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ACTUALITÉS, FAITS, COMMENTAIRES

    

Ania Stas est professeur de langue russe en France qui a élaboré une nouvelle méthode de l’enseignement de la langue transitant par les réseaux sociaux et, en particulier, à travers son blog. Habitant Aix-les-Bains cette jeune femme pleine d’allant crée des classes virtuelles et réunit plusieurs personnes pour transmettre la langue de façon interactive. Ania fait aussi partie du mouvement « Compatriotes » qui promeut les valeurs et culture russes. 

 

Caspar David Friedrich. Le Voyageur contemplant une mer de nuages. 1818

L’Occident existe-t-il toujours? Les politologues russes en vue ayant participé aux lectures du Conseil pour la politique étrangère et de défense se posent cette question d’apparence paradoxale. Ils ont essayé de donner aux auditeurs des réponses aux questions d’actualité liées à l’éventuelle transformation de l’ordre politique mondial.

L’Occident collectif et le G7

La majorité écrasante des experts politiques étaient convaincus avant le début des années 2010 que l’Occident était une communauté politique inébranlable, un repère dans le système social. Cependant, aujourd’hui toutes les institutions fondées sur une telle approche traversent une crise sérieuse.

Le G7 tenu récemment au Canada a reflété la situation compliquée dans l’establishment politique d’aujourd’hui. L’Occident politique collectif saurait-il survivre à l’époque quand, pour reprendre l’expression du président américain Donald Trump, l’Amérique d’abord! et le locataire de la Maison blanche adopte une attitude plus dure envers les alliés de Washington qu’envers les adversaires (il suffit d’évoquer sa polémique avec le premier ministre canadien Justin Trudeau). Qui plus est, l’Union européenne est contrainte de résister aux conséquences de l’afflux de migrants des pays du Proche- et du Moyen-Orient alors que Bruxelles ne parvient pas à concevoir une nouvelle stratégie de relations avec les États-Unis.

Selon le président du Conseil pour la politique étrangère et de défense Fedor Loukianov, rédacteur en chef de la revue « La Russie dans la politique globale », les changements sur l’échiquier international confirment que ces événements ne sont pas dus au hasard mais proviennent des processus profonds influant directement sur les relations internationales. « On a parfois l’impression qu’on ait reculé d’un siècle vers l’époque où les intellectuels russes se demandaient : les événements actuels n’annoncent-ils pas le déclin de l’Europe ? écrit-il. Plusieurs générations en Europe et en Amérique du Nord n’ont jamais connu que la réalité liée à l’option « atlantique » de l’Occident. Tout porte à croire que cet ordre mondial devient obsolète.

Dans le même temps, les contradictions au sein de l’Occident engendrent de nouvelles formes de coopération dans le cadre de l’Union européenne. Le groupe de Visegrad qui évoque le passé commun des pays d’Europe du Centre et de l’Est au sein de l’Empire austro-hongrois en est un exemple. Cependant, selon le professeur de l’École supérieure d’économie Alexandre Filippov, directeur du Centre de sociologie fondamentale auprès de l’Institut d’études historico-théoriques humanitaires V.A. Poletaev, tant que l’élite politique n’est pas remplacée, il n’y aura pas de changements radicaux  Pour le moment on voit renaître en Europe des mouvements politiques qui se prononcent en faveur de la souveraineté et d’un État national.

Multipolarité ou une nouvelle bipolarité ? 

Qu’est-ce qui succèdera à l’ancien ordre mondial ? L’époque d’hégémonie des États-Unis donnera-t-elle lieu à un monde multipolaire comme l’espèrent plusieurs experts russes ?

Le directeur général du Conseil russe pour les affaires internationales Andrei Kortounov s’est montré sceptique à ce sujet. Selon lui, lors des débats sur la multipolarité en Russie l’égalité formelle de jure des États est souvent confondue avec leur égalité de facto qui est pratiquement irréalisable. D’après une conception politique, les grandes puissances imposent leur position sur l’échiquier international aux autres alors que les petits pays sont en quête de protecteur solide. Néanmoins, ces derniers ont aujourd’hui des possibilités sensiblement plus vastes de manœuvre qu’auparavant alors que les premiers dépendent pour une large part de la réaction des milieux publics à leurs démarches politiques. Qui plus est, selon l’expert, le clivage en Occident dont nous sommes actuellement témoins ne précipitera pas forcément la construction d’un nouvel ordre mondial multipolaire.

