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mardi, 08 novembre 2016 12:30

Allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l'Université du Pirée, Athènes, 2 novembre 2016

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Monsieur le Ministre,

Chers collègues et amis,

Je voudrais avant tout remercier la direction de l'Université du Pirée de m'avoir attribué le statut de docteur honoris causa. On a dit beaucoup de choses sur moi et j'en ai même appris de nouvelles. Merci. En Russie, votre Université est réputée comme l'un des principaux centres d'études supérieures de Grèce, qui forme des spécialistes de haut niveau. Il est donc d'autant plus flatteur pour moi d'avoir été choisi par votre établissement en tant que professeur honoraire.

Nous saluons la contribution de l'Université aux efforts déployés dans différents domaines pour développer les liens russo-grecs.

L'amitié entre les peuples russe et grec a des racines profondes. Elle s'appuie sur la culture orthodoxe, une spiritualité commune et notre proximité civilisationnelle. Il est réjouissant de savoir qu'Athènes se souvient de la contribution de la Russie à l'accession de votre pays à l'indépendance. L'un des symboles de notre histoire commune est Ioánnis Kapodístrias, qui a dirigé de facto pendant des années le service diplomatique russe, puis est devenu le fondateur et le premier président de l’État grec indépendant. Bien sûr, nous nous souviendrons toujours de la lutte commune de nos peuples pour la justice et l'indépendance aux XIX et XXe siècles, notamment quand nous avons combattu ensemble contre le nazisme.

Aujourd'hui, en dépit d'une situation mondiale difficile, la coopération russo-grecque continue de se développer sur tous les axes. Le dialogue de confiance régulier au sommet apporte une puissante impulsion à notre travail conjoint. L'an dernier, le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'est rendu à deux reprises en Russie. En janvier, le Président russe Vladimir Poutine a accueilli à Moscou le Président Prokópis Pavlópoulos et l'événement central de notre agenda bilatéral cette année a été la visite du Président russe Vladimir Poutine à Athènes et sur le mont Athos en mai 2016. A l'issue de l'entretien de mai à Athènes ont été signés une déclaration politique et de nombreux documents, entre autres sur la coopération dans le secteur économique, des investissements, de l'énergie, du tourisme, de l'agriculture, ainsi que sur la coopération interrégionale.

Le Plan d'action pour 2015-2016 signé par le Président russe et le Premier ministre grec durant la visite d'Alexis Tsipras en Fédération de Russie l'an dernier est appliqué avec succès. La coopération entre nos parlements se développe – d'ici la fin de l'année nous attendons à Moscou le Président du Parlement grec Nikos Voutsis.

Nos échanges commerciaux ralentissent pour des raisons qui ne dépendent pas de la Russie. Toutefois, si l'on constate une diminution en valeur on note aussi que les échanges enregistrent une augmentation des volumes. Selon nos estimations, cet indice augmente de plus de 13% en moyenne. La situation doit tout de même être redressée. Bien sûr, nous pourrions faire bien plus pour que cette tendance soit renversée.

Aujourd'hui, avec nos partenaires grecs, nous entreprenons les démarches pratiques nécessaires. Nous élargissons notamment les échanges entre les régions russes et grecques, nous encourageons les liens directs entre les milieux d'affaires et nous réalisons des projets d'investissement. Un rôle important dans ce travail incombe à la Commission russo-grecque mixte pour la coopération économique, industrielle, scientifique et technique, dont la 10e session s'ouvrira demain à Athènes.

Depuis plus de 20 ans, la Russie est un fournisseur fiable d'hydrocarbures sur le marché grec et assure 60% de tous les besoins du pays en gaz et plus de 15% en pétrole. De nouvelles perspectives de renforcement de la coopération s'ouvrent suite à la signature, le 10 octobre, d'un accord intergouvernemental sur le gazoduc Turkish Stream qui prévoit la construction d'un pipeline relié à la Grèce. Bien évidemment, après l'expérience amère du projet South Stream, nous serons prêts à prolonger ce réseau jusqu'au territoire de l'UE uniquement après l'obtention de garanties solides et absolues pour la réalisation du projet de la part de Bruxelles qui, nous l'espérons, adoptera une approche pragmatique et non politisée.

Il est difficile de surestimer le rôle des échanges socioculturels. Les années croisées Russie-Grèce se déroulent avec succès sous le patronat du Président russe et du Premier ministre grec. Le programme chargé des années croisées comporte 170 activités dans des domaines très variés – de la culture à l'économie en passant par la popularisation du russe et du grec. Sachant que la géographie de ces activités ne se limite pas à Moscou, Saint-Pétersbourg, Athènes et Thessalonique mais s'étend également à d'autres régions russes et grecques.

Cette année, en collaboration avec nos partenaires grecs, nous organisons des festivités à l'occasion du millénaire de la présence du monachisme russe sur le mont sacré Athos.

