tard, a pris sa revanche, ce qui devait conduire à un nouvel incendie, cette fois mondial et, je le répèterai, à des dizaines de millions de victimes.

Les crimes des nazis contre l’humanité ont été condamnés à Nuremberg, et ces décisions du tribunal international sont imprescriptibles. Cependant, certains politiques contemporains ont commencé à l’oublier, comme ils oublient que les deux guerres mondiales ont été déclenchées à la faveur de la permissivité de ceux qui, jusqu’à un certain temps, n’étaient pas touchés par le mal qui avait déjà enlevé la liberté et les vies humaines à d’autres pays.

En tant que Président de la Société historique de Russie, et chef du comité d’organisation national pour la préparation au 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale, je pense que ces enseignements ne sont pas à oublier. Et que la protection de la vérité historique doit devenir notre tâche commune. Tant dans le cadre des programmes d’enseignements nationaux que dans la politique européenne en direction de la jeunesse. Je propose à cette occasion de pratiquer l’enseignement des documents du procès de Nuremberg non seulement aux universités, mais aussi dans les écoles. Rendre accessibles ses principaux documents dans les langues de tous les peuples d’Europe, en les publiant y compris sur les sites web du Conseil de l’Europe, de l’ONU, de l’OSCE et des autres associations internationales.

Mesdames et Messieurs,

Tout comme aux siècles passés, les gens dans les pays les plus divers du monde observent aujourd’hui avec une attention particulière ce qui se passe en Europe, ses processus sociaux, économiques, politiques, les débats dans notre parlement. Car c’est justement ici, en Europe, que se faisaient les grandes découvertes et que se produisaient des percées technologiques, que naissaient les doctrines juridiques et sociopolitiques qui ont permis de parvenir au progrès et de rendre la vie de l’homme libre et digne.

Dans cette assistance, on connaît bien qu’il n’y a pas et qu’il ne peut pas y avoir de véritable droit sans la morale. Nous ne sommes pas en droit de fermer les yeux sur le comportement qui n’intervient pas dans les normes juridiques ni, à plus forte raison encore, dans les normes morales. C’est justement pour cette raison qu’au début de septembre encore, les parlementaires russes, et en fait eux seuls, ont proposé de rencontrer les collègues américains pour examiner la situation syrienne. Mais, comme vous le savez, ils se sont heurtés à un refus. C’est-à-dire, on préfère là-bas prendre leurs décisions sans écouter les arguments des autres. Je dirai franchement que c’est un cas sans précédent pour les pratiques parlementaires.

Cependant, je suis persuadé : aujourd’hui dans le monde, le rôle de la diplomatie parlementaire ne fait que croître et devient de plus en plus significatif. Quant à la démocratie représentative, apparue en Europe il y a des milliers d’années, elle reste une institution éprouvée et indispensable non seulement pour les États modernes, mais aussi pour conserver l’architecture de sécurité acquise par le monde au prix des souffrances.

N’oublions pas non plus que c’est justement dans la deuxième moitié du XXe siècle que le sentiment de responsabilité commune et d’unité européenne s’est élevé à une hauteur inégalée. Et que c’est justement cela qui avait permis de créer l’ONU en 1945 et quatre ans plus tard, le Conseil de l’Europe et son Assemblée parlementaire.

Je suis persuadé qu’aujourd’hui encore, sous l’égide de l’organisation strasbourgeoise, il est possible et nécessaire de résoudre les problèmes les plus diffi ciles, les plus complexes pour le monde et le continent. On ne peut pas les taire, il faut les porter sur notre agenda central. D’autant plus qu’ici, à l’Assemblée, on entend toujours exprimer des avis différents et proposer des démarches différentes. Pour mon pays, c’est l’indicateur décisif. En effet, ce n’est que comme ça que l’on peut trouver des solutions capables d’êtres communes pour tous les 800 millions d’Européens.

En ce qui concerne les critiques à notre adresse, tout comme à l’adresse de tout autre État, elles sont inévitables. Dans les parlements nationaux, nous en avions tous entendu pire que ça. Cependant, le sentiment de se trouver face à la partialité peut déprécier les objectifs communs les plus élevés et saper tous les efforts constructifs. Or, ce sentiment apparaît, inévitablement, en voyant les tentatives d’imposer à la Russie et à plusieurs autres États encore des engagements sans cesse nouveaux, concernant tant la procédure de suivi de l’APCE que son éventuel passage du niveau du Comité des ministres du Conseil de l’Europe. Je pense cependant que c’est une autre question qu’il est temps d’examiner : le passage du suivi par pays au suivi thématique.