Le paradoxe de la mondialisation et la menace à la démocratie 

Alexandre Filippov a donné sa variante de réponse à la question : en quoi consiste la crise de l’ordre mondial. La stabilité de n’importe quel modèle d’ordre international en Europe a toujours été fondée sur les forces supranationales bien déterminées : que ce soit les vieilles familles aristocratiques ou les maisons bancaires. Or, aujourd’hui nous assistons à une situation étourdissante : l’élite de la mondialisation garde le silence et ne fait pratiquement rien pour protéger le modèle qu’elle a construit avec tant de difficulté. Plusieurs institutions politiques construites dans le cadre de l’ancien modèle de mondialisation à l’américaine, ne seront-elles pas déplacées dans le domaine du droit des États souverains ? Or le règlement de la crise de l’ordre mondial exige des sacrifices. L’économiste américano-turc en vue Dani Rodrik qualifie cet état de choses de paradoxe de la mondialisation (il s’agit du conflit entre la démocratie, la mondialisation économique et la souveraineté d’État). Selon l’économiste, la coexistence de ces trois objectifs au niveau d’un État national est impossible. Il n’est pas exclu que la démocratie tombe victime d’un nouvel ordre mondial. Or le changement de la carte politique du monde et celui d’un de ses pôles : l’Occident ne signifie pas que son aspiration à l’expansion disparaîtra, souligne l’expert.

Un nouvel ordre mondial : multipolarité ou multilatéralisme ?

L’idéologie de la mondialisation à l’américaine qui était un modèle de modernisation devient obsolète. Qu’est-ce qui la remplacera ? Qui vivra verra. De toute façon, selon Andrei Kortounov, l’avenir  n’est pas tellement dans l’application des conceptions d’un monde multipolaire que dans le multilatéralisme qui offrira de nouvelles possibilités aux faibles : au plan politique et social. Indépendamment de l’évolution des événements, la communauté mondiale sera contrainte de rétablir le fondement juridique de la politique mondiale entravée ces dernières décennies, de rechercher des variantes d’équilibre d’intérêts au niveau régional et global et de construire à ces fins un régime de réaction souple aux défis et menaces contemporains.

A la différence du chef d’œuvre de Dali (« Prémonition de la guerre civile ») ou de la chanson du même nom de Youri Chevtchouk, l’état actuel des liens commerciaux américano-chinois ne porte pas à l’alarmisme et ne fait pas penser à l’absurdité. Cependant, les raisons de se préoccuper par l’avenir du commerce mondial ne manquent pas.

La Maison blanche a déclaré le 22 juin que les États-Unis introduiraient les tarifs douaniers de 25% sur les importations en provenance de Chine pour le montant de 50 milliards de dollars. Il est possible qu’elles concernent l’aérospatiale, les technologies informatiques et les communications, la robototechnique, l’équipement industriel, les nouveaux matériaux et la construction automobile.

Pékin a réagi d’une manière symétrique ayant fixé le tarif douanier de 25% sur les produits américains pour une somme analogue. 659 produits figurent sur la liste dont 545 seront frappés d’un tarif élevé à partir du 6 juillet. Pour les autres le délai d’introduction des tarifs n’est pas précisé. Les tarifs plus élevés concerneront les produits agricoles, les fruits de mer, les véhicules, l’équipement médical, les produits chimiques.

Donald Trump a donné en réponse l’instruction de composer la liste des produits chinois pour le montant de 200 milliards de dollars pour introduire éventuellement à leur égard les tarifs supplémentaires de 10%, si la Chine augmente à l’avenir également les taxes sur les produits américains.

La partie chinoise a qualifié de chantage les taxes douanières sur les produits chinois imposées par les États-Unis. « La partie américaine a commencé une guerre commerciale, violé les règles du marché ce qui contredit les tendances contemporaines du développement mondial, porte préjudice aux intérêts des entreprises et des peuples de la RPC et des États-Unis ainsi que du monde entier. La partie chinoise y réagira en défendant les intérêts nationaux aussi bien que les intérêts du commerce mondial », est-il indiqué dans la déclaration du ministère chinois du Commerce.

Le litige commercial américano-chinois est de longue date. Cependant, aujourd’hui le protectionnisme de Donald Trump entre en contradiction avec la position conséquente de la Chine ne faveur du libre-échange fondée sur les principes de l’OMC. La thèse sur la protection du libre-échange avancée par Xi Jinping au Forum de Boao en avril 2018 a été conçue dès le XIX congrès du PCC et formulée au récent forum de Davos.

D’où les propos conciliateurs dans les déclarations des représentants chinois selon lesquels la Chine n’aspire pas à fixer une balance commerciale positive et pour stimuler la consommation intérieure se montre prête à accroître les importations, à améliorer les conditions pour les investissements et l’accès au marché d’assurances.

La visite d’une délégation avec à sa tête le vice-président du Conseil d’Etat de la RPC Liu He aux États-Unis et ensuite la visite du ministre américain des finances Steven Mnuchin en Chine en mai 2018 ont débouché sur la signature d’un communiqué conjoint sur les consultations économiques. La RPC et les États-Unis ont décidé d’appliquer les mesures en vue de baisser le déficit commercial américain. Il est prévu de satisfaire grâce aux produits et services américains, les besoins croissants en RPC et de l’autre, de créer aux États-Unis de nouveaux  emplois et de réunir les conditions pour l’essor économique.

