InterAffairs

Ven04282017

Last update09:48:30 AM

RUS ENG FR DE PL ESP PT ZH AR

Font Size

SCREEN

Profile

Layout

Menu Style

Cpanel

Sergueï Lavrov

 

Bonsoir,

Ce fut une longue journée. Nous nous sommes entretenus avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson, suite à quoi nous nous sommes réunis longuement (plus de 2 heures) avec le Président russe Vladimir Poutine.

L'entretien a été substantiel et franc, nous avons évoqué l'ensemble des questions clés relatives à nos relations bilatérales et à notre coopération dans les affaires internationales.

Nous avons constaté que la phase actuelle que traversaient nos relations et la situation internationale n'était pas la plus calme. Il existe de nombreux problèmes, y compris les mines à retardement laissées par la précédente administration américaine de Barack Obama. Nous sommes réalistes et nous comprenons que de sérieux efforts sont nécessaires pour surmonter ces barrières. Nous sommes disposés à fournir de tels efforts, comprenant que ce sera réciproque de la part de nos collègues américains - c'est un fait. Aujourd'hui le Président russe Vladimir Poutine a réaffirmé à nouveau cette ligne conséquente.

Nous constatons des tentatives visant à empêcher notre coopération et même à aggraver la confrontation. Nous pensons que c'est une approche à courte vue, d'autant que l'histoire a montré que quand Moscou et Washington coopéraient notre population et le monde entier étaient gagnants.

Nous avons réaffirmé notre disposition générale à lutter sans merci contre le terrorisme international. Ce sujet a été évoqué par nos présidents durant plusieurs entretiens téléphoniques, y compris dans la nuit du 3 au 4 avril quand Donald Trump a téléphoné à Vladimir Poutine pour exprimer ses condoléances suite à l'attentat dans le métro de Saint-Pétersbourg.

Bien évidemment, dans le contexte de la lutte contre le terrorisme nous avons évoqué la situation en Syrie. Nous avons évidemment abordé l'incident qui s'est produit impliquant l'usage de produits chimiques le 4 avril en Syrie dans la province d'Idleb, et l'attaque de missiles américaine contre un aérodrome militaire qui a suivi le 7 avril. Comme vous le savez, nous avons exprimé plusieurs fois notre vision des faits. Aujourd'hui nous avons souligné qu'il était nécessaire d'organiser une enquête très rigoureuse sur cet incident qui a déjà fait l'objet de nombreuses spéculations.

La Fédération de Russie a demandé d'attirer l'attention de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) de La Haye sur le fait qu'elle était habilitée à entamer une telle enquête. Nous avons également attiré l'attention sur la lettre officielle du gouvernement syrien adressée à l'Onu et à l'OIAC demandant d'envoyer immédiatement un groupe d'inspecteurs pour mener une enquête impartiale et objective sur la situation sur les lieux de l'incident dans la province d'Idleb et sur l'aérodrome qui a été attaqué. Nous avons noté la disposition de nos collègues américains à soutenir une telle enquête. Nous espérons que les compétences de l'Onu et de l'OIAC entreront en action sans délai. A cet égard nous trouvons contre-productive la tentative d'adopter au Conseil de sécurité des Nations unies une résolution qui ne sera pas consacrée tant à l'enquête sur cet incident qu'à la légitimation des accusations qui accusent a priori Damas des faits. Nous avons d'autres faits. Je répète: nous n'essayons pas de les imposer à qui que ce soit. Nous voulons une enquête objective, impartiale et honnête.

Nous avons également évoqué la situation concernant les actions de l'aviation de la Russie et de la coalition menée par les USA dans le contexte du Mémorandum sur la prévention des incidents en Syrie et la sécurité des vols lors des opérations en Syrie. Comme vous le savez, ce Mémorandum a été suspendu par la Russie. Le Président russe Vladimir Poutine a confirmé aujourd'hui notre disposition à le rétablir à condition de confirmer clairement l'objectif initial des actions de l'aviation américaine et russe, à savoir la lutte contre Daech, le Front al-Nosra et d'autres organisations terroristes associées à ces groupes.

Nous partons également du fait que la ligne publiquement annoncée par la Russie et les USA concernant l'absence d'intention de s'ingérer dans les affaires intérieures de la Syrie ou d'autres États reste en vigueur. Nous espérons que les exemples de l'Irak, de la Libye et d'autres pays serviront de mise en garde contre la répétition de tels scénarios, y compris au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Je souligne encore une fois que notre disposition générale à éliminer et à défaire complètement Daech et d'autres terroristes reste en vigueur, comme cela a été entièrement confirmé aujourd'hui.

Hormis la lutte contre le terrorisme en Syrie et dans la région, nous avons un intérêt commun: parvenir à régler politiquement la crise syrienne très complexe. Ces dernières années, la Russie et les États-Unis ont été à la tête des efforts internationaux pour trouver des compromis, pour réunir tous les acteurs du dossier - aussi bien les belligérants intérieurs que les forces extérieures - à la table des négociations sous l'égide de l'Onu. Nous avons convenu aujourd'hui de poursuivre notre coopération bilatérale afin d'aider et de stimuler le processus multilatéral. Nous apprécions le fait de disposer, en plus du processus de Genève auquel nous participons à part entière avec nos confrères américains, de la plateforme d'Astana où les partenaires américains sont présents en tant qu'observateurs.

La Russie et les États-Unis ont également de nombreuses opportunités d'aider la communauté internationale à régler les conflits au Yémen, en Libye et notamment de trouver des approches pour faire avancer le processus de paix israélo-palestinien qui est au point mort. Je suis certain que les contacts qui se poursuivent sur ces sujets ne sont pas inutiles.

Nous avons également évoqué le thème de l'Afghanistan. Comme vous le savez, ces dernières années nous avons utilisé différents mécanismes pour former un soutien extérieur aux efforts pour la réconciliation afghane. L'une de ces tentatives sera entreprise le 14 avril à Moscou. Nous avons planifié une réunion au "format de Moscou" avec la participation de l'Afghanistan et de ses voisins, y compris d'Asie centrale, où des représentants américains ont également été invités. Nous espérons qu'ils pourront participer à cette réunion à tel ou tel niveau.

Nous avons abordé la crise en Ukraine. Nous sommes d'accord sur le fait que les Accords de Minsk de 2015 doivent être remplis. Nous avons rappelé que l'administration précédente des USA avait établi un canal bilatéral de consultations entre Moscou et Washington en plus du "quartet" du Format Normandie. Nous avons senti l'intérêt de l'administration actuelle à poursuivre les contacts bilatéraux à ce sujet pour aider à chercher des solutions pratiques afin de mettre en œuvre les Accords de Minsk dans leur totalité. Nous saluerons de tels efforts. Nous y sommes prêts.

Nous avons parlé de la situation sur la péninsule de Corée, qui nous préoccupe sérieusement. La Russie et les USA prônent le respect rigoureux des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies qui ont été adoptées à ce sujet. Nous avons essayé de comprendre aujourd'hui comment trouver les moyens de sortir de cette spirale de confrontation pour réunir les conditions propices à la négociation, pour régler le problème de la dénucléarisation de la péninsule de Corée par des efforts politiques et diplomatiques.

Nous avons noté également la responsabilité particulière de la Russie et des USA en ce qui concerne la sécurité militaro-politique sur le plan régional et mondial. Nous avons fait une mise au point concernant l'application des accords sur la stabilité stratégique et sur la réduction des armes en vigueur entre nos pays. Nous avons convenu de surmonter la pause marquée dans ces processus pour des raisons objectives suite au changement d'équipe à la Maison blanche. Nous espérons que les contacts pour examiner notre coopération dans le domaine de la stabilité stratégique et du contrôle des armes seront rétablis, se dérouleront de manière professionnelle autant que pragmatique et viseront à accomplir clairement ce qui a été convenu.