Les pratiques actuelles du suivi, qui considèrent à part les soi-disant nouvelles démocraties, sont à notre avis dépassées. Elles conduisent en fait à la séparation critique, dans l’APCE, en États, si vous voulez, « purs » et « impurs ». Autrement en ceux à qui on adresse sans cesse des reproches et en ceux à qui on ne les adresse jamais, ou presque. Cependant, si le suivi de ce genre pouvait encore passer pour justifi é aux étapes précoces de participation au Conseil de l’Europe de nouveaux États, qui n’en étaient qu’à leurs premières avancées dans la voie démocratique, aujourd’hui cela fait fi gure d’un anachronisme et — pourquoi ne pas le dire — de discrimination politique. Pour cette raison, nous sommes convaincus que la procédure de suivi a besoin d’être profondément et foncièrement remaniée. À ce que nous sachions, telle est aussi la position de nombreuses autres délégations. Et nous proposerons donc, fermement et arguments à l’appui, cette solution.

D’autres problèmes encore demeurent dans les activités du Conseil de l’Europe, et nous ne sommes pas les seuls à en parler dans l’APCE. Je serai même prêt à accepter que souvent, les problèmes ont un caractère objectif. Cependant, la question consiste à savoir comment jeter ce lest sans le laisser aux générations futures, et sur quoi centrer l’attention.

Je voudrais maintenant m’arrêter sur les défi s qui, à mon avis, exercent leur infl uence sur le niveau de notre compréhension mutuelle, mais aussi sur la teneur de l’agenda commun. Cela nous concerne directement, nous qui représentons les institutions du pouvoir législatif.

Le premier, c’est l’état général du droit et de la loi dans le monde contemporain, les tendances actuelles de leur évolution, ainsi que le rôle des parlementaires dans la protection du droit dans son acception fondamentale. En tout premier lieu, la protection contre les interventions extra-juridiques dans son tissu même, y compris la politisation des procédures par essence juridiques. Ces tendances, ravivées par les processus de crise, globaux et autres, deviennent de plus en plus patentes, si bien que garantir la pureté du droit relève de l’obligation première des législateurs.

Il en va de même des normes du droit international. En effet, pour qu’elles puissent apparaître, il fallait que cette volonté soit partagée par tous, alors que pour qu’elles se détruisent, il suffi t de la volonté de quelques-uns seulement. Et le Conseil de l’Europe, qui dispose d’un outil juridique exceptionnel, aurait son mot à dire à ce sujet.

Poursuivons. Nous savons que le processus législatif moderne ne peut pas se dérouler à huis clos, et qu’y participer a depuis longtemps cessé d’être le privilège des « élus ». La société a besoin de voir l’ensemble de la procédure et rester en dialogue direct avec le législateur durant toute la période d’examen des innovations juridiques.

En puisant maintenant dans notre expérience récente, je dirai que c’est justement l’absence de ce lien en sens inverse qui peut remettre en cause tant la légitimité des décisions prises par le pouvoir que l’équité de la justice. Et encore, certaines ressources Internet commencent une nouvelle fois — qui n’est pas la première dans l’histoire — à inspirer aux gens l’idée que leurs libertés individuelles sont absolues, alors que toute contrainte juridique est inexistante. Alors que c’est encore Voltaire qui prévenait que « la liberté consiste à ne dépendre que des lois ».

D’où surgit le troisième thème d’actualité. Les nouvelles communications exercent, en effet, une infl uence bien forte sur l’agenda politique. Sous nos yeux, et en allant parallèlement aux institutions démocratiques traditionnelles, parlementaires et autres, on voit monter en force un autre monde, pour le moment virtuel, mais possédant déjà son procédé à lui de manipuler la conscience sociale et ne reconnaissant pas les frontières nationales. C’est là que se sont formés de nombreux « groupes d’intérêts » et les terrains de discussions bien « branchés ».

D’aucuns pensent même que la venue de l’époque Internet signifi e le déclin du parlementarisme, dès lors que ce sont les réseaux sociaux qui seraient, maintenant, la voix du peuple. Je ne contesterai pas que leur infl uence est grande. Mais je répète que le rôle et la responsabilité des parlementaires ne fait que monter, à ce moment-là. Et il en sera ainsi, je pense, tant que la nouvelle démocratie « électronique » et ses procédures n’auront pas revêtu leur forme juridique impeccable, tant qu’elles n’auront pas satisfait aux plusieurs années de vérifi cation et ne seront pas garanties contre les erreurs qui pourront coûter cher aux générations futures.