Les parties se sont entendues d’accroître les importations de produits agricoles et énergétiques américains et ont précisé les domaines dans lesquels il est prévu de coopérer, d’encourager les investissements réciproques et de créer un milieu d’affaires équitable et concurrentiel. Il est convenu, en outre, de poursuivre les consultations au sommet sur les problèmes économiques, c’est un format sans précédent entre les États-Unis et les autres pays.

On a l’impression qu’une guerre commerciale soit du moins ajournée. Or, une « aggravation estivale » a suivi les déclarations du président américain. Selon The Wall Street Journal, Trump a fait part d’intention d’interdire aux compagnies chinoises d’investir dans les sociétés technologiques aux États-Unis et de bloquer les exportations supplémentaires de technologies américaines vers la Chine.

Une question s’impose : les actes de la partie américains proviennent-ils exclusivement des motifs économiques ? Ne cherche-t-elle pas à affaiblir un concurrent dans le domaine des hautes technologies par des méthodes non économiques ?

Le gouvernement de la RPC a élaboré en 2015 une stratégie de développement de l‘industrie Made in China 2025 (MIC2025) donnant la priorité au développement des productions à forte valeur ajoutée dans le domaine des hautes technologies. Il était prévu, en particulier, de porter la production de pièces, d’équipements complets dans l’aérospatiale, les télécommunications, la génération d’énergie, dans l’industrie de transformation à 40% de l’ensemble de la production de la RPC d’ici 2020 et à 70% d’ici 2025.

Les Conseil pour les relations économiques des États-Unis considère MIC2025 comme une « menace à la suprématie technologique de l’Amérique » parce que cette stratégie rend les fournisseurs américains imcompétitifs. Il est indiqué que la partie chinoise contraindrait les sociétés étrangères à livrer les technologies en échange d’accès au marché de la RPC et de maintien des conditions du busines dans le pays.

Les explications de la partie chinoise ayant dit que MIC2025 n’était pas une stratégie discriminatoire et n’avait pas pour but d’évincer les fournisseurs américains de la sphère des hautes technologies n’ont pas été entendues. Tout comme celles que loin de s’approprier les technologies, la Chine aspirait, par contre, à coopérer avec les compagnies américaines dotées de technologies de pointe qui pourraient contribuer à développer l’économie à l’avantage mutuel.

Tout porte à croire que les États-Unis ont interprété incorrectement les indices de MIC2025 concernant le remplacement des importations (40% et 70%). Ce ne sont pas des objectifs obligatoires mais indicatifs, des repères utilisés dans la planification stratégique par tous les pays du monde, y compris par les Américains (le programme National Information Infrastructure (NII) pendant la présidence de Clinton ou le programme de doublement des exportations sous l’administration Obama)..

En dressant le bilan il convient de noter : la réponse chinoise au durcissement du protectionnisme ne réside pas dans les dénommées contre-mesures mais dans la continuation de la politique d’ouverture et de réformes. L’essor économique de la Chine et les lois de l’économie de marché mettront sans doute les points sur les i.

Dans les débats avec les États-Unis la partie chinoise était dès le début prête à un compromis, parce que la montée des tarifs douaniers ne fait qu’attiser l’escalade du conflit commercial. La Chine connaît de son propre expérience, notamment de celle des sanctions économiques après les événements sur la place Tiananmen, que l’« augmentation des tarifs », l’introduction des contre-sanctions, le durcissement de la rhétorique, etc., n’ont pas de perspectives. La Russie pourrait, d’ailleurs, mettre à profit l’expérience chinoise.

 

L’opinion de l’auteur ne correspond pas forcément à celle de la Rédaction.

    

Laetitia Barriera n'y va pas par 4 chemins: elle habite Nice et est militante, à la tête d'une équipe de personnes sensibilisées par rapport à la question de la reconnaissance des droits des Niçois. Elle agit à travers l’Association de la Countéa de Nissa. Ils sont plusieurs milliers à se pencher sur la question et croire que tôt ou tard la République Française passerait d’une forme d’Etat unitaire instauré encore par Napoléon au principe fédéral, propre à la Suisse, l’Allemagne et, parmi bien d’autres pays, à la Russie.

 

La Russie, de quelle Europe a-t-elle besoin? Forte ou faible? Dispersée ou unie? Je pense que la Russie a besoin d’une Europe indépendante ce qui suppose la force et la cohésion. Malheureusement, les récents événements prouvent le contraire. Si Spengler avait écrit aujourd’hui son ouvrage consacré à l’Europe, il faudrait l’intituler « La paralysie de l’Europe ».

