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mercredi, 05 avril 2017 15:53

Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov accordée à l'agence de presse azerbaïdjanaise Azeri-Press le 31 mars 2017

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Question: Les relations diplomatiques russo-azerbaïdjanaises fêtent leurs 25 ans en 2017. Comment jugez-vous les rapports entre nos deux pays à l'heure actuelle?

Sergueï Lavrov: Les relations diplomatiques entre nos États ont en effet été établies il y a 25 ans, et nous fêterons cet anniversaire important le 4 avril. Mais tout le monde sait parfaitement que les liens entre les peuples russe et azerbaïdjanais ont des racines séculaires.

 Aujourd'hui, la Russie et l'Azerbaïdjan sont des partenaires stratégiques. Notre coopération se base sur les principes d'égalité des droits et de bon voisinage, sur nos traditions séculaires d'amitié, une histoire et une culture communes. Nous avons réussi en 25 ans à conserver et à enrichir considérablement cet héritage en nous appuyant sur deux textes fondateurs: le Traité d'amitié, de coopération et de sécurité mutuelle du 3 juillet 1997 et la Déclaration sur l'amitié et le partenariat stratégique du 3 juillet 2008.   

Nous constatons avec plaisir que les relations russo-azerbaïdjanaises continuent de progresser dans tous les domaines et gagnent en qualité. Il est difficile de sous-estimer le rôle que joue le dialogue de confiance et informel entre nos chefs d’État dans ces efforts communs.

Le secteur économique affiche des succès considérables: nos échanges ont atteint en 2014 un niveau record de 4 milliards de dollars. Ils ont ensuite été affectés par l'effet négatif de la volatilité des devises nationales mais aujourd'hui nous travaillons activement à redynamiser nos liens de commerce et d'investissement. Nous comptons sur une implication maximale, à ces fins, du potentiel des liens interrégionaux et des capacités des milieux d'affaires des deux pays.

La liste des priorités constantes comprend également la coopération dans le domaine social avec un accent sur le renforcement de l'espace commun culturel et d'enseignement dont nous avons hérité. Notre projet commun - le Forum humanitaire international de Bakou sous l'égide des présidents russe et azerbaïdjanais, reconnu largement dans le monde entier - a fait ses preuves en tant que plateforme demandée de discussion sur les problèmes d'actualités liés au développement de la société moderne.     

La Russie et l'Azerbaïdjan sont non seulement amis mais aussi voisins, dans le Caucase comme en mer Caspienne. C'est pourquoi nous développons un dialogue productif non seulement sur une base bilatérale mais aussi dans le cadre de formats multilatéraux.

La Russie veut sincèrement que son voisin du sud soit un État stable, prospère et ouvert à une coopération large. Je suis certain que l'approfondissement ultérieur des relations russo-azerbaïdjanaises répond aux intérêts vitaux de nos peuples et favorisera la paix, la sécurité et la stabilité dans le Caucase du Sud.

Question: La résolution pacifique du conflit dans le Haut-Karabagh reste une priorité de la politique étrangère russe. L'année dernière, comme par le passé, nous n'avons pourtant constaté aucune initiative visant à régler ce conflit. Quelle est, d'après vous, la raison de cette inaction? Est-ce que le caractère non-résolu de ce conflit préoccupe la Russie en tant que membre du Groupe de Minsk de l'OSCE et comme pays de la région?   

Sergueï Lavrov: La Russie est naturellement préoccupée. Les événements dans la région voisine ne nous laissent pas indifférents. Nous avons tout intérêt à un rétablissement de la paix et de la sécurité, à la réouverture des frontières, au retour des réfugiés ainsi qu'à la reprise des liens commerciaux et économiques. C'est pourquoi la résolution du conflit du Haut-Karabagh fait partie de nos priorités inconditionnelles dans le domaine de la politique étrangère.

Mais je ne suis pas d'accord avec vos propos sur l'absence d'initiatives de règlement. La question du Haut-Karabagh reste au centre des préoccupations des médiateurs internationaux qui entreprennent des efforts collectifs et personnels afin de résoudre ce problème.

En ce qui concerne la Russie je vous rappelle que Saint-Pétersbourg a accueilli l'année dernière, à l'initiative du Président russe Vladimir Poutine, un sommet tripartite consacré à cette question. L'ordre du jour des rencontres de notre Président avec les leaders azerbaïdjanais et arménien accorde toujours une attention considérable au règlement du conflit. Ce dernier a notamment été évoqué en détail le 15 mars lors de la dernière visite du président arménien Serge Sargsian à Moscou. Les ministres des Affaires étrangères sont évidemment actifs eux aussi dans ce domaine: nous avons eu un entretien substantiel sur ce sujet avec mon homologue arménien Edouard Nalbandian en février dernier et avec mon homologue azerbaïdjanais Elmar Mamediarov début mars.      