Nous avons mentionné nos relations économiques. Nous sentons des deux côtés l'intérêt des milieux d'affaires d'accroître la coopération et de surmonter la tendance négative observée actuellement dans nos échanges commerciaux et dans les investissements pour des raisons subjectives et objectives. De notre côté, nous avons proposé de soutenir les initiatives des milieux d'affaires des deux pays afin que leurs contacts directs soient soutenus par l’État russe et par l'administration américaine.

Autre accord: nous avons convenu de désigner des représentants spéciaux de nos ministères - du Ministère russe des Affaires étrangères et du Département d’État américain - pour examiner en détail, sans émotions ni exacerbations artificielles, les sujets irritants qui se sont accumulés dans nos relations ces dernières années, notamment sous l'administration de Barack Obama. Je pense que si les deux parties avaient une approche pragmatique de ce travail, il donnerait forcément des résultats et permettrait d'améliorer nos relations.

Dans l'ensemble, je pense que nous comprenons tous à quel point la situation est difficile dans nos relations et dans le monde, combien sont nombreux ceux qui souhaitent s'essayer aux particularités des technologies de communication modernes, dans la sphère cybernétique, dans le monde virtuel dans l'ensemble, à quel point certaines personnes abusent des possibilités offertes par les technologies modernes en essayant de les utiliser à leurs fins politiques très malsaines. Je pense qu'il y a suffisamment de personnes raisonnables aux USA et en Russie pour "séparer le bon grain de l'ivraie" et suivre les intérêts profonds et non conjoncturels de nos peuples, nos pays et toute la communauté internationale.

C'est mon sentiment après notre entretien. Malgré tout les problèmes, aussi bien objectifs qu'artificiellement créés, il existe des perspectives de travail conjoint. La Russie est ouverte non seulement au dialogue avec les USA dans différents domaines, mais également aux actions conjointes visant un résultat dans l'intérêt des deux pays. Bien sûr, nous attendons une réciprocité de la part des USA. Je suis certain que l'entretien d'aujourd'hui et les heures que nous avons passées avec Rex Tillerson, tous les deux et avec le Président russe, n'ont pas été vaines. Après ce que nous avons fait aujourd'hui ensemble, nous nous comprenons mieux. J'espère que ces contacts se poursuivront aussi bien directement entre nous qu'entre nos représentants et d'autres départements de l'administration américaine et du gouvernement russe.

Question (adressée à Rex Tillerson): Ces derniers jours, nous avons attendu de la part de Washington des déclarations non seulement contradictoires, mais également agressives. Je veux parler des propos du Président américain Donald Trump qui a qualifié le Président syrien Bachar al-Assad d'"animal", ainsi que de la déclaration du porte-parole de la Maison blanche Sean Spicer qui a comparé Bachar al-Assad à Adolf Hitler, en commettant le lapsus "qu'Adolf Hitler n'avait pas utilisé d'arme chimique". Comment ces déclarations contribuent-elles aux objectifs diplomatiques? Quand cette rhétorique pourrait-elle changer?

Sergueï Lavrov (ajoute après Rex Tillerson): Je dois ajouter quelques mots. Il est évident que c'est un thème (l'enquête sur les incidents d'usage de produits toxiques en Syrie) sur lequel nous divergeons car la Russie insiste sur une enquête objective. En 2013, nous avions initié avec les USA la destruction de l'arme chimique en Syrie. Dans un délai record avaient été préparés les accords nécessaires à l'OIAC de La Haye et au Conseil de sécurité des Nations unies. Des rapports de l'OIAC ont fait état de progrès dans la destruction de toutes les réserves déclarées d'armes chimiques. Ils constataient également un problème: que certains lieux où l'arme chimique était stockée étaient contrôlés par les extrémistes. Un processus est en cours entre Damas et La Haye, avec ses aspérités. Nous profitons de nos relations avec le gouvernement syrien pour le pousser à une coopération à part entière. Nous sommes attachés à l'achèvement de ce travail et nous le mènerons jusqu'au bout.

En ce qui concerne l'enquête sur les informations faisant état de l'usage de l'arme chimique, il existe la Mission d'établissement des faits de l'OIAC et le Mécanisme d'enquête conjoint de l'OIAC-Onu justement conçus pour enquêter sur les cas d'usage de l'arme chimique en Syrie. Nous avons des questions par rapport à ces structures car toutes les accusations d'usage de produits toxiques par le gouvernement syrien, sans exception, sont basées sur des "témoignages à distance" de certaines ONG. Je ne vais pas m'arrêter une fois de plus sur les Casques blancs qui se sont complètement discrédités et ont diffusé plusieurs fausses informations.

Quant aux preuves concernant l'usage de l'arme chimique sur le territoire contrôlé par l'opposition, le gouvernement syrien et les militaires russes qui travaillent en Syrie ont transmis plusieurs fois des preuves matérielles à l'OIAC, y compris des échantillons à analyser. Il ne s'agit pas de "témoignages à distance" mais de preuves matérielles. L'analyse de ces preuves matérielles envoyées à La Haye est sérieusement retardée.

Je répète: je ne cherche pas à accuser ou à protéger qui que ce soit. Nous insistons sur une enquête objective concernant les faits du 4 avril 2017. D'ailleurs, comme cela s'est déjà produit auparavant, tout cela a coïncidé "parfaitement" avec la réunion d'une conférence sur la Syrie à l'initiative de l'UE à Bruxelles. Dès l'annonce de l'usage de produits toxiques dans la province d'Idleb, de nombreux participants ont commencé à exiger haut et fort que la conférence soit consacrée à ce sujet précis, alors qu'elle était censée évoquer l'ensemble des problèmes du processus de paix en Syrie. Compte tenu de l'agitation et de la tension colossale créée dans l'espace médiatique, dans la sphère politique et auprès de la communauté internationale autour de cet incident, nous sommes convaincus qu'il faut mener "à tête froide" une enquête impartiale, internationale et indépendante. Il faut envoyer un groupe international d'experts objectifs et professionnels à l'endroit où des produits chimiques auraient été utilisés et sur l'aérodrome qui, selon les affirmations de nos collègues américains, aurait été utilisé pour y envoyer des avions avec des munitions toxiques. Aucune preuve montrant que c'était le cas n'a été avancée, d'autant que selon différentes chaînes de télévision et les dépositions des personnes qui se trouvaient sur cet aérodrome immédiatement après le décollage et l'attaque, aucun signe indiquant la présence de quelconque arme chimique n'a été remarqué.

Pardon pour ce commentaire aussi long, mais je voudrais souligner notre totale conviction que si nos collègues de l'Onu et de La Haye esquivaient cette enquête, cela signifierait qu'ils ne souhaitent pas établir la vérité. Nous insisterons sur ce point.

Question (adressée aux deux ministres): Comment pourriez-vous convaincre le Président syrien Bachar al-Assad de participer à la transition politique? La position de la Russie et des USA diverge concernant la Syrie et l'Ukraine. Pensez-vous avoir éclairci certaines questions au cours de l'entretien d'aujourd'hui?

Sergueï Lavrov (répond après Rex Tillerson): De mon côté, je voudrais dire que je ne pense pas que la distance qui nous sépare des USA sur de nombreuses questions de l'agenda international soit infranchissable. Cela vaut pour la Syrie et l'Ukraine. Pendant nos allocutions d'ouverture, nous avons mentionné avec Rex Tillerson les accords concernant non seulement la sauvegarde mais également l'intensification des canaux de dialogue sur la Syrie et sur l'Ukraine.