L’introduction par les États-Unis des taxes d’importation d’acier et d’aluminium  et la menace de proclamer les sanctions à l’égard des sociétés européennes qui font des investissements en Iran ont donné lieu en Europe à de multiples déclarations dures concernant Washington. L’apparition d’une nouvelle réalité au sein de l’alliance euro-atlantique qui existe tant bien que mal depuis l’époque de la Seconde guerre mondiale est enfin pour une large part reconnue. Cependant, même les déclarations selon lesquelles l’Europe ne saurait maintenant s’appuyer sans réserve sur les États-Unis ne reflètent pas le contenu de la nouvelle réalité. Il  ne s’agit plus de la confiance qui s’écroule à nos yeux, il faut craindre ce partenaire. Angela Merkel, leader européen reconnu, exhorte à réagir d’une manière dure aux actes des États-Unis. Bruxelles lance des appels analogues. Comment l’UE pourrait réagir au nouveau défi américain ?

L’appel de la Commission européenne ayant exhorté les sociétés menacées de sanctions d’outre-Océan à ne pas céder à la pression et à profiter de leur droit de déployer les activités conformément à la législation nationale et européenne n’a pas été entendu. Plusieurs grandes sociétés européennes ont déjà déclaré qu’elles suspendaient leurs projets en Iran. Certaines d’entre elles ont des actifs et des emprunts aux États-Unis, d’autres ont évalué le préjudice de l’éventuelle perte du marché américain, d’autres encore réfléchissent à ces deux aspects. Selon un responsable de l’Élysée, « si vos intérêts économiques se répandent sur les États-Unis où les règlements sont réalisés en dollars, vous n’avez pratiquement pas de choix ».

Une question s’impose: comment l’UE pourrait compenser les pertes potentielles des sociétés européennes si elle méprise les sanctions ? D’aucune façon, surtout s’il s’agit des garanties pour le grand business. Bruxelles a décidé, il est vrai, d’instituer le fonds de stabilisation pour atténuer d’éventuelles situations de crise ayant accordé à ces fins 30 milliards d’euros. Cependant, les crises des économies européennes n’ont plus rien d’extraordinaire et il est peu probable que ce coussin financier soit une bouée de sauvetage pour les sociétés en détresse. Les pays de l’UE qui n’assumeront pas de préjudice suite aux éventuelles sanctions ne consentiront pas à faire part de bénéfices aux grandes sociétés européennes. L’électeur européen menacé de l’affaiblissement des avantages sociaux et de la baisse des revenus n’approuvera pas de telles décisions. L’énergie de protestation sera plus forte dans les pays qui se heurtent ou se heurteront aux phénomènes de crise chez eux. Les partis d’opposition ou « populistes » ayant raffermi leurs positions en Europe qui se montent sceptiques à l’égard de Bruxelles et de Berlin critiqueront à leur tour ces décisions.

Il convient de noter que les sociétés européennes mettent en doute l’aptitude de leurs gouvernements et des eurocrates de défendre leurs intérêts. L’intention annoncée par les responsables de l’UE de simplifier la procédure d’octroi de garanties financières aux investissements européens en Iran n’a impressionné ni Total, ni MAERSK, ni Engie, ni Siemens… Berlin et Bruxelles appliquent leurs contre-mesures en retard. Il est, par conséquent, difficile de partager la thèse du coordinateur de l’UE pour la coopération transatlantique P. Beier qui souligne que « l’Europe a compris maintenant que les relations transatlantiques avaient changé radicalement et a pris conscience de la situation compliquée ». Pour le moment elle n’en a pas pris conscience.

L’idéologie libérale a joué un mauvais tour à l’élite européenne qui ne sait pas maintenant réfléchir globalement et stratégiquement, elle est devenue impuissante face aux crises sérieuses. L’idée d’autorégulation du monde dans le contexte de la mondialisation supposant l’affaiblissement du rôle de l’État et de la politique nationale a contraint les élites à suivre les stéréotypes qui ne s’avèrent pas efficaces face aux défis et contradictions qui s’accentuent impétueusement. Les gouvernements ne sont plus obligés d’être prévoyants au plan stratégique et interviennent exclusivement en médiateurs et en courtiers entre différents forces et intérêts. Ils se limitent à louvoyer ce qui est insuffisant pour réaliser les tâches sérieuses.

Le phénomène Trump consiste à poursuivre une politique nationale dure en déclinant les stéréotypes. Trump révise les engagements en se fondant sur les intérêts des États-Unis et méprise les règles du jeu ce qui suscite l’indignation impuissante des Européens.