Nous constatons avec satisfaction la reprise du flux touristique russe à destination de la Grèce. Au premier semestre 2016, cette hausse était supérieure à 20% en glissement annuel. Nous continuerons de soutenir par tous les moyens l'élargissement des contacts humains entre nos deux pays.

Malheureusement, le déclin des relations entre la Russie et l'Union européenne - dont nous ne sommes pas les initiateurs - constitue une sérieuse entrave au renforcement de notre coopération diversifiée. On entend souvent dire, au niveau politique et des experts, que Moscou serait responsable de la tension actuelle sur le continent. Les conclusions de la Revue stratégique des relations avec la Russie après la réunion du Conseil européen des 20 et 21 octobre vont dans le même sens. Je voudrais rappeler que nous avons toujours été disposés à un rapprochement avec l'UE sur un large éventail de questions – du régime sans visas à la formation d'une alliance énergétique réellement solide. Nous avons soumis des propositions concrètes appelées à rendre notre partenariat vraiment stratégique, ce qui serait dans l'intérêt de tous.

Malheureusement, nous ne pouvons nous vanter d'aucune avancée à ce sujet pour l'instant. Chez nos partenaires occidentaux, en pleine euphorie après la fin de la Guerre froide, prédomine une ligne à courte vue. Ils refusent un dialogue équitable et veulent s'emparer de l'espace géopolitique en divisant les peuples en "bons" et "mauvais". Le point culminant de cette politique a été le coup d’État anticonstitutionnel en Ukraine, soutenu par les États-Unis et plusieurs pays européens.

Nous sommes particulièrement préoccupés par le cap pris par l'Otan visant à réfréner la Russie. Cette attitude mène à l'érosion de la stabilité stratégique sur le continent européen. Toute une infrastructure militaire s'approche de nos frontières, on y projette du matériel et des forces, on accroît le nombre et l'ampleur des exercices. La construction du bouclier antimissile (ABM) se poursuit. Il est déplorable que le commandement de l'Otan se détourne d'un dialogue professionnel avec la Russie et l'OTSC, qui permet pourtant d'élaborer des mesures collectives pour combattre les menaces communes - et pas fictives. Dans ces conditions, notre ancienne initiative proposant de commencer à mettre en pratique dans la région euro-atlantique le principe de sécurité équitable et indivisible proclamé par l'OSCE et le Conseil Otan-Russie est de plus en plus pertinente.

Nous avons dit plusieurs fois que nous n'avions pas l'intention de claquer la porte. Il n'y a aucun problème insoluble dans nos relations avec l'Occident si toutes les parties font preuve de bonne volonté.

Pour renverser cette tendance négative, il faut renoncer à la logique malsaine des jeux à somme nulle, cesser d'imposer des accords mercantiles et des solutions de coopération sans tenir compte des intérêts des partenaires. D'ailleurs, nous attendons de l'Otan des réponses aux propositions russes pour relancer un travail équitable concret du Conseil Otan-Russie. Nos suggestions pour la normalisation des relations avec l'UE ont été transmises au Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en juillet 2016. Nous attendons également une réaction.

Nous continuons de croire à la perspective de création d'un espace économique et humain commun de l'Atlantique au Pacifique qui permettrait d'assurer un développement stable de tout ce vaste continent eurasiatique. Nous sommes certains que la complémentarité et l'interdépendance de nos économies et l'exploitation de leurs avantages naturels pourraient contribuer à une unification progressive des marchés, permettre de régler ensemble plus efficacement de nombreux problèmes, y compris la hausse de la compétitivité dans notre monde actuel, si complexe. Cela fait près d'un an que nous appelons l'UE à établir un dialogue avec l'Union économique eurasiatique.

La situation pourrait s'améliorer si l'Union européenne se penchait honnêtement sur les raisons de l'absence de progrès dans la mise en œuvre des Accords de Minsk visant à régler la crise en Ukraine. Les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk sont prêtes, avec le soutien de la Russie, à faire leur part du chemin en parfaite conformité avec le plan de démarches progressives convenues à Minsk le 15 février 2015. Mais les autorités de Kiev doivent remplir leurs engagements. Il est évident pour nous que les habitants du Donbass ont le droit à une autonomie locale, à leur langue, à leur propre identité culturelle – ce sont des valeurs européennes indéniables.

La Russie continuera de promouvoir un agenda tourné vers l'avenir dans les affaires mondiales. Parmi nos priorités: la lutte contre le terrorisme international, la défense des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes sans ingérence extérieure en s'appuyant sur la Charte de l'Onu et, évidemment, le règlement pacifique des conflits en cherchant un équilibre des intérêts. Nous continuons de travailler sur le règlement urgent du conflit sanglant en Syrie à travers l'accomplissement de bonne foi des décisions du Conseil de sécurité des Nations unies et du GISS, qui a été créé sous la coprésidence des USA et de la Russie. Nous rejetons les tentatives de protéger les groupes armés de l'opposition qui refusent de rompre avec les terroristes. C'est aujourd'hui le principal obstacle au règlement du conflit en Syrie.