En ce qui concerne concrètement le problème de la Syrie, notamment Bachar al-Assad, nous avons fait une brève excursion historique. Rex Tillerson a dit qu'il était un homme nouveau et préférait s'occuper des problèmes actuels plutôt que fouiller dans le passé. Cependant, le monde est ainsi fait que si nous ne tirons pas les leçons du passé nous ne pourrons pas réussir dans le présent. J'ai rappelé les situations où un groupe d’États, notamment des pays occidentaux, des membres de l'Otan, étaient absolument obsédés par l'élimination de tel ou tel dictateur ou dirigeant totalitaire. Dans le but d'éliminer le président de l'ex-Yougoslavie Sloboban Milosevic, en 1999, l'Otan a déclenché une guerre au centre de l'Europe en violant grossièrement la Charte de l'Onu et l'Acte final d'Helsinki de l'OSCE. Par ailleurs, ses membres ont bombardé un centre de télévision - ce qui est un crime de guerre d'après les Conventions de Genève - et des quartiers résidentiels, l'Ambassade de Chine a été attaquée, des ponts et des trains civils ont été bombardés pendant presque trois mois. Au final, quand il n'y avait plus de munitions ni d'objectifs pouvant être considérés comme des cibles à double usage, ils sont venus au Conseil de sécurité des Nations unies.

Un autre exemple est celui du dictateur Saddam Hussein qui a été pendu après l'invasion de l'Irak. Nous savons tous comment avait été justifiée cette invasion. Depuis, seulement Tony Blair s'est repenti publiquement en avouant que tous les prétextes pour envahir l'Irak étaient faux. Vous savez tout aussi bien que nous où en est l'Irak aujourd'hui.

Puis il y a eu Mouammar Kadhafi. Il a été également annoncé que ce dictateur n'avait pas sa place sans son pays et que la démocratie devait y triompher. Nous savons également ce qui se passe actuellement avec la Libye. La structure étatique du pays est remise en question, et avec les USA et d'autres partenaires (le Président russe Vladimir Poutine en a parlé hier avec son homologue italien Sergio Mattarella) nous nous efforçons de rétablir l’État libyen à travers une entente nationale, nous cherchons à mettre un terme à la situation où ce pays s'est transformé en canal de migration clandestine, de commerce d'esclaves comme l'ont annoncé aujourd'hui vos collègues journalistes.

En parlant d'exemples assez récents, il convient de citer le Soudan dont le président Omar el-Béchir est recherché par la Cour pénale internationale. D'autre part, l'administration de Barack Obama a décidé que, pour régler le problème du Soudan, il fallait couper le pays en deux. Le Soudan du Sud a été créé, sachant qu'on nous demandait activement d'aider à obtenir l'accord du président Omar el-Béchir, que les USA veulent voir au tribunal, pour qu'il ne s'oppose pas à la division du Soudan en deux États. Le président Omar al-Béchir a tenu sa parole en coopérant avec la communauté internationale. Le Soudan a été divisé en deux parties selon le projet de l'administration de Barack Obama seulement pour que, l'an dernier, Washington commence à insister sur l'adoption de sanctions contre sa création – le Soudan du Sud.

Les expériences de ce genre, basées sur l'obsession de remplacer un dictateur ou un dirigeant totalitaire, sont donc du déjà-vu. Nous savons très bien comment cela se termine. Je ne me souviens pas d'exemples où un dictateur a été renversé puis que "tout allait comme sur des roulettes". Si vous en connaissez, je vous serais reconnaissant de m'en parler.

C'est pourquoi en Syrie, comme l'a souligné à plusieurs reprises le Président russe Vladimir Poutine, nous ne misons pas sur une personne, sur le Président Bachar al-Assad ou sur un autre, comme certains cherchent à le faire actuellement en Libye avec Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar. Nous souhaitons qu'ils s'assoient à la table des négociations pour trouver une solution. De la même manière qu'en Syrie. Tous les Syriens, tel que c'est écrit dans la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, doivent s'asseoir et trouver un terrain d'entente. Il doit s'agir d'un dialogue intersyrien inclusif. C'est aux Syriens de décider du sort de leur pays sans aucune exception, tel que c'est écrit dans la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Le plus important n'est pas d'écarter un personnage de la scène politique mais de s'entendre sur la structure de l’État syrien pour qu'il soit démocratique, laïque (ce que ne veulent pas les opposants du Haut comité des négociations) pour que dans cet État, tous les groupes ethniques et confessionnels se sentent en sécurité et soient représentés de manière juste au gouvernement. Je vous assure que dès qu'un tel consensus sera atteint - or cela passe par la rédaction d'une nouvelle Constitution - le sort de certains individus à part sera réglé bien plus efficacement et sans conséquences tragiques pour l’État, le pays et le peuple.

Question: Avez-vous évoqué aujourd'hui la prétendue ingérence de la Russie dans l'élection présidentielle américaine? En quoi les agissements de la Russie dans le cyberespace sont-ils différents de ceux des USA? Selon les médias américains, nous savons que le programme nucléaire de l'Iran a été perturbé grâce au virus Stuxnet mis au point par les USA. Aujourd'hui, exactement de la même manière, les États-Unis cherchent à stopper le programme balistique de la Corée du Nord grâce à l'arme cybernétique.

Sergueï Lavrov (répond après Rex Tillerson): Nous souhaitons établir une coopération étroite pour lutter contre les crimes dans le cyberespace. Vous l'avez probablement entendu, nous en avons souvent parlé. Il y a seulement un an et demi, en octobre 2015, compte tenu de la préoccupation de l'administration Obama quant aux actions de prétendus "hackers russes" - que les Américains ont commencé à arrêter à travers le monde et à extrader illégalement aux USA sans recourir aux procédures juridiques en vigueur entre Moscou et Washington pour les poursuivre en justice - nous avions proposé à l'administration de Barack Obama d'établir une coopération, d'organiser des contacts spéciaux au niveau des organismes compétents, de créer un mécanisme bilatéral qui échangerait en temps réel les informations pour savoir où, qui et comment tente de violer les normes juridiques internationales et nationales de la Russie et des États-Unis. A l'époque déjà, nous avions déclaré que nous ne voulions pas que nos citoyens commettent des crimes cybernétiques. L'administration de Barack Obama a rejeté cette proposition, elle n'a aucunement réagi. Puis tout à coup, à la fin de leur "cadence" en novembre 2016, les Américains ont tout de même proposé une rencontre. Bien sûr, nos spécialistes compétents ont accepté mais au dernier moment l'administration de Barack Obama a changé d'avis, visiblement trop occupée à saper au maximum les relations russo-américaines avant l'arrivée de la nouvelle administration.

Nous avons effectivement parlé aujourd'hui du fait que notre intérêt était toujours aussi réel et d'actualité. Nous avons proposé de rétablir les contacts entre les représentants spéciaux du Président russe et de l'administration américaine au niveau des services compétents. Nous sommes absolument favorables à un tel contact. Nous avons senti que, cette fois, le résultat de ces efforts allait entraîner la création d'un canal.

Question (adressée aux deux ministres): Vous avez dit qu'un groupe serait créé ou qu'un représentant spécial serait nommé pour améliorer les relations. Est-il question du rétablissement de la Commission présidentielle bilatérale?

Sergueï Lavrov: Nous n'avons pas abordé ce sujet. La commission présidentielle a été enterrée par le Président Barack Obama. J'espère qu'elle pourra être réanimée sous une forme ou sous une autre. Mais nous projetons de créer des canaux pour examiner les questions problématiques de nos relations bilatérales indépendamment d'une structure pour chapeauter le tout. Nous déléguerons simplement des personnes pour analyser où nous avons des difficultés, où nous nous froissons et si nous devons le faire. Ils verront comment il est possible de surmonter les problèmes, avant tout ceux qui ont été créés artificiellement.

Question (adressée à Rex Tillerson): Avez-vous évoqué avec le Président russe Vladimir Poutine ou avec le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov les sanctions ou d'autres leviers que le gouvernement américain pourrait utiliser pour changer le comportement de la Russie? Avez-vous présenté à Vladimir Poutine ou à Sergueï Lavrov des preuves concrètes d'ingérence de la Russie dans les affaires intérieures d'un autre pays?