Il s’est avéré que l’Europe n’était pas prête aux défis géopolitiques et les déclarations tapageuses qui ne sont pas confirmées par des actes solidaires traduisent le désarroi et la faiblesse. Le comportement de Mme Merkel qui exhorte l’Europe à « prendre son sort entre ses  propres mains » le confirme. Cependant, selon Thorsten Benner, chef de l’Institut de politique globale de Berlin, la chancelière évite autant que possible les débats concernant les conséquences des actes de Trump pour l’Allemagne. « Elle devrait être en tête de discussion mais tout porte à croire qu’elle essaie de l’éviter. On a l’impression qu’elle ne veut pas multiplier son capital politique grâce à ce sujet ».

Les craintes de Mme Merkel sont compréhensibles : l’Allemagne et l’UE n’ont pas de leviers sérieux pour exercer la pression sur les États-Unis.

Berlin est choqué par la menace de Trump de fixer les tarifs d’importation de véhicules fabriqués en Allemagne. Il n’y a pas d’unité au sein  de l’Europe. « Il est difficile de parvenir à l’unité lorsque plusieurs pays européens, notamment en Europe de l’Est, ne sont pas convaincus de la nécessité de rejoindre les partenaires continentaux dans leurs intérêts géopolitiques », écrit la revue The Economist. Il est rappelé que trois pays ont opposé simultanément leur veto à la résolution de l’UE condamnant le déplacement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem.

Seul Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a démontré la mentalité géopolitique. Il l’a fait d’une manière originale ayant comparé le territoire de l’UE à celui de la Russie et exhorté à ne pas sous-estimer la nécessité de construire les relations avec le pays voisin. En réalité la Russie est au plan stratégique à peu près l’unique réserve substantielle de survie dans le contexte d’une concurrence globale qui prendra de l’ampleur. Qui plus est, la Russie fait partie de l’Europe et en la méprisant, l’UE ne fait que s’affaiblir privée, cependant, des avantages politiques et économiques de la politique de sanctions. À la différence des États-Unis.  

Qu’elle le veuille ou non, pour conserver son rôle global en perspective à long terme l’Europe devra construire sa politique indépendante en s’appuyant sur ses propres forces et en se débarrassant de l’idéologie en déconfiture. Il est clair que la Russie est le partenaire le plus proche et naturel de l’Europe dans la survie globale. Or pour faire une telle conclusion il faut abandonner l’esprit de clocher, il faut reprendre la mentalité géopolitique. Une lueur d’une telle mentalité s’ébauche. De l’avis de plusieurs experts allemands, il est nécessaire de coopérer plus étroitement avec les pays comme le Canada, le Japon, l’Inde, le Brésil, le Mexique, etc. Selon les sceptiques, « les États-Unis demeurent l’ancre et le garant de l’ordre mondial d’après-guerre et l’Allemagne ne saurait le compenser par les pourparlers avec les Canadiens et les Japonais ».

Les sceptiques ne prennent, néanmoins, pas en considération ce qui se jette aux yeux : l’ordre mondial d’après-guerre se transforme grâce aux efforts énergiques de Trump en un ordre mondial à l’américaine réservant à l’Europe et aux autres pays un rôle subordonné et ne prenant pas en compte leurs intérêts. Même le statut d’alliés établi dans l’après-guerre ne leur offre pas de priorité garantie aux yeux de Washington. Dans le contexte actuel le terme d’« ordre » est plutôt ironique ou paraît un anachronisme.

On entend parfois dans ce chœur des voix du monde de la politique réelle destinées à faire entendre raison à l’Europe les formules du passé. L’analyste du Fonds allemand Marshall Ulrich Speck exhorte : « Si l’Allemagne concentrait autour d’elle … une masse critique en faveur d’un ordre mondial libéral, ce serait une alternative réelle ». Cela fait penser à une citation d’un drame grec ancien : « Oh, si l’Allemagne savait le faire : « Or l’Allemagne n’y est pour rien, tout simplement cet ordre devient obsolète et de plus en plus d’Européens prennent conscience du fait que suivre le mainstream des deux dernières décennies est une voie dans l’impasse.

 

L’opinion de l’auteur ne correspond pas forcément à celle de la Rédaction.

    

Docteur en droit Valérie Bugault est une grande théoricienne de la monnaie. Elle est à même d’expliciter pourquoi en est-on arrivé là et comment trouver la porte de secours pour accéder à un monde beaucoup plus stable du point de vue de l’économie et, grosso modo, de la géopolitique. Elle est très proche du Civitas, mouvement franco-belge catholique français et veut faire savoir à tous les intéressés que non seulement le système monétaire international tel que pratiqué aujourd’hui est définitivement périmé, mais qu’il sert lui-même de la raison peut-être même principale des conflits militaires à travers le monde. Valérie Bulgault est également auteur d’un ouvrage traitant de la haute finance à l’échelle mondiale - "Du nouvel esprit des lois et de la monnaie" (Sigest, 2017) écrit ensemble avec Jean Rémy. On peut trouver également ses articles sur la page francophone de la source médiatique Saker.

