InterAffairs

Ven12152017

Last update09:48:30 AM

RUS ENG FR DE PL ESP PT ZH AR

Font Size

SCREEN

Profile

Layout

Menu Style

Cpanel
jeudi, 11 mai 2017 17:24

Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l'issue de son entretien avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson, Washington, 10 mai 2017

Rate this item
(0 votes)

 

Nous nous sommes aujourd'hui entretenus avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson au Département d’État américain, puis nous avons été reçus ensemble par le Président américain Donald Trump.

Nous avons évoqué avant tout notre coopération sur la scène internationale. Il a été confirmé qu'en dépit des difficultés connues nos pays pouvaient et devaient aider ensemble à régler les principaux problèmes de l'agenda international.

Nous avons parlé en détail de la Syrie, notamment des idées formulées actuellement concernant la mise en place de zones de désescalade sur le territoire de ce pays. Nous partageons la conviction que cela doit être un premier pas vers la cessation totale de la violence, qui aidera à régler les problèmes humanitaires et à créer des bases solides pour avancer vers un règlement politique en s'appuyant sur la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons convenu de poursuivre le travail dans le cadre du forum d'Astana, auquel les USA assistent en tant qu'observateurs. Nous avons apprécié la contribution constructive des États-Unis durant la dernière réunion. Nous coopérerons également dans le cadre du processus de Genève qui, comme l'a déclaré l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura, doit reprendre la semaine prochaine. Nous espérons que le gouvernement syrien et tous les groupes d'opposition agiront de manière constructive.

Nous avons également abordé d'autres problèmes auxquels est confrontée la communauté internationale et au sujet desquels, avec les USA et d'autres acteurs, nous pouvons effectivement jouer un rôle positif. Dans ce contexte ont été mentionnés le processus de paix au Proche-Orient, la situation en Afghanistan et la mise en œuvre des Accords de Minsk en Ukraine. Sur ces questions nous avons convenu de poursuivre les contacts de travail et de chercher des solutions pour rapprocher les positions de tous les acteurs intéressés.

Nous avons évoqué l'état des relations bilatérales, qui n'est pas réjouissant. Les causes pour lesquelles ces relations en sont là sont bien connues. Malheureusement, l'administration précédente a tout fait pour détruire les bases de nos relations. A présent il faut repartir d'un niveau très bas. Nous avons parfaitement conscience du fait que les citoyens russes et américains veulent vivre en bonne entente et communiquer normalement. Je pense que la tâche des hommes politiques consiste à faire en sorte que toutes les couches artificielles qui l'empêchent soient supprimées.

Avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson nous avons abordé les résultats de l'entretien de nos adjoints qui ont passé en revue l'état des relations bilatérales hier à New York. Il est évident que tous les problèmes n'ont pas été réglés, je dirais même que les progrès sont très modestes. Nous nous sommes mis d'accord pour poursuivre par cette voie l'analyse des éléments irritants qui sont artificiellement apparus dans nos relations. Je pense que c'est une approche utile et professionnelle. Nous ne pourrons pas régler tous les problèmes d'un coup. C'est parfaitement clair. Mais la présence d'une volonté d'avancer dans ce sens est un point positif. Le Président américain Donald Trump a clairement réaffirmé vouloir construire des relations mutuellement bénéfiques, professionnelles et pragmatiques, ainsi que régler les problèmes. Le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump visent tous les deux des résultats concrets qui seront palpables et permettront de remédier aux problèmes, y compris de l'agenda international.

Question: Avez-vous évoqué les sanctions, notamment le rétablissement de l'accès à la propriété publique russe à Washington et à New York? Quelles mesures de rétorsion seront prises si cette situation n'était pas réglée côté américain?

Sergueï Lavrov: Les sanctions sont des actions unilatérales engagées à notre encontre, c'est pourquoi leur règlement n'est pas notre problème.