Cela dit, au lieu de le prendre comme une menace, nous devons voir dans le civisme montant des occasions nouvelles et encore non exploitées de croissance démocratique. Puisque se sont surtout les jeunes qui utilisent le plus activement l’Internet, cette technologie permet non seulement de rester en contact direct avec eux, mais aussi de réagir à leurs demandes tout récentes.

Le quatrième problème auquel je voudrais appeler votre attention, c’est le besoin, désormais pressant, de se concentrer sur un agenda qui soit vraiment un impératif du jour. Par exemple, c’est le problème des apatrides devenus si nombreux que pour bon nombre, leur situation a cessé d’être quelque chose d’antidémocratique. Qu’est-ce que cela, si ce n’est la substitution du sens même de la démocratie moderne et le recul en arrière, de dizaines sinon de centaines d’années ?

Je n’ai cité, là, que l’un des exemples contemporains parmi les plus criants. Cependant, les autres défi s, communs à nous tous, n’ont disparu nulle part non plus. Ce sont le terrorisme et les confl its interethniques, le trafi c de drogue et la criminalité transfrontalière, le commerce « au noir » d’organes humains et — je le répèterai — le néonazisme qui détruit, dans sa forme ouverte comme cachée, la mémoire historique.

Enfi n, le cinquième sujet, qui serre de près les problèmes que je viens de nommer, c’est la qualité nouvelle qui manque au niveau de la coopération interparlementaire elle-même. Cette tribune convient on ne peut mieux pour le dire, car en tant que plateforme unique où résoudre les problèmes communs, l’APCE aurait pu servir de modèle pour les autres intégrations. Et nous ne cachons pas qu’au niveau de l’intégration eurasienne, nous nous guidons, dans bien des cas, sur l’expérience européenne. Ce modèle nous est proche.

Je soulignerais que nos contacts ont besoin, aujourd’hui, d’un contenu stratégique plus profond, au lieu de nouveaux formats tout simplement. Par exemple, la triade d’objectifs : primauté de la loi, droits de l’homme et développement de la démocratie, est encastrée dans une multitude d’autres priorités du développement. Cependant, quand au profi t des thèmes pseudo-actuels ou confl ictuels, on voit se reléguer au deuxième plan les problèmes du développement de la culture, de l’éducation, de la science ou de la santé, on réduit par là le champ même des activités de l’APCE, et déprécie les domaines qui sont assez importants pour nos citoyens.

Il me semble que les questions de ce genre, incontestablement, méritent notre attention constante. Et je voudrais remercier sincèrement les collègues de nombreux pays pour leur participation au forum parlementaire de l’an dernier à Moscou, où nous avions discuté ensemble des problèmes urgents touchant au développement du parlementarisme, des menaces contemporaines pour la démocratie et de nouvelles modes dans la création des lois. À la mi-novembre, le deuxième forum de ce genre se passera à Moscou, et je serai heureux de vous voir à Moscou. 

Mesdames et messieurs, 

L’année en cours est emblématique pour la Russie. En décembre, on assistera au vingtième anniversaire de la Constitution russe et en même temps, des premières élections à notre Parlement russe moderne. Pour nous, c’est un repère historique dans toute l’acception du terme, qui marque un tournant.

Le futur anniversaire du parlement russe nous a servi d’une bonne occasion pour explorer plus en profondeur les problèmes du parlementarisme moderne. D’autant plus que pendant la majeure partie de ces vingt ans, la Russie est membre du Conseil de l’Europe. C’est à cette période que se rattache, chez nous, la formation d’une nouvelle législation, et l’adhésion à des dizaines de conventions du Conseil de l’Europe, et le droit de nos citoyens de saisir la Cour européenne, et bien d’autres choses encore. Toutefois, l’entrée dans le Conseil de l’Europe du plus grand pays du continent est un événement historique non seulement pour nous, les citoyens russes. Et nous aurons donc encore pas mal de thèmes substantiels pour dialoguer au sein de l’APCE.

Je soutiens l’effort déployé par le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, monsieur Jagland, et ses collaborateurs, en vue de réformer radicalement le Conseil de l’Europe. Et je crois que toutes les sphères sans exception des travaux de l’Organisation strasbourgeoise doivent être à égalité, dès lors que chacune d’elles sert le renforcement des droits de l’home et la démocratie plurielle. La Russie continuera donc à se guider dans les affaires européennes sur le principe The Council of Europe first.