 

La déclaration d’il y a une année de la chancelière allemande Angela Merkel selon laquelle l’Europe ne saurait plus s’appuyer sur les États-Unis ont jeté un pavé dans la mare. Une telle opinion estdevenue à peuprèsdominante. La chancelière allemande Merkel, le président du Conseil européen Tusk et le président français Macron ont signalé en avril-mai dernier la menace  pour l’UE de la part de l’administration fantasque américaine et la nécessité de s’appuyer sur ses forces. Le chancelier autrichien Kurz a déclaré un peu plus tard que les États-Unis étaient un « partenaire de moins en moins sûr »  des pays européens [i]. Pour confirmer de tels jugements les États-Unis ont introduit depuis le 1er juin les taxes d’importation d’acier et d’aluminium en provenance d’Europe. L’UE y réagit déjà. La décision de Trump de sortir de l’accord nucléaire avec l’Iran et les menaces de frapper de sanctions les sociétés européennes qui poursivront la coopération avec Téhéran ont attisé les contradictions transatlantiques. L’Europe « s’est offensée » plus d’une fois par le passé, notamment pendant la guerre froide, des propos de Washington tout en se contentant de « plaintes » rituelles. Actuellement l’UE et les pays membres se prononcent de plus en plus résolument en faveur d’une réponse exhaustive aux nouveaux défis. Comment l’Europe pourra y réagir ?
On est fondé d’affirmer que l’Europe ne tournera pas le dos à l’Amérique. Rappelons que pendant la première législature du président Bush fils les alliés européens se sont déjà heurtés à un brusque affaiblissement de l’intérêt de Washington au partenariat transatlantique. L’Europe a réussi pendant quatre ans qui ont suivi cette période à rétablir les liens stratégiques avec les États-Unis. D’autant plus que l’establishment américain est convaincu à l’unanimité, indépendamment du parti, que l’actuel ordre international est toujours avantageux pour les États-Unis. Les liens étroits avec l’Europe constituent un élément important de son raffermissement. Selon le journal The Guardian, l’UE devrait « faire tout ce qui est en son pouvoir pour raffermir les liens transatlantiques ». Les Européens doivent être prêts à ce qu’« il leur faudra parfois agir indépendamment ».

À quel point l’Europe peut-elle être « stratégiquement autonome » aujourd’hui ? D’une part, la plupart des pays membres de l’Union ont surmonté vers ce moment la récession économique. La situation financière et économique de la Communauté s’améliore. Les partisans de l’unité européenne ont gagné les élections aux Pays-Bas, en France, en RFA et pour une large part en Autriche. De l’avis des optimistes, il est possible que Trump stimule les dirigeants européens, en particulier en France et en Allemagne, pour qu’ils proposent des solutions des problèmes mondiaux » [ii]. La guerre commerciale déchaînée par Trump et la sortie de Washington de la transaction nucléaire avec Téhéran offrent un prétexte pour « se montrer durs ». « Si l’Europe ne montre pas les dents aujourd’hui, son opinion ne sera plus prise en considération dans la politique internationale. Si elle fait maintenant des concessions, les États-Unis se mettront à lui imposer constamment leur volonté », souligne l’économiste américain en vue Jeffrey Sachs [iii].

Ensuite on voit surgir toute une série de questions auxquelles les Européens ne sauraient répondre ou bien désagréables pour eux. Qui assumera le fardeau difficile et contradictoire de leadership dans l’UE ? Après la sortie du Royaume-Uni qui a failli se produire [iv] l’Allemagne et la France [v] peuvent prétendre objectivement au rôle de leader plutôt collectif. En 2017 Berlin et Paris se sont montrés unanimes quant à la conception d’évolution de l’UE vers la fédéralisation. Une telle stratégie vise avant tout à maintenir le marché commun de l’Union et pourrait être mise en perspective à profit lors de l’application des décisions dans la politique étrangère.

 Cependant, l’idée de réserver aux institutions supranationales des prérogatives toujours nouvelles a toujours suscité des débats acharnés au sein de la Communauté. La « pression de l’UE » est de plus en plus souvent repoussée ces 20-25 dernières années par plusieurs forces politiques tant dans certains pays d’Europe centrale et de l’Est qu’en Autriche et en Italie [vi]. Une telle politique suppose l’affaiblissement de la souveraineté.[vii] (Le Royaume-Uni a, comme on le sait, décidé d’abandonner l’Union sous ce prétexte). Les processus politiques qui se sont déroulés de la fin 2017 au printemps 2018 à Bruxelles, à Budapest, à Varsovie, à Prague, à Vienne et à Rome [viii] « démontrent sans ambages que l’UE se heurte au dilemme existentiel dans la confrontation avec les leaders nationalistes de l’Europe centrale avec à leur tête la Pologne et la Hongrie»[ix]. Or, la crise de l’eurozone et le Brexit demeurent à l’ordre du jour. De ce fait, constate l’expert russe Fedor Loukianov, « l’avenir du continent n’a été aussi vague depuis le milieu du XX siècle ».