Si des preuves d'usage de l'arme chimique étaient retrouvées, que ferait la Russie dans ce cas? Le Président russe Vladimir Poutine a dit qu'il fallait apporter des preuves. Est-ce que cela affecterait le départ de Bachar al-Assad?

Sergueï Lavrov (répond après Rex Tillerson): Le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson n'a pas évoqué la menace de sanctions aujourd'hui - ni aucune autre menace à notre égard d'ailleurs. Nous avons évoqué franchement les questions à l'ordre du jour, y compris sur les problèmes que nous avons qui sont majoritaires.

La question de savoir ce qui adviendrait si l'enquête révélait l'implication du gouvernement syrien dans les attaques chimiques est hypothétique selon moi. Nous ne voulons pas lire dans le marc de café comme l'ont déjà fait ceux qui ont lancé la campagne hystérique pour bombarder d'urgence la Syrie "jusqu'à la dernière pierre". De tels appels ont été lancés par des sénateurs et des congressistes américains après l'attaque américaine contre l'aérodrome syrien. Nous ne voulons pas spéculer sur des choses si importantes que l'usage de l'arme chimique, les tentatives de disculper quelqu'un ou de mettre en scène des attaques avec l'usage de produits toxiques. Nous voulons rétablir la vérité en parfaite conformité avec les principes des lois russes et américaines, avec les lois de tout pays normal. La présomption d'innocence doit être respectée. Et si, comme je l'ai déjà dit, notre proposition officielle d'organiser une enquête impartiale envoyée aujourd'hui à La Haye était freinée, alors nous tirerons des conclusions par rapport à ceux qui utiliseront ces "freins".

En ce qui concerne les affirmations selon lesquelles le gouvernement américain posséderait des preuves irréfutables de notre ingérence dans la campagne présidentielle, je dois dire à nouveau que nous n'avons pas vu la moindre preuve ni même allusion à une preuve. J'ignore qui les a vues. Rien ne nous a été présenté ou dit, alors que nous avons appelé plusieurs fois à fournir des informations qui pourraient servir d'appui à ces accusations infondées.

Je l'ai déjà mentionné aujourd'hui: nous sommes au courant de la présence d'une cohorte de personnes qui souhaitent saper définitivement nos relations pour stimuler leurs ambitions politiques intérieures, voire en politique étrangère. Ce sont des jeux au résultat malsain et aux intentions malsaines. Apportez-nous des preuves concrètes et nous serons alors prêts à répondre.

Question (adressée aux deux ministres): Les USA ont envoyé dans la région de la péninsule de Corée un groupe d'attaque avec le porte-avions Carl Vinson. Avez-vous évoqué ce sujet pendant votre entretien, ainsi que les risques de cette démarche pour la région? 

Sergueï Lavrov (répond après Rex Tillerson): Je peux répéter que parmi d'autres sujets, nous avons parlé de la situation sur la péninsule de Corée et dans la région. Si je comprends bien, malgré toutes les nuances - probablement majeures - il existe une aspiration commune à régler ce problème par des moyens uniquement politiques et d'aboutir à la dénucléarisation de la péninsule de Corée par la voie de la négociation. Des efforts concrets sont entrepris actuellement par les participants de ce qui s'appelait auparavant les pourparlers à Six. Nous avons certaines idées avec nos collègues chinois. Nous devons nous unir autour de l'aspiration à régler ce problème uniquement par des moyens pacifiques.

Question: Le Président américain Donald Trump a qualifié le Président syrien Bachar al-Assad d'"animal". Vous continuez de soutenir cet homme. Pouvez-vous dire combien de temps la Russie risquera la vie de ses militaires et dépensera de l'argent pour sa protection?

Sergueï Lavrov (répond après Rex Tillerson): Je peux seulement répéter que, comme dans le cas des "hackers russes" et des prétendus incidents chimiques en Syrie, nous voudrions, hormis les nombreuses affirmations verbales, obtenir des preuves factuelles. Pour l'instant nous ne disposons pas de telles preuves. Je souligne à nouveau qu'en Syrie, nous travaillons à la demande du gouvernement légitime d'un État membre de l'Onu qui ne fait l'objet d'aucune sanction du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous sommes dans ce pays pour lutter contre le terrorisme. Il est dans notre intérêt d'empêcher qu'à Damas "règne le bal" de Daech et de Nosra. En regardant l'aspect factuel de la situation, en un an et demi d'activité  la coalition réunie par l'administration de Barack Obama n'a pas poursuivi l'objectif proclamé:  elle ne luttait pas activement, efficacement, instamment et intensivement contre Daech et le Front al-Nosra avant l'apparition de l'aviation russe. Même après cela, sous le mandat du Président américain Barack Obama la coalition américaine n'attaquait que certaines positions de Daech. Elle épargnait toujours le Front al-Nosra. Nous avons de sérieux soupçons - que personne n'a encore pu dissiper - que certains gardent le Front al-Nosra pour recourir, à un moment donné, à un plan B et tenter de renverser le régime de Bachar al-Assad par la force. J'ai déjà mentionné les conséquences de ce genre de scénarios. Nous l'avons vu en Irak et en Libye. J'espère que les personnes qui tirent des leçons de l'histoire prendront le dessus.

Bien sûr, il faut déterminer qui commet des crimes en Syrie et comment. Je pense, comme l'a dit récemment un collègue américain, que la règle "chaque chose en son temps" doit s'appliquer. Il doit y avoir des priorités. Récemment, nous avons entendu dire que Daech était la priorité numéro 1 de Washington. Comme l'a déclaré le porte-parole de la Maison blanche Sean Spicer, nous sommes tous parfaitement capables de défaire Daech sans toucher au régime de Bachar al-Assad. L'ex-secrétaire d’État américain John Kerry me disait la même chose, que l'administration de Barack Obama était persuadée que Daech et les terroristes en Syrie étaient une menace bien plus grave et une tâche bien plus importante que le régime de Bachar al-Assad. Dans ce sens, nous pensons de la même manière. Il faut traiter les menaces évidentes. S'il faut lutter contre Daech, s'il est possible de vaincre Daech sans renverser le régime, alors en renversant le régime on pourrait perdre face à Daech. Alors soyons guidés par le bon sens pragmatique, et non par les émotions.

 

mid.ru

 

 

Question: Les relations diplomatiques russo-azerbaïdjanaises fêtent leurs 25 ans en 2017. Comment jugez-vous les rapports entre nos deux pays à l'heure actuelle?

Sergueï Lavrov: Les relations diplomatiques entre nos États ont en effet été établies il y a 25 ans, et nous fêterons cet anniversaire important le 4 avril. Mais tout le monde sait parfaitement que les liens entre les peuples russe et azerbaïdjanais ont des racines séculaires.

 Aujourd'hui, la Russie et l'Azerbaïdjan sont des partenaires stratégiques. Notre coopération se base sur les principes d'égalité des droits et de bon voisinage, sur nos traditions séculaires d'amitié, une histoire et une culture communes. Nous avons réussi en 25 ans à conserver et à enrichir considérablement cet héritage en nous appuyant sur deux textes fondateurs: le Traité d'amitié, de coopération et de sécurité mutuelle du 3 juillet 1997 et la Déclaration sur l'amitié et le partenariat stratégique du 3 juillet 2008.   

Nous constatons avec plaisir que les relations russo-azerbaïdjanaises continuent de progresser dans tous les domaines et gagnent en qualité. Il est difficile de sous-estimer le rôle que joue le dialogue de confiance et informel entre nos chefs d’État dans ces efforts communs.