La question concernant la propriété publique occupe une place particulière dans nos pourparlers. Le droit de propriété est confirmé par les documents juridiques émis aux USA. Au cours des derniers jours de son mandat, l'administration de Barack Obama a engagé des actions mesquines contre notre propriété et nos diplomates, qui ont été sommés de quitter les États-Unis dans un délai de 24 heures. Tout le monde, notamment l'administration de Donald Trump, sait que ces actions sont illégitimes. En évoquant ces décisions le Président russe Vladimir Poutine a déclaré que nous avions parfaitement le droit de réagir par la réciproque. La partie américaine sait à quoi cela ressemblerait. Mais nous ne suivrons pas ceux qui tentent de détruire nos relations. Nos collègues américains connaissent notre position. J'espère que nous réussirons à régler cette situation sans détériorer nos relations.

Question: Au sujet de la Syrie, avez-vous parlé du règlement politique de la situation dans ce pays? D'après vous, quel rôle jouera Bachar al-Assad? En quoi votre point de vue diverge de la vision américaine? Quel ont été les progrès en ce sens depuis un mois?

Aux USA on se focalise particulièrement sur les prétendus contacts du Président américain Donald Trump avec des représentants russes pendant sa campagne électorale, il y a eu un certain malentendu. Y a-t-il des changements dans les relations?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne les discussions et le bruit autour de nos relations, ainsi que les rumeurs selon lesquelles nous dirigerions soi-disant toute la politique nationale américaine.

Bien sûr, nous constatons le contexte absolument anormal dans lequel évoluent nos relations. Je trouve que c'est tout simplement humiliant pour le peuple américain d'entendre que la Fédération de Russie dirige la politique nationale des USA. Comment un grand pays peut-il penser ainsi? A mes yeux, les politiciens nuisent sérieusement au système politique américain quand ils tentent de montrer que quelqu'un dirige l'Amérique de l'extérieur.

En ce qui concerne la Syrie nous nous sommes concentrés avant tout sur les idées évoquées pendant la visite du Secrétaire d’État américain Rex Tillerson à Moscou, quand il avait partagé les idées concernant la mise en place de zones de désescalade et de sécurité. Cette initiative avait été mentionnée par le Président américain Donald Trump lors de ses entretiens téléphoniques avec le Président russe Vladimir Poutine. Puis le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson l'a présentée plus en détail à Moscou. Aujourd'hui cette initiative s'est concrétisée sous la forme d'accords à Astana, qui proposent de créer quatre zones de désescalade, y compris au sud - car les USA souhaitent particulièrement stabiliser la situation à la frontière de la Syrie avec la Jordanie et Israël. Nous sommes prêts à coopérer sur ce plan.

Nous avons abordé aujourd'hui les voies et les mécanismes concrets que nous pouvions gérer ensemble. Bien sûr, le processus de paix est très important. Nous sommes convaincus qu'il ne faut pas marquer de longue pause. C'est pourquoi nous saluons la décision de l'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura de relancer les négociations de Genève mi-mai (dans quelques jours). Comme je l'ai déjà dit, nous espérons que le cadre dans lequel ce processus évolue sera acceptable pour le gouvernement syrien et pour tous les opposants, et que la discussion se déroulera parallèlement sur les quatre "paniers" désignés par Staffan de Mistura: la gestion du pays, la préparation d'une nouvelle Constitution, la préparation des élections et la lutte contre le terrorisme.

Question: La récente déclaration du Pentagone selon laquelle le "diable est dans les détails" concernant la mise en place des zones de désescalade en Syrie n'est pas très claire de la part des USA. Qui assurera la sécurité de ces zones et comment fonctionnera ce projet dans l'ensemble? D'après vous, le travail en ce sens du côté des partenaires américains est-il suffisant?

Sergueï Lavrov: "Le diable est dans les détails" est une vérité bien connue. A l'étape actuelle il y a une entente sur le plan conceptuel et en ce qui concerne les paramètres géographiques des zones de désescalade. Le mémorandum signé à Astana formule les mesures à prendre concernant la sécurité, qui sera assurée par les parties impliquées autour des zones de désescalade. Nous partons du fait qu'ils joueront un rôle d'initiative dans ce processus. Nous espérons que les USA pourront apporter leur contribution en matière de sécurité et sur les questions humanitaires, pour assurer le cessez-le-feu également sur d'autres territoires où ce problème existe.