Mon homologue et ami le Ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias a mentionné aujourd'hui, parmi les mérites de la diplomatie russe, l'accord sur l'élimination des armes chimiques en Syrie. C'est effectivement un exploit important: l'initiative avait été avancée par la Russie et les USA, puis le Conseil de sécurité des Nations unies nous avait soutenus et toutes les parties, y compris le gouvernement syrien, ont coopéré pour remplir cet accord. L'OIAC a même reçu le prix Nobel de la paix pour sa contribution à sa mise en œuvre. L'absence de succès majeurs dans d'autres domaines est due au fait que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ne sont pas appliquées. Une résolution a été adoptée sur l'arme chimique syrienne et tout le monde a rempli les termes de l'entente dans les délais impartis. Il existe également une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur la crise ukrainienne qui a entériné les Accords de Minsk du 15 février 2015, mais elle n'est pas respectée. Même constat avec la résolution 2254 adoptée en janvier 2016 sur le processus de paix en Syrie, qui présente une approche complexe impliquant le lancement urgent d'un dialogue politique sans conditions préalables entre toutes les parties syriennes – c'est-à-dire le gouvernement syrien et tous les groupes d'opposition. Elle souligne également la nécessité d'améliorer la situation humanitaire et de renforcer la lutte sans appel contre les terroristes. Les groupes armés qui ne souhaitent pas s'associer avec les terroristes doivent quitter les positions occupées par le Front al-Nosra et Daech. Mais cette résolution n'est pas non plus respectée parce que certains veulent vraiment que la séparation entre l'opposition et les terroristes n'ait pas lieu, comme s'ils désiraient que l'organisation terroriste Front al-Nosra reste intacte. Cela nous inquiète. J'ai cité cet exemple uniquement pour souligner que quand un accord (qui plus est fixé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies) est respecté, nous constatons un véritable succès. Mais quand un accord est conclu pour gagner du temps puis pour promouvoir un agenda caché, le résultat n'est jamais bon. C'est dans la tradition séculaire russe: nous tenons toujours parole.

Comme l'a noté le Président russe Vladimir Poutine, nous n'aspirons pas à la domination globale ni à l'expansion ou à la confrontation. Nous restons ouverts au dialogue respectueux avec nos partenaires étrangers et leurs associations d'intégration sur tous les axes géographiques. Bien sûr, cela concerne à part entière les membres de l'UE et les USA. Nous continuons d'espérer que par des efforts communs nous réussirons à faire revenir les liens russo-américains sur une trajectoire stable. Cela se refléterait positivement sur l'ensemble des relations internationales, étant donné que nos États endossent une responsabilité particulière pour le maintien de la paix et de la stabilité mondiales.

Le cas de notre accord START-3 avec les Américains a été cité aujourd'hui. C'est un bon exemple car ce traité est consciencieusement mis en œuvre par les deux pays et permet de renforcer la sécurité et la stabilité dans le monde en général. Comme l'a déclaré le Président russe Vladimir Poutine, nous serons prêts à dialoguer avec le président élu par le peuple américain, quel qu'il soit.

Dans les conditions de la formation objective d'un ordre mondial multipolaire, un rôle de plus en plus conséquent revient aux nouveaux centres de croissance économique et d'influence politique. C'est pourquoi la création, en 2011, du Centre pour l'étude des pays Brics au sein de votre université a été une démarche avisée et dans l'air du temps. Les Brics sont un groupe d'un nouveau type qui correspond aux réalités du XXIe siècle. Le "quintet" dont font partie la Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud – des États avec des modèles civilisationnels et économiques différents - s'affirme en tant qu'élément indissociable du nouveau système polycentrique et démocratique des relations internationales. La coopération dans le cadre des Brics s'appuie sur les principes d'égalité et de prise en compte des intérêts mutuels. Elle vise à réunir les conditions favorables à l'ascension diversifiée de nos pays, à assurer la prospérité de nos peuples. Je voudrais noter qu'en développant le partenariat stratégique, les pays des Brics sont ouverts à la coopération avec le monde extérieur, ils ne s'enferment pas et ne professent pas leur exclusivité. Je suis certain que vous serez intéressés par les documents adoptés pendant le récent sommet des Brics en Inde.

Chers amis,

A l'avenir, ce sont les étudiants d'aujourd'hui qui seront responsables de la situation dans leur pays et des relations extérieures, qui seront chargés d'assurer les conditions favorables pour la prospérité de la Grèce, qui représenteront ses intérêts au sein des institutions internationales telles que l'Onu, l'OSCE, le Conseil de l'Europe, l'UE et l'Otan. J'espère que vous contribuerez également au développement progressif du partenariat russo-grec, que vous renforcerez la solidarité historique séculaire de nos peuples, leur proximité spirituelle et morale dont les racines remontent à un passé lointain. Personne n'arrivera à détruire les fondations très solides des relations russo-grecques, j'en suis sûr.

 

mid.ru

 

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