Comme le sujet du règlement dans le Haut-Karabagh est très délicat, tous les détails des négociations restent confidentiels. Mais je peux déjà dire qu'on a concerté de nombreux aspects de ce dossier. Il ne reste que quelques questions, mais elles sont les plus compliquées. On n'arrive toujours pas à trouver de consensus mais le travail en ce sens se poursuit.

Question: Suite aux événements d'avril 2016, la Russie a entrepris des efforts de médiation considérables afin d'obtenir un règlement pacifique du conflit. La presse a même publié des informations non-officielles sur l'existence d'un "plan Lavrov" de règlement du conflit. Ce plan existait-il en réalité? Et quel a été son sort?

Sergueï Lavrov: J'ai plus d'une fois souligné publiquement qu'il n'y avait aucun "plan Lavrov". Les idées qui sont actuellement examinées se basent sur les propositions élaborées de manière collective par trois pays co-présidents du Groupe de Minsk de l'OSCE. Plus précisément, il s'agit de points évoqués dans les déclarations communes des présidents russe, américain et français sur le règlement du conflit du Haut-Karabagh. Ils sont de notoriété publique. Les parties ne rejettent pas cette base en bloc mais ont des approches différentes de la mise en œuvre de ses différents aspects. Il ne s'agit pas de la changer ni de proposer des plans différents susceptibles de modifier de manière radicale le schéma élaboré par les co-présidents.

L'essentiel est d'aider les parties à trouver une solution politique équilibrée permettant de progresser vers l'élaboration de documents juridiques contraignants.

Question: Les chefs des États-majors généraux russe et américain se sont rencontrés récemment à Bakou. Cet entretien a été grandement apprécié par les milieux politiques et d'experts azerbaïdjanais. Comme les deux pays respectent le statut important de l'Azerbaïdjan dans la région, faut-il s'attendre à un renforcement de la coopération entre Washington et Moscou pour le règlement du conflit du Haut-Karabagh?

Sergueï Lavrov: Valeri Guerassimov, chef de l’État-major des Forces armées de la Fédération de Russie, a en effet rencontré le 16 février à Bakou Joseph Dunford, chef de l’État-major des armées des États-Unis. Leur entretien a porté sur la coopération des deux pays dans la lutte antiterroriste, notamment au Moyen-Orient.

La Russie, les États-Unis et la France sont co-présidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, plateforme de négociation principale au sujet du conflit du Haut-Karabagh. Cette troïka s'est formée en 1997 et son travail se base, depuis, sur une approche collective.

J'ai déjà mentionné les déclarations communes des chefs d’État visant à pousser les parties à trouver des compromis sur les aspects-clés du règlement. Nous avons établi une coopération stable au niveau de nos ministères des Affaires étrangères. Un bon exemple est le sommet arméno-azerbaïdjanais organisé à l'initiative du Secrétaire d’État américain suite aux événements d'avril 2016 avec le Ministre russe des Affaires étrangères et le Secrétaire d’État français pour les affaires européennes. Cette rencontre a porté sur des questions importantes liées à la stabilisation de la situation dans la zone du conflit. Les co-présidents américain et français ont été invités lors de la phase finale de la rencontre de Saint-Pétersbourg déjà mentionnée. Les trois co-présidents coopèrent de manière active. Ils visitent régulièrement la région et défendent des positions communes lors des négociations avec les dirigeants arméniens et azerbaïdjanais. A mon avis, une telle approche collective constitue un bon exemple de partenariat nécessaire pour résoudre les conflits internationaux.

J'espère que notre coopération étroite avec Washington et Paris dans le règlement du conflit du Haut-Karabagh va perdurer.  

Question: Quelle est la vision russe de la participation de l'Azerbaïdjan au processus d'intégration eurasiatique? Est-ce que Moscou souhaite l'adhésion de Bakou à l'Union économique eurasiatique? 

Sergueï Lavrov: Nous ne pouvons que saluer la participation éventuelle de l'Azerbaïdjan à l'intégration eurasiatique. Le nombre de membres de l'Union économique eurasiatique est passé  de trois à cinq en deux ans. Cela confirme le fait que l'Union offre aux pays membres des avantages considérables qu'on ne peut pas obtenir sans accès à un espace économique commun.

L'UEEA est aujourd'hui un marché commun important de 182 millions de personnes qui assure "quatre libertés": une circulation libre des marchandises, des services, des capitaux et de la main-d'œuvre. Il faut également souligner des avantages liés à la mise en œuvre commune des intérêts dans le domaine du commerce extérieur: on peut les défendre de manière beaucoup plus efficace lors de contacts avec des pays tiers si l'on fait partie d'un ensemble d'intégration aussi puissant.

 

mid.ru

 

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