Le secteur économique affiche des succès considérables: nos échanges ont atteint en 2014 un niveau record de 4 milliards de dollars. Ils ont ensuite été affectés par l'effet négatif de la volatilité des devises nationales mais aujourd'hui nous travaillons activement à redynamiser nos liens de commerce et d'investissement. Nous comptons sur une implication maximale, à ces fins, du potentiel des liens interrégionaux et des capacités des milieux d'affaires des deux pays.

La liste des priorités constantes comprend également la coopération dans le domaine social avec un accent sur le renforcement de l'espace commun culturel et d'enseignement dont nous avons hérité. Notre projet commun - le Forum humanitaire international de Bakou sous l'égide des présidents russe et azerbaïdjanais, reconnu largement dans le monde entier - a fait ses preuves en tant que plateforme demandée de discussion sur les problèmes d'actualités liés au développement de la société moderne.     

La Russie et l'Azerbaïdjan sont non seulement amis mais aussi voisins, dans le Caucase comme en mer Caspienne. C'est pourquoi nous développons un dialogue productif non seulement sur une base bilatérale mais aussi dans le cadre de formats multilatéraux.

La Russie veut sincèrement que son voisin du sud soit un État stable, prospère et ouvert à une coopération large. Je suis certain que l'approfondissement ultérieur des relations russo-azerbaïdjanaises répond aux intérêts vitaux de nos peuples et favorisera la paix, la sécurité et la stabilité dans le Caucase du Sud.

Question: La résolution pacifique du conflit dans le Haut-Karabagh reste une priorité de la politique étrangère russe. L'année dernière, comme par le passé, nous n'avons pourtant constaté aucune initiative visant à régler ce conflit. Quelle est, d'après vous, la raison de cette inaction? Est-ce que le caractère non-résolu de ce conflit préoccupe la Russie en tant que membre du Groupe de Minsk de l'OSCE et comme pays de la région?   

Sergueï Lavrov: La Russie est naturellement préoccupée. Les événements dans la région voisine ne nous laissent pas indifférents. Nous avons tout intérêt à un rétablissement de la paix et de la sécurité, à la réouverture des frontières, au retour des réfugiés ainsi qu'à la reprise des liens commerciaux et économiques. C'est pourquoi la résolution du conflit du Haut-Karabagh fait partie de nos priorités inconditionnelles dans le domaine de la politique étrangère.

Mais je ne suis pas d'accord avec vos propos sur l'absence d'initiatives de règlement. La question du Haut-Karabagh reste au centre des préoccupations des médiateurs internationaux qui entreprennent des efforts collectifs et personnels afin de résoudre ce problème.

En ce qui concerne la Russie je vous rappelle que Saint-Pétersbourg a accueilli l'année dernière, à l'initiative du Président russe Vladimir Poutine, un sommet tripartite consacré à cette question. L'ordre du jour des rencontres de notre Président avec les leaders azerbaïdjanais et arménien accorde toujours une attention considérable au règlement du conflit. Ce dernier a notamment été évoqué en détail le 15 mars lors de la dernière visite du président arménien Serge Sargsian à Moscou. Les ministres des Affaires étrangères sont évidemment actifs eux aussi dans ce domaine: nous avons eu un entretien substantiel sur ce sujet avec mon homologue arménien Edouard Nalbandian en février dernier et avec mon homologue azerbaïdjanais Elmar Mamediarov début mars.      

Comme le sujet du règlement dans le Haut-Karabagh est très délicat, tous les détails des négociations restent confidentiels. Mais je peux déjà dire qu'on a concerté de nombreux aspects de ce dossier. Il ne reste que quelques questions, mais elles sont les plus compliquées. On n'arrive toujours pas à trouver de consensus mais le travail en ce sens se poursuit.

Question: Suite aux événements d'avril 2016, la Russie a entrepris des efforts de médiation considérables afin d'obtenir un règlement pacifique du conflit. La presse a même publié des informations non-officielles sur l'existence d'un "plan Lavrov" de règlement du conflit. Ce plan existait-il en réalité? Et quel a été son sort?

Sergueï Lavrov: J'ai plus d'une fois souligné publiquement qu'il n'y avait aucun "plan Lavrov". Les idées qui sont actuellement examinées se basent sur les propositions élaborées de manière collective par trois pays co-présidents du Groupe de Minsk de l'OSCE. Plus précisément, il s'agit de points évoqués dans les déclarations communes des présidents russe, américain et français sur le règlement du conflit du Haut-Karabagh. Ils sont de notoriété publique. Les parties ne rejettent pas cette base en bloc mais ont des approches différentes de la mise en œuvre de ses différents aspects. Il ne s'agit pas de la changer ni de proposer des plans différents susceptibles de modifier de manière radicale le schéma élaboré par les co-présidents.

L'essentiel est d'aider les parties à trouver une solution politique équilibrée permettant de progresser vers l'élaboration de documents juridiques contraignants.

Question: Les chefs des États-majors généraux russe et américain se sont rencontrés récemment à Bakou. Cet entretien a été grandement apprécié par les milieux politiques et d'experts azerbaïdjanais. Comme les deux pays respectent le statut important de l'Azerbaïdjan dans la région, faut-il s'attendre à un renforcement de la coopération entre Washington et Moscou pour le règlement du conflit du Haut-Karabagh?

Sergueï Lavrov: Valeri Guerassimov, chef de l’État-major des Forces armées de la Fédération de Russie, a en effet rencontré le 16 février à Bakou Joseph Dunford, chef de l’État-major des armées des États-Unis. Leur entretien a porté sur la coopération des deux pays dans la lutte antiterroriste, notamment au Moyen-Orient.

La Russie, les États-Unis et la France sont co-présidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, plateforme de négociation principale au sujet du conflit du Haut-Karabagh. Cette troïka s'est formée en 1997 et son travail se base, depuis, sur une approche collective.

J'ai déjà mentionné les déclarations communes des chefs d’État visant à pousser les parties à trouver des compromis sur les aspects-clés du règlement. Nous avons établi une coopération stable au niveau de nos ministères des Affaires étrangères. Un bon exemple est le sommet arméno-azerbaïdjanais organisé à l'initiative du Secrétaire d’État américain suite aux événements d'avril 2016 avec le Ministre russe des Affaires étrangères et le Secrétaire d’État français pour les affaires européennes. Cette rencontre a porté sur des questions importantes liées à la stabilisation de la situation dans la zone du conflit. Les co-présidents américain et français ont été invités lors de la phase finale de la rencontre de Saint-Pétersbourg déjà mentionnée. Les trois co-présidents coopèrent de manière active. Ils visitent régulièrement la région et défendent des positions communes lors des négociations avec les dirigeants arméniens et azerbaïdjanais. A mon avis, une telle approche collective constitue un bon exemple de partenariat nécessaire pour résoudre les conflits internationaux.

J'espère que notre coopération étroite avec Washington et Paris dans le règlement du conflit du Haut-Karabagh va perdurer.  

Question: Quelle est la vision russe de la participation de l'Azerbaïdjan au processus d'intégration eurasiatique? Est-ce que Moscou souhaite l'adhésion de Bakou à l'Union économique eurasiatique? 

Sergueï Lavrov: Nous ne pouvons que saluer la participation éventuelle de l'Azerbaïdjan à l'intégration eurasiatique. Le nombre de membres de l'Union économique eurasiatique est passé  de trois à cinq en deux ans. Cela confirme le fait que l'Union offre aux pays membres des avantages considérables qu'on ne peut pas obtenir sans accès à un espace économique commun.

L'UEEA est aujourd'hui un marché commun important de 182 millions de personnes qui assure "quatre libertés": une circulation libre des marchandises, des services, des capitaux et de la main-d'œuvre. Il faut également souligner des avantages liés à la mise en œuvre commune des intérêts dans le domaine du commerce extérieur: on peut les défendre de manière beaucoup plus efficace lors de contacts avec des pays tiers si l'on fait partie d'un ensemble d'intégration aussi puissant.