Maintenant, chers collègues, je passerai à ce que vous attendez probablement de moi plus que toute autre chose. Et j’essaierai de m’arrêter brièvement sur ce qui préoccupe encore et toujours les partenaires occidentaux, et nous-mêmes d’ailleurs aussi, dans la politique russe contemporaine. Même en sachant que je ne pourrai pas présenter tous les aspects pendant le temps qui m’a été accordé.

Le premier thème, qui retient l’attention du public à l’étranger, ce sont les amendements apportés à la loi sur les organisations non gouvernementales, ce qu’on appelle « les agents de l’étranger ». Notre grand objectif était de rendre transparent le fi nancement de leurs activités, ce que nous avons bien réalisé. Cependant, nous étudions attentivement la pratique d’application de cette loi, comme c’est aussi le cas, et toujours, de toutes les autres lois. En ayant ces résultats, des ajustements peuvent s’ensuivre. Une discussion se mène déjà à propos d’une défi nition plus précise à donner à la notion d’ « activité politique ». À propos, l’ombudsman russe Vladimir Loukine a saisi la Cour constitutionnelle d’une plainte au sujet de cette loi. Il faut dire que notre parlement tient toujours en respect l’avis de la Cour constitutionnelle. Pour ce qui est du terme « agent de l’étranger », d’aucuns trouvent, pour des raisons que l’on ne sait pas, qu’il comprend des aspects négatifs. Je ne vais pas m’aventurer maintenant dans les fi nesses linguistiques, mais les termes analogues existent également dans la pratique étrangère. Et vous le savez bien.

La deuxième chose sur laquelle je voudrais m’arrêter, c’est la législation russe sur les meetings et les autres rassemblements de masse. Oui, comme beaucoup d’autres pays l’avaient fait avant nous, nous avons rendu plus adéquate la responsabilité pour les infractions à la loi au cours des meetings. Je le souligne : pas pour la participation à ceux-ci, mais uniquement pour les infractions concrètes commises au cours des meetings et des autres initiatives de masse. Les meetings, les manifestations, les piquets se tiennent toujours et sont assez fréquents, chez nous. Nous y sommes favorables. Cela veut dire que la loi adoptée n’a pas empiété sur l’énergie civile, alors que les provocateurs et les casseurs, j’espère qu’elle les a refroidis.

La troisième chose, ce sont les listes dites noires de sites Internet. J’émettrai d’emblée une réserve sur cette expression, qui ne court pas uniquement chez nous mais n’est pas à considérer comme correcte, car il n’y a pas de « listes noires » en Russie, et l’Internet a été et reste chez nous un territoire de liberté. On sait pourtant que tout le monde, y compris les enfants, y ont accès. Cependant, si l’État a des services spéciaux capables d’enrayer les menaces pour sa sécurité, par exemple terroristes, les parents ne disposent pas d’une telle ressource. Alors comment peuvent-ils protéger leurs enfants contre la pornographie, la propagande de la drogue ou du suicide ? Nous estimons que c’est le devoir de l’État. De nombreux autres pays encore suivent cette voie.

Enfi n, les normes de conduite sur Internet, ouvertes et faciles à comprendre, correspondent bien mieux aux valeurs européennes que les tentatives de faire aller ensemble les déclarations à propos de la liberté sur Internet et l’implantation d’un système total, qui ne s’appuie pas sur la loi, de contrôle des moyens de communication électroniques, et par là, de la liberté de pensée en tant que telle. D’ailleurs, les leviers juridiques — du fait qu’ils sont ouverts — se prêtent à l’amélioration, alors que ce n’est pas du tout le cas des technologies, qui échappent à tout contrôle de la part de la société. À propos, Edward Snowden a raconté pas mal de choses à ce propos, si bien que je trouve parfaitement correcte la décision de la Russie de ne pas le livrer aux autorités des États-Unis d’Amérique, notamment parce que là-bas, il aurait pu faire l’objet de traitements extrajudiciaires. D’ailleurs, il n’y avait pas de raisons juridiques, pas plus que morales, pour livrer Snowden, parce que cet homme avait parlé au monde de la violation totale des droits des centaines de millions de gens dans le monde entier.