Question: Beaucoup de choses se sont produites dans les relations internationales depuis l'investiture de Donald Trump. Pouvez-vous dire que le langage de la communication entre les USA et la Russie a changé, notamment après les frappes américaines contre la Syrie?

Sergueï Lavrov: Actuellement, le dialogue entre la Russie et les USA est dépourvu de l'idéologisation caractéristique de l'administration d'Obama. Le Président américain Donald Trump et son administration, le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson, sont des hommes qui souhaitent mener un dialogue non pas pour montrer leurs exploits dans le domaine des préférences idéologiques mais pour régler des questions concrètes dont dépend le développement du pays, la prospérité de la population et le règlement des conflits dans différentes régions du monde.

Question: Le Président américain Donald Trump a-t-il évoqué, durant votre entretien, les préoccupations américaines concernant l'ingérence russe dans le processus électoral américain?

Sergueï Lavrov: J'ai déjà répondu à cette question. Nous suivons ce qui se passe chez vous vis-à-vis de la Russie et de son soi-disant "rôle décisif" dans votre politique nationale. Nous avons parlé de dossiers concrets avec Donald Trump. Il n'a pas mentionné cette bacchanale.

Question: Les renseignements américains accusent la Russie de s'être ingérée dans les élections américaines. Le Président des USA Donald Trump dit que c'est faux. Vous a-t-il affirmé qu'il ne croyait pas que la Russie s'était ingérée d'une quelconque manière dans la campagne électorale?

Sergueï Lavrov: A première vue, nous sommes tous des adultes ici. Je n'aurais jamais pensé devoir répondre à de telles questions, qui plus est aux USA avec votre système politique démocratique très développé.

Le Président américain Donald Trump a déclaré plusieurs fois publiquement ce qu'il pensait des affirmations selon lesquelles nous nous serions ingérés dans vos affaires intérieures. Ses déclarations publiques me suffisent. Pas besoin de se le dire secrètement à l'oreille. Nous connaissons la position de Donald Trump et de ceux qui tentent de prouver le contraire. Le problème est que personne n'a fourni la moindre preuve. Si vous couvrez l'actualité internationale et la vie de votre pays, en tant que journalistes vous devez vous intéresser aux preuves.

Question: Vous venez d'apprendre que le directeur du FBI James Comey avait été démis de ses fonctions. Compte tenu des accusations du FBI visant votre pays, êtes-vous ravi d'apprendre cette nouvelle?

Sergueï Lavrov: Cette question ne me concerne pas du tout. Je peux simplement vous citer l'exemple d'autres situations en Russie, en France ou au Royaume-Uni, de renvoi ou de nomination. Ce sont vos affaires intérieures.

Question: A-t-on évoqué une éventuelle rencontre des présidents Vladimir Poutine et Donald Trump? Quand pourrait-elle avoir lieu: en juillet ou plus tôt?

Sergueï Lavrov: Lors de leur dernier entretien téléphonique, les deux présidents ont déjà confirmé leur rencontre en marge du G20 en Allemagne début juillet. Aujourd'hui, nous avons évoqué avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson les avancées sur les points susmentionnés de l'ordre du jour, y compris la Syrie et d'autres questions, afin de préparer des résultats visibles et palpables pour cette rencontre. Quoi qu'il en soit, ils se rencontreront en juillet.

Question: Pouvez-vous parler plus en détail de votre rencontre avec le Président américain Donald Trump et de vos relations avec lui? Pourquoi pensez-vous que son passé d'homme d'affaires pourrait faciliter les relations de la Russie par rapport à l'administration de Barack Obama? A-t-il dit quelque chose à ce sujet?

Sergueï Lavrov: J'ai déjà répondu à cette question. Il est toujours plus utile, pour les relations, de faire des affaires au lieu d'exposer des préférences idéologiques et de faire de la propagande. Telles sont nos attentes.

Question: Quelle est la stratégie de sortie de la Russie de Syrie?