 

mid.ru

 

 

Bonjour,

Les pourparlers avec mon homologue Edouard Nalbandian, Ministre arménien des Affaires étrangères, ont été constructifs, larges et détaillés.

Nous avons débattu de pratiquement tout l'éventail de nos relations bilatérales et évoqué en détail la concertation de nos actions au sein de différentes organisations internationales.

Nous avons inauguré une exposition de textes d'archives consacrée aux 25 ans de nos relations diplomatiques. Il s'agit du premier d'une série d'événements consacrés à cet anniversaire. Ces textes auront 25 ans le 3 avril.

Ces dernières années, le développement de nos relations a été dynamique et progressif. Nous avons conclu des accords importants dans le domaine du commerce, de l'économie et des investissements. La visite récente du Premier Ministre arménien Karen Karapetian à Moscou a donné un élan supplémentaire à notre coopération sur le plan matériel. Nous préparons également une nouvelle rencontre des présidents russe et arménien. Notre partenariat parlementaire est lui aussi en plein développement. 

La Russie est le partenaire principal de l'Arménie dans le domaine du commerce extérieur. Nos échanges se maintiennent à niveau assez élevé - ils représentaient plus d'un milliard de dollars en 2016 - malgré la volatilité de l'économie internationale. Le total des investissements russes constitue près de 40% de tous les investissements étrangers en Arménie. Des projets importants sont actuellement mis en œuvre dans le domaine énergétique, des télécommunications et le secteur bancaire.

Nous avons étudié la mise en pratique du Programme de coopération économique russo-arménien à long terme à l'horizon 2020.

Nos liens humains restent intenses. L'année dernière, nous avons organisé des Journées de la Russie en Arménie, une Semaine du cinéma russe, des Journée de Moscou et de Saint-Pétersbourg, des Journées de la parole russe. Erevan a accueilli en octobre dernier le deuxième Forum russo-arménien de jeunesse "Regard commun vers l'avenir".

Nous sommes convaincus que les contacts humains resteront un vecteur de développement de nos relations. Je voudrais notamment saluer l'entrée en vigueur dès demain des amendements à l'Accord entre le Gouvernement de la Fédération de Russie et le Gouvernement de la République d'Arménie sur les déplacements sans visa des citoyens russes et arméniens, grâce auquel les Russes peuvent visiter l'Arménie avec leurs passeports nationaux.

Nous considérons Erevan comme l'un de nos partenaires-clés dans l'espace de la CEI et un participant actif à tous les processus d'intégration. Nous poursuivrons notre coopération dans le cadre de l'Union économique eurasiatique, de l'OTSC et de la CEI. Nous avons concerté des initiatives concrètes visant à développer notre partenariat et notre coordination au sein de l'Onu, de l'OSCE, de l'Organisation de coopération économique de la mer Noire, du Conseil de l'Europe et d'autres institutions multilatérales.

Nous avons débattu de la situation dans le Caucase du Sud, y compris de l'état du règlement du conflit dans le Haut-Karabagh. La Russie se prononce pour la recherche de solutions mutuellement acceptables au conflit conformément aux textes signés ces dernières années par les présidents arménien et azerbaïdjanais, ainsi que par les leaders des trois pays coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE: la Russie, les États-Unis et la France.

Je suis convaincu que ces négociations contribueront au développement futur de notre amitié et de nos relations d'alliés.   

Question: Le règlement du conflit du Haut-Karabagh traverse une phase de ralentissement. A nos yeux, il est tout à fait évident que cette situation est liée à la position peu constructive de la partie azerbaïdjanaise, qui accuse pour sa part les médiateurs de freiner le processus. Elle souligne notamment l'inaction du Groupe de Minsk de l'OSCE et fait tout pour changer le format des négociations afin de les faire passer au niveau parlementaire. Un tel changement de format pourrait-il, selon vous, accélérer la résolution de la crise du Haut-Karabagh?    

Sergueï Lavrov: Si nous restons attachés aux accords de principe sur la nécessité de rechercher des solutions mutuellement acceptables, je suis convaincu qu'il n'existe aucune alternative au format actuel de travail avec les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE. Cette position a été plus d'une fois confirmée par dirigeants azerbaïdjanais et arméniens dans les textes qu'ils ont signés ou conclus. Tous les membres de l'OSCE se sont également plusieurs fois prononcés pour le maintien du rôle de leader des trois coprésidents.

On ne peut pas parler d'inaction des coprésidents - je ne peux pas caractériser ainsi le travail mené dans le cadre de cette troïka. Dans les textes tripartites diffusés régulièrement en tant que documents officiels de l'OSCE, les coprésidents soutiennent justement l'accélération et l'intensification des négociations. Le dernier texte en date, adopté en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité, souligne de manière parfaitement claire le caractère inacceptable du recours à la force afin de régler certaines crises, y compris le problème du Haut-Karabagh, l'inadmissibilité de toute rhétorique belliqueuse et la nécessité de mettre en œuvre dans leur totalité les accords signés lors des sommets ayant réuni les présidents azerbaïdjanais et arménien à Vienne et à Saint-Pétersbourg en présence du Président russe Vladimir Poutine. Ces textes sont ouverts et stipulent clairement la nécessité de travailler dans ce format et dans le cadre des principes concertés par les parties avec le soutien des coprésidents.

Question: Comment les coprésidents du Groupe de Minsk envisagent-ils de mettre en pratique les accords déjà mentionnés si l'Azerbaïdjan refuse de facto de les respecter?

Pouvez-vous commenter, s'il vous plaît, les tentatives azerbaïdjanaises de faire fermer le bureau de l'OSCE à Erevan?

Sergueï Lavrov: Nous sommes préoccupés par l'avenir du bureau de l'organisation à Erevan. Nous soutenons toujours le principe selon lequel des bureaux nationaux doivent être ouverts conformément à la volonté de l’État membre de l'OSCE concerné. Dans ce cas précis, nous sommes particulièrement concernés car le bureau est dirigé par un citoyen russe.

Concernant les programmes concrets portés par tels ou tels bureaux nationaux, ils doivent correspondre aux principes de l'OSCE et ne laisser aucun doute ni suspicion sur ce fait. Ici, nos collègues azerbaïdjanais ont des questions. La présidence allemande et - cette année - la présidence autrichienne travaillent activement pour résoudre ces questions. A mon avis, les dernières propositions de la partie autrichienne permettront de résoudre tous les problèmes existants. J'espère qu'on sera en mesure d'y revenir dans un avenir proche et qu'elles permettront de surmonter cette situation qui n'est pas très favorable pour l'OSCE.

Concernant la mise en pratique des accords existants, les coprésidents ne disposent que de moyens politiques et diplomatiques. Avec nos partenaires français et américains, nous continuerons de mettre en œuvre des initiatives afin de réunir les conditions optimales pour le déroulement de négociations constructives qui permettraient d'améliorer l'ambiance tendue et très émotive autour du règlement dans le Haut-Karabagh, et d'évoquer lors des négociations les propositions de règlement avancées, comme vous le savez, par la partie russe et soutenues activement par les coprésidents américain et français.

Question: Comment pouvez-vous commenter la déclaration du Président américain Donald Trump sur la nécessité de créer des "zones de sécurité" en Syrie aux frais des pays du Golfe?