Qui plus est, le renforcement de l’influence de l’Allemagne « inévitable » en cas de la réalisation des projets de décentralisation du pouvoir dans l’UE rend perplexe. Le « patrimoine historique » éminemment contradictoire alimente le complexe d’infériorité de Berlin en politique étrangère en engendrant des suspicions douloureuses de la plupart des voisins de la RFA. Cette circonstance pousse traditionnellement plusieurs « petits » pays européens à développer les liens géopolitiques les plus étroits avec les États-Unis même au détriment de l’agenda européen [x]. Quelle structure actuelle ou hypothétique au sein de l’UE est capable d’assurer aux pays membres la « protection politique » réciproque comparable à la protection américaine ? Tout porte à croire qu’après la formation ce printemps du nouveau gouvernement Berlin ne sait pas répondre à cette question. Paris est contraint d’accorder une attention de plus en plus sérieuse aux réformes douloureuses à l’échelle nationale. 

En ce qui concerne les aspects militaro-stratégiques, les possibilités réunies de l’UE sont relativement comparables aux possibilités américaines au plan quantitatif mais pas qualitatif. L’union militaire des pays de l’UE est à l’état embryonnaire pour reprendre l’expression de la chancelière allemande Merkel. Les États-Unis sont un maillon systémique qui transforme les forces européennes relativement dispersées en une force de combat réelle dans le cadre de l’OTAN. Les États-Unis jouent dans l’OTAN le rôle clé au plan du renseignement, de l’approvisionnement, du redéploiement des troupes et de toute une série d’aspects. Personne dans l’UE n’est actuellement capable d’assumer le rôle de leader militaro-politique de l’Europe. Le Royaume-Uni se retire de l’UE. En Allemagne plusieurs forces politiques principales se prononcent pour le rapprochement avec la Russie. Les ressources militaires françaises sont concentrées dans la lutte contre la menace terroriste intérieure. L’intention récemment déclarée de la Pologne d’aménager sur son territoire une base militaire américaine au-delà des mécanismes formels de l’OTAN traduit indirectement la méfiance aux perspectives militaires de l’UE et même de l’OTAN.

Les perspectives de la politique étrangère commune de l’UE sont elles aussi assez vagues. D’une part, les valeurs européennes sont toujours attrayantes pour plusieurs pays voisins: depuis Balkans occidentaux [xi], pour lesquels la Commission européenne a déjà annoncé la stratégie d’admission dans l’UE pour les dix ans à venir jusqu’à l’Ukraine. D’autre part, « l’enthousiasme concernant l’élargissement de l’UE » « s’est pour une large part épuisé » même parmi les États membres, selon les experts du centre analytique américain Stratfor. Il est peu probable que les autorités des pays est-européens soutiennent le vrai objectif du modèle de refonte de l’UE préconisé par les « vieux » membres du club consistant à réduire au minimum les possibilités des pays d’Europe centrale et de l’Est de profiter des contradictions des puissances mondiales.

Ainsi, les possibilités de l’UE en politique étrangère sont sensiblement limitées, surtout vu l’absence quasi-totale de la composante militaire indépendante de Washington. L’UE n’a pas d’éventail d’« instruments » géopolitiques et se contente pour le moment de leviers économiques. L’UE n’est pas en mesure d’occuper si nécessaire dans un avenir prévisible la place principale dans le maintien ou la stabilisation de la paix en Europe.

Au plan économique le budget annuel de l’UE est réduit après la sortie du Royaume-Uni d’au moins 10 milliards d’euros. La Commission européenne a déjà proposé de redistribuer une partie du budget de l’UE des pays de l’Europe centrale et de l’Est et Baltes en faveur de la Grèce, de l’Italie et de l’Espagne qui se heurtent à la montée du chômage et à l’afflux de migrants [xii]. Le mécontentement logique des est-européens provoque de nouveaux conflits qui menacent de « torpiller sinon de réduire à néant les processus d’intégration de quinze ans et pose la question : l’UE est-elle une union fondée sur les intérêts économiques communs ou sur les valeurs communes ? » [xiii] Pour enregistrer le succès dans la lutte concurrentielle globale il est nécessaire de limiter voire de réduire « l’acquis principal de la « société européenne du bien-être général » : ses systèmes sociaux. Les vieux membres de l’UE le déclarent de plus en plus instamment. [xiv].