Sergueï Lavrov: Nous n'avons pas de notion de "stratégie de sortie". Nous devons tous faire ce qui a été convenu, comme le fixent les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Il faut les mettre en œuvre, empêcher tous les phénomènes terroristes en Syrie, empêcher que ce pays se transforme en foyer d'extrémisme et d'instabilité, empêcher que se répètent les scénarios irakien et libyen.

Quelqu'un m'a posé une question sur le Président syrien Bachar al-Assad. Dans le cas de l'Irak et de la Libye la communauté internationale était obsédée par l'idée de renverser un homme: Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye. Nous avons vu le résultat. Quand nous évoquons le règlement de la crise syrienne, tirons des leçons des erreurs du passé et ne parions pas sur le changement d'un dirigeant concret mais sur l'éradication de la menace terroriste. Le Président américain Donald Trump a réaffirmé aujourd'hui que la priorité des USA en Syrie était de vaincre le terrorisme. Sur ce point, nous sommes entièrement solidaires.

Question: La Russie est accusée de soutenir les talibans en Afghanistan: que pouvez-vous en dire?

Sergueï Lavrov: Nous avons exigé à plusieurs reprises de fournir ne serait-ce qu'une preuve. Ceux qui s'occupent sérieusement de l'Afghanistan visualisent la situation sur place dans sa totalité. Aucun analyste sérieux, qui ne cherche pas à se faire une réputation bon marché, n'affirme que nous aidons les talibans avec des armes.

Nous travaillons avec les talibans pour mettre en œuvre la décision du Conseil de sécurité des Nations unies prise à l'initiative du gouvernement afghan, qui stipule que les talibans doivent être rattachés au processus de paix s'ils reconnaissent la Constitution afghane actuelle, s'ils renoncent à la violence et ne se lient pas avec des terroristes. C'est l'une condition pour que tout le monde travaille avec les talibans. Le gouvernement afghan est prêt à s'entendre avec eux sur cette base. Les talibans font partie de la population afghane. Il est difficile d'imaginer que le conflit puisse être réglé sans eux, notamment après la destruction laissée par les forces de l'Otan en dix ans de présence sans avoir réglé le moindre problème, en aggravant la menace terroriste, en permettant l'arrivée de Daech en Afghanistan alors qu'il n'y existait pas auparavant, en décuplant la production de drogues. Les problèmes sont nombreux. Tous les Afghans doivent s'unir sur la base des critères que j'ai mentionnés.

Question: Avons-nous bien compris que pendant votre entretien avec le Président américain Donald Trump, il n'a pas évoqué l'ingérence de la Russie dans les élections américaines de l'an dernier? Cette question n'a pas du tout été évoquée?

Sergueï Lavrov: Je viens de répondre à cette question. Le Président américain Donald Trump déclare publiquement que ce sont des fantaisies. Posez sur la table une seule preuve pour que nous puissions y réagir. Aujourd'hui, quand on nous dit dans les yeux que tout le monde est au courant de tout - et cela dure depuis des mois aucune preuve , y compris au Sénat avec des commissions spéciales - ce n'est pas sérieux.

Question: Vous avez dit être intéressé par la participation américaine à la mise en place de zones de désescalade en Syrie. Pouvez-vous en parler plus en détail? Donald Trump ou Rex Tillerson ont-ils dit que dans une certaine mesure les USA participeraient à la création de telles zones avec la Russie?

Sergueï Lavrov: Premièrement, l'idée a été suggérée initialement par les représentants américains – le Président américain Donald Trump et le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson. Nous avons utilisé le format d'Astana pour commencer à avancer sur le plan pratique. Nous saluerons toute contribution des USA. Cela doit être évoqué par celui qui s'occupe professionnellement de la situation sur le terrain, qui la maîtrise. Nous avons la possibilité de promouvoir ce processus à Astana et à Genève. Aujourd'hui nous sommes d'accord qu'en tant qu'acteurs actifs de ce processus global qu'est le règlement syrien nous poursuivrons ces contacts avec d'autres acteurs centraux, notamment avec les pays de la région.

Merci beaucoup, nous devons partir en Alaska.

 

mid.ru

 

Read 234 times