Sergueï Lavrov: Nous avons évoqué ce sujet lors de ma rencontre avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson à Bonn le 16 février en marge d'une réunion ministérielle du G20. La partie américaine a indiqué que ce schéma était en cours de conception. Il faut attendre des précisions supplémentaires. Nous estimons que les initiatives de ce genre doivent tenir compte de la situation sur le terrain en Syrie, où de nombreux acteurs ont déployé des forces terrestres et aériennes. Toutes les initiatives concernant le territoire syrien doivent être concertées avec le gouvernement du pays - au contraire de quoi leur mise en œuvre pourrait être compromise. L'initiative sur les "zones de sécurité" avancée par nos collègues américains veut dire, selon nous, que les gens qui ont temporairement quitté leur maison pourront trouver un endroit sécurisé sans prendre les risques qu'un départ sur la route sans perspectives claires représente. Qui plus est, cette initiative vise probablement à réduire l'afflux de migrants qui inquiète de plus en plus les pays européens et les États-Unis. C'est comme ça que nous voyons cette proposition et nous attendons actuellement des précisions de Washington. Nous sommes prêts à examiner d'autres suggestions concernant notre coopération en Syrie. Dans ce contexte, nous comptons sur le fait que - comme l'ont souligné le Président américain Donald Trump et le porte-parole de la Maison blanche - les États-Unis ont intérêt à travailler avec nous pour régler la crise syrienne. Cela implique évidemment une lutte intransigeante contre Daech et le Front al-Nosra, ainsi qu'une avancée du processus politique de règlement du conflit.

Question: Genève accueillera demain une rencontre sans certains représentants de l'opposition (le mouvement de Khmeimim et les Kurdes). Cela pourrait-il freiner le règlement de la crise syrienne?

Sergueï Lavrov: Comme vous le savez, notre initiative visant à former une plateforme à Astana était destinée à pousser nos collègues de l'Onu à un travail plus actif selon leur mandat. Les négociations sous l'égide des Nations unies seront donc relancées demain à Genève, notamment grâce à la contribution des rencontres à Astana. Nous avons globalement assuré une approche constructive et acceptable concernant la composition des participants à la réunion. Ces pourparlers réuniront des représentants des groupes formés par le passé lors des rencontres qui s'étaient tenues au Caire, à Moscou et à Riyad. Cela concerne également des groupes armés d'opposition qui ont participé aux négociations à Astana et ont signé des accords de cessez-le-feu avec le gouvernement syrien.

La liste des participants à la rencontre de Genève aurait évidemment pu être plus longue. Vous avez notamment mentionné les Kurdes. Nous soulignons de manière régulière la nécessité de mettre en œuvre les décisions du Conseil de sécurité de l'Onu et d'assurer la représentation de tout l'éventail de l'opposition syrienne, ce qui sera impossible sans les Kurdes. Nous comprenons qu'il existe certaines difficultés à cause des positions de tels ou tels acteurs extérieurs. Je doute pourtant que la composition actuelle des négociations de Genève soit un frein important au règlement syrien. D'autres obstacles sont beaucoup plus importants. Cette réunion est, en tout cas, un pas dans la bonne direction. Pour les étapes ultérieures des pourparlers, il sera toutefois impossible de se passer des représentants de tout l'éventail de l'opposition, notamment des Kurdes syriens.

Question: Avez-vous évoqué la coopération russo-américaine ou des initiatives concrètes dans le cadre du règlement syrien lors de votre entretien téléphonique avec votre homologue américain Rex Tillerson? Avez-vous mentionné, par exemple, la libération de Raqqa?    

Sergueï Lavrov: Nous n'avons pas évoqué le dossier syrien ou d'autres questions substantielles. Nous avions déjà débattu de tout cela à Bonn le 16 février. Hier, le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson m'a appelé uniquement pour présenter ses condoléances suite au décès tragique de Vitali Tchourkine. Il m'a parlé de manière très chaleureuse, dans l'esprit des condoléances du Président américain Donald Trump.

 

mid.ru

 

 

Nous venons de conclure notre premier entretien avec le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson. Il a été concret, professionnel, et je dirais même productif dans le sens où nous avons comparé notre vision pour avancer en principe dans les domaines évoqués par nos présidents lors de leur entretien téléphonique du 28 janvier. Nous avons réaffirmé l'existence d'intérêts communs et coïncidents, avant tout en ce qui concerne la lutte inconditionnelle contre le terrorisme dans le contexte du processus de paix relatif à la coopération sur la crise syrienne et d'autres pays de la région où le terrorisme s'est "enraciné". Nous avons parlé de l'Afghanistan et de l'Ukraine. Sur toutes ces questions, nos partenaires américains souhaitent se joindre aux efforts entrepris pour surmonter les conflits.

Nous avons confirmé être prêts à établir le contact avec l'équipe du Département d’État quand elle sera formée, ainsi qu'avec d'autres services compétents. Il est évident que nous ne pouvions pas régler tous les problèmes. Je pense qu'ils ne peuvent jamais être totalement réglés quand il s'agit de relations entre deux grandes puissances telles que la Russie et les États-Unis. Mais nous avons une compréhension commune de là où nos intérêts coïncident - et ces domaines sont nombreux. Nous devons avancer, montrer la capacité des USA et de la Russie à jouer le rôle qui leur a été imparti par leur position sur la scène internationale.

Nous avons évoqué la situation dans les relations bilatérales, qui ont été significativement minées par l'administration de Barack Obama, notamment durant ses derniers mois de présidence. Le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a réaffirmé la disposition annoncée par le Président américain Donald Trump pendant son entretien avec le Président russe Vladimir Poutine à surmonter cette période, à éliminer tout le nuisible et l'artificiel en ayant conscience du fait qu'il restera toujours dans ces relations des questions qui demanderont des concertations et des solutions. Bien sûr, nous ne pourrons pas surmonter tous les différents d'un coup.

Nous nous sommes mis d'accord pour poursuivre les contacts. Nous aurons plusieurs occasions dans les mois à venir. Nous partons du fait que quand les présidents l'estimeront possible, l'entretien entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump aura lieu.

Question: Avez-vous évoqué la question des sanctions?

Sergueï Lavrov: La question des sanctions n'a pas été évoquée. Nous partons du fait que c'est une anomalie et que ceux qui ont eu recours aux sanctions doivent évaluer eux-mêmes à quel point c'est efficace et correspond à une communication normale entre les États, à quel point l'aspiration artificielle à politiser tel ou tel sujet est dans l'intérêt des États qui décrètent des sanctions.

Question: Le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a-t-il donné une appréciation aux négociations d'Astana?

Sergueï Lavrov: Oui, il s'est dit prêt à soutenir ce processus. Comme vous le savez, l'Ambassadeur des USA au Kazakhstan George Krol a assisté en tant qu'observateur à la réunion d'Astana en janvier, et il est également présent à la réunion d'aujourd'hui. Nous avions envoyé une invitation aux USA. Washington a décidé, en période de mise en place de l'administration américaine et du service du Département d'Etat chargé du processus de paix en Syrie, d'envoyer son ambassadeur au Kazakhstan qui a participé, je le répète, à ces réunions en janvier et aujourd'hui.

Question: Quelles sont vos premières impressions concernant le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson dans ses nouvelles fonctions?

Sergueï Lavrov: Je n'avais jamais rencontré Rex Tillerson. J'ai déjà dit que l'entretien a été productif, pragmatique, franc et, d'après moi, utile.

 

mid.ru

 

 

Monsieur le Ministre,

Chers collègues et amis,

Je voudrais avant tout remercier la direction de l'Université du Pirée de m'avoir attribué le statut de docteur honoris causa. On a dit beaucoup de choses sur moi et j'en ai même appris de nouvelles. Merci. En Russie, votre Université est réputée comme l'un des principaux centres d'études supérieures de Grèce, qui forme des spécialistes de haut niveau. Il est donc d'autant plus flatteur pour moi d'avoir été choisi par votre établissement en tant que professeur honoraire.

Nous saluons la contribution de l'Université aux efforts déployés dans différents domaines pour développer les liens russo-grecs.