Il est encore une loi qui appelle souvent contre elle des attaques depuis l’étranger, c’est la responsabilité pour la propagande des rapports sexuels dits non traditionnels parmi les mineurs. De nombreux commentateurs omettent, sciemment ou non, les mots « propagande parmi les mineurs », et faussent par là le contenu, mais aussi les mobiles qui avaient fait adopter cette loi.

Les craintes de la voir devenir un instrument de discrimination de minorités ont bien été formulées, mais je ne les partage pas. Et cela, pas uniquement à cause des exemples convenables qui n’existent pas. Personne, quelle que soit son orientation sexuelle, n’est soumis, chez nous, à aucune restriction dans le travail, les études, la vie sociale et politique. Les gens mènent leur vie librement et suivant leurs préférences. Cependant, avant qu’ils n’atteignent la majorité, rien n’est à imposer aux enfants, ni à plus forte raison, à vanter devant eux au moyen de la propagande.

Enfi n, la dernière chose sur laquelle je m’arrêterai, c’est la loi sur la responsabilité pénale pour outrage aux sentiments religieux. Je soulignerai que la Russie n’a pas encore oublié les persécutions contre la foi, contre les convictions religieuses à l’époque soviétique, si bien que de nombreux citoyens attendent de l’État non seulement la reconnaissance, mais une protection effi cace de leurs sentiments et convictions religieux. J’ai donc une question à poser : est-ce que l’égalité de tous devant la loi n’est pas une valeur européenne ? Ou bien, les croyants sont-ils peu nombreux dans les autres pays, et ils ne s’indignent pas quand on offense leur foi, quand on profane leurs temples, quand on coupe à la scie les croix chrétiennes et orthodoxes, au mépris des valeurs et des droits fondamentaux ?

Généralement parlant, je trouve inadmissible de lutter pour les droits des uns en faisant litière des droits des autres, même si les premiers sont par trop actifs, tandis que les seconds se taisent. Il ne doit pas en être ainsi dans un État de droit et dans une société de civilisation. Et j’ajouterai que nous apprécions beaucoup que notre Assemblée apporte une contribution tangible à la promotion de la thématique du dialogue entre cultures dans sa dimension religieuse. Nous espérons qu’il en sera de même dans l’avenir.

Il va de soi que je ne me suis pas arrêté sur toutes les questions possibles. Et je devine que je n’ai pas satisfait ceux qui ont l’habitude d’écouter les arguments strictement juridiques, avec des références aux résolutions que l’on connaît et aux normes des lois concrètes. Cependant, mes collègues de la Douma et du Conseil de la Fédération ont maintes fois cité ces arguments, y compris du haut de la tribune de l’APCE. C’est en premier lieu.

En second, je voudrais être entendu non seulement par vous, membres de l’Assemblée, que je respecte sincèrement et profondément, mais aussi par ceux des citoyens des États européens, pour qui les formules juridiques ne sont pas aussi familières et proches que pour les faiseurs des lois. Et probablement mes propos, francs et simples, seront pour eux plus accessibles et convaincants.

Certes, il existe entre le « noir » et le « blanc » une multitude de nuances, toute une gamme. Cependant, le noir restera toujours noir, et le blanc, blanc. C’est comme le bien et le mal, ces deux catégories morales éternelles, même si les gens savent toujours où est le premier et où est le second. Pour nous, élus par nos peules, les valeurs morales ne peuvent pas demeurer comme quelque chose d’abstrait, sans lien avec le droit. C’est de cela, en ma qualité de président de la chambre, que je ne me lasse pas de parler de la tribune parlementaire.

J’ai parlé aujourd’hui à coeur ouvert, et j’ai voulu porter à la connaissance de ceux qui sont disposés à m’entendre, nos grands desseins. Et j’ai parlé en toute sincérité.

Je voudrai terminer par ce qui suit : aujourd’hui, chacun de nous endosse une énorme responsabilité pour les événements qui se produiront dans notre maison commune, pour son développement durable. Nos peuples, les peuples d’Europe, ont bien plus de choses en commun que des différences, infi niment plus.

En effet, les idéaux humanitaires européens, c’est notre plateforme commune. En ce sens, nous sommes des alliées incontestables. Et nous devons agir comme ça dans tout ce qui concerne la prospérité et la coopération de nos peuples. Miser sur les contradictions et les confl its, c’est conduire à la défaite générale. Je suis persuadé que ce n’est pas notre voie à nous.

Je vous remercie sincèrement de votre attention et vous invite à venir en Russie.

Le 1er octobre 2013.

Read 1273 times