Selon plusieurs experts, les principes de Trump dans la politique économique annoncent une nouvelle époque fondée en premier lieu sur la rivalité entre les partisans de la mondialisation et de l’isolement économique (du « nationalisme »). Dans ce  cas il est possible que certains pays membres de l’UE partagent les idées protectionnistes de l’actuel locataire de la Maison blanche, surtout ceux qui craignent le renforcement de la domination allemande après la sortie du Royaume-Uni. Enfin le marché américain demeure essentiel pour la plupart des sociétés européennes. Leurs succursales y déploient leurs activités, leurs actions sont exposées à la vente à la bourse des valeurs de New York. Pour le moment il n’existe pas d’alternative.

Ainsi, la recherche de plus en plus intense de l’identité dans la politique étrangère et même dans la défense dans l’UE provient en premier lieu de la politique de l’actuelle administration des États-Unis. Le président américain est réélu tous les quatre ans. Les démarches ultérieures de l’UE dans l’accession à l’indépendance dépendent directement de l’orientation de la politique transatlantique de Washington. Les déclarations de plusieurs eurocrates et des dirigeants des pays membres concernant la nécessité de « rétablir » les relations avec la Russie (Juncker, Macron, Merkel) sont destinées à l’auditoire politique américain. La « menace » européenne de marcher dans le sillage de Trump et de se distancer de l’Amérique peut rendre perplexes certains milieux à Washington. Il est possible qu’en cas d’évolution défavorable pour les républicains le bilan des élections intermédiaires de novembrepousse la Maison blanche à atténuer sa politique sur le voleteuropéen.

La lutte des partisans de la politique visant à raffermir l’unité au nom de l’« autonomie stratégique » pour le moment illusoire et des apologètes de « l’Europe des nations » au sein de laquelle les États et les régions construiraient les relations entre eux et avec le monde extérieur en se fondant en premier lieu sur les objectifs nationaux prend de l’ampleur en Europe. (Il existe dans les deux « camps » des partisans du maintien du leadership américain). L’actuelle Europe est « déconcentrée ». Il est sans doute plus simple de faire le commerce avec une telle Europe. Or, son aptitude à participer indépendamment à l’éventuelle « grande transaction » est mise en question. 

 

L’opinion de l’auteur ne correspond pas forcément à celle de la Rédaction.

 


[i] https://www.rbc.ru/rbcfreenews/5b0bb0089a7947c05feeecdf?from=newsfeed

[ii] Lawrence Summers | The Washington Post La civilisation occidentale et l’hypocrisie présidentielle le 13 juillet 2017.

Traduction: https://www.inopressa.ru/article/13Jul2017/wp/west_trump.html

[iii] https://www.inopressa.ru/article/29May2018/welt/sachs.html

[iv] D’après les informations parues fin mai, les eurosceptiques britanniques ont soupçonné le gouvernement du pays d’intention de rester secrètement au sein de l’Union européenne. Ces craintes ont surgi lorsqu’il s’est avéré que les fonctionnaires du gouvernement ont décidé d’accorder des centaines de milliers de livres sterling pour engager les élections au Parlement européen. https://www.newsru.com/world/27may2018/secretly.html

[v] La RFA assure un quart de l’économie de l’UE sans le Royaume-Uni, la France 18% de l’économie de l’UE sans le Royaume-Uni. Evalué d’après https://en.wikipedia.org/wiki/World_economy (les données d’après le cours nominal).

[vi] Pour plus de détail voir https://interaffairs.ru/news/show/19692

[vii] https://www.foreignaffairs.com/articles/central-europe/2018-04-06/how-illiberal-leaders-attack-civil-society

[viii] La Commission européenne a décidé pour la première fois en décembre 2017 d’engager la procédure d’introduction des sanctions à l’égard de la Pologne vu la violation de la suprématie du droit. Les deux partis systémiques : les socialistes et les républicains ont essuyé précédemment en France une défaite foudroyante lors des présidentielles et des législatives. L’Allemagne a traversé de l’automne 2017 au printemps 2018 « la crise politique sans précédent depuis la réunification ». Le gouvernement d’extrême-droite formé en décembre 2017 en Autriche ne dissimule pas son intention de réduire les sphères d’influence de l’Union européenne. L’eurosceptique Orban a été réélu en 2018 en Hongrie au poste de premier ministre. Et enfin les eurosceptiques ont formé en mai 2018 le gouvernement en Italie.

[ix] http://www.ipg-journal.io/regiony/evropa/statja/show/novyi-vostochnyi-blok-gotov-441/

[x] Qui plus est, bien quelque importante que soit l’économie de la RFA, elle est quatre fois moins grande que l’économie américaine.

[xi] https://www.inopressa.ru/article/31May2018/lemonde/serbe.html

[xii] https://www.bloomberg.com/news/articles/2018-05-29/eu-regional-aid-for-east-europe-to-shrink-in-post-brexit-budget

[xiii] https://www.bbc.com/russian/amp/features-43158639?__twitter_impression=true

[xiv] http://www.globalaffairs.ru/redcol/Evropa-v-sebe-19375

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