L'amitié entre les peuples russe et grec a des racines profondes. Elle s'appuie sur la culture orthodoxe, une spiritualité commune et notre proximité civilisationnelle. Il est réjouissant de savoir qu'Athènes se souvient de la contribution de la Russie à l'accession de votre pays à l'indépendance. L'un des symboles de notre histoire commune est Ioánnis Kapodístrias, qui a dirigé de facto pendant des années le service diplomatique russe, puis est devenu le fondateur et le premier président de l’État grec indépendant. Bien sûr, nous nous souviendrons toujours de la lutte commune de nos peuples pour la justice et l'indépendance aux XIX et XXe siècles, notamment quand nous avons combattu ensemble contre le nazisme.

Aujourd'hui, en dépit d'une situation mondiale difficile, la coopération russo-grecque continue de se développer sur tous les axes. Le dialogue de confiance régulier au sommet apporte une puissante impulsion à notre travail conjoint. L'an dernier, le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'est rendu à deux reprises en Russie. En janvier, le Président russe Vladimir Poutine a accueilli à Moscou le Président Prokópis Pavlópoulos et l'événement central de notre agenda bilatéral cette année a été la visite du Président russe Vladimir Poutine à Athènes et sur le mont Athos en mai 2016. A l'issue de l'entretien de mai à Athènes ont été signés une déclaration politique et de nombreux documents, entre autres sur la coopération dans le secteur économique, des investissements, de l'énergie, du tourisme, de l'agriculture, ainsi que sur la coopération interrégionale.

Le Plan d'action pour 2015-2016 signé par le Président russe et le Premier ministre grec durant la visite d'Alexis Tsipras en Fédération de Russie l'an dernier est appliqué avec succès. La coopération entre nos parlements se développe – d'ici la fin de l'année nous attendons à Moscou le Président du Parlement grec Nikos Voutsis.

Nos échanges commerciaux ralentissent pour des raisons qui ne dépendent pas de la Russie. Toutefois, si l'on constate une diminution en valeur on note aussi que les échanges enregistrent une augmentation des volumes. Selon nos estimations, cet indice augmente de plus de 13% en moyenne. La situation doit tout de même être redressée. Bien sûr, nous pourrions faire bien plus pour que cette tendance soit renversée.

Aujourd'hui, avec nos partenaires grecs, nous entreprenons les démarches pratiques nécessaires. Nous élargissons notamment les échanges entre les régions russes et grecques, nous encourageons les liens directs entre les milieux d'affaires et nous réalisons des projets d'investissement. Un rôle important dans ce travail incombe à la Commission russo-grecque mixte pour la coopération économique, industrielle, scientifique et technique, dont la 10e session s'ouvrira demain à Athènes.

Depuis plus de 20 ans, la Russie est un fournisseur fiable d'hydrocarbures sur le marché grec et assure 60% de tous les besoins du pays en gaz et plus de 15% en pétrole. De nouvelles perspectives de renforcement de la coopération s'ouvrent suite à la signature, le 10 octobre, d'un accord intergouvernemental sur le gazoduc Turkish Stream qui prévoit la construction d'un pipeline relié à la Grèce. Bien évidemment, après l'expérience amère du projet South Stream, nous serons prêts à prolonger ce réseau jusqu'au territoire de l'UE uniquement après l'obtention de garanties solides et absolues pour la réalisation du projet de la part de Bruxelles qui, nous l'espérons, adoptera une approche pragmatique et non politisée.

Il est difficile de surestimer le rôle des échanges socioculturels. Les années croisées Russie-Grèce se déroulent avec succès sous le patronat du Président russe et du Premier ministre grec. Le programme chargé des années croisées comporte 170 activités dans des domaines très variés – de la culture à l'économie en passant par la popularisation du russe et du grec. Sachant que la géographie de ces activités ne se limite pas à Moscou, Saint-Pétersbourg, Athènes et Thessalonique mais s'étend également à d'autres régions russes et grecques.

Cette année, en collaboration avec nos partenaires grecs, nous organisons des festivités à l'occasion du millénaire de la présence du monachisme russe sur le mont sacré Athos.

Nous constatons avec satisfaction la reprise du flux touristique russe à destination de la Grèce. Au premier semestre 2016, cette hausse était supérieure à 20% en glissement annuel. Nous continuerons de soutenir par tous les moyens l'élargissement des contacts humains entre nos deux pays.

Malheureusement, le déclin des relations entre la Russie et l'Union européenne - dont nous ne sommes pas les initiateurs - constitue une sérieuse entrave au renforcement de notre coopération diversifiée. On entend souvent dire, au niveau politique et des experts, que Moscou serait responsable de la tension actuelle sur le continent. Les conclusions de la Revue stratégique des relations avec la Russie après la réunion du Conseil européen des 20 et 21 octobre vont dans le même sens. Je voudrais rappeler que nous avons toujours été disposés à un rapprochement avec l'UE sur un large éventail de questions – du régime sans visas à la formation d'une alliance énergétique réellement solide. Nous avons soumis des propositions concrètes appelées à rendre notre partenariat vraiment stratégique, ce qui serait dans l'intérêt de tous.

Malheureusement, nous ne pouvons nous vanter d'aucune avancée à ce sujet pour l'instant. Chez nos partenaires occidentaux, en pleine euphorie après la fin de la Guerre froide, prédomine une ligne à courte vue. Ils refusent un dialogue équitable et veulent s'emparer de l'espace géopolitique en divisant les peuples en "bons" et "mauvais". Le point culminant de cette politique a été le coup d’État anticonstitutionnel en Ukraine, soutenu par les États-Unis et plusieurs pays européens.

Nous sommes particulièrement préoccupés par le cap pris par l'Otan visant à réfréner la Russie. Cette attitude mène à l'érosion de la stabilité stratégique sur le continent européen. Toute une infrastructure militaire s'approche de nos frontières, on y projette du matériel et des forces, on accroît le nombre et l'ampleur des exercices. La construction du bouclier antimissile (ABM) se poursuit. Il est déplorable que le commandement de l'Otan se détourne d'un dialogue professionnel avec la Russie et l'OTSC, qui permet pourtant d'élaborer des mesures collectives pour combattre les menaces communes - et pas fictives. Dans ces conditions, notre ancienne initiative proposant de commencer à mettre en pratique dans la région euro-atlantique le principe de sécurité équitable et indivisible proclamé par l'OSCE et le Conseil Otan-Russie est de plus en plus pertinente.

Nous avons dit plusieurs fois que nous n'avions pas l'intention de claquer la porte. Il n'y a aucun problème insoluble dans nos relations avec l'Occident si toutes les parties font preuve de bonne volonté.

Pour renverser cette tendance négative, il faut renoncer à la logique malsaine des jeux à somme nulle, cesser d'imposer des accords mercantiles et des solutions de coopération sans tenir compte des intérêts des partenaires. D'ailleurs, nous attendons de l'Otan des réponses aux propositions russes pour relancer un travail équitable concret du Conseil Otan-Russie. Nos suggestions pour la normalisation des relations avec l'UE ont été transmises au Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en juillet 2016. Nous attendons également une réaction.

Nous continuons de croire à la perspective de création d'un espace économique et humain commun de l'Atlantique au Pacifique qui permettrait d'assurer un développement stable de tout ce vaste continent eurasiatique. Nous sommes certains que la complémentarité et l'interdépendance de nos économies et l'exploitation de leurs avantages naturels pourraient contribuer à une unification progressive des marchés, permettre de régler ensemble plus efficacement de nombreux problèmes, y compris la hausse de la compétitivité dans notre monde actuel, si complexe. Cela fait près d'un an que nous appelons l'UE à établir un dialogue avec l'Union économique eurasiatique.

La situation pourrait s'améliorer si l'Union européenne se penchait honnêtement sur les raisons de l'absence de progrès dans la mise en œuvre des Accords de Minsk visant à régler la crise en Ukraine. Les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk sont prêtes, avec le soutien de la Russie, à faire leur part du chemin en parfaite conformité avec le plan de démarches progressives convenues à Minsk le 15 février 2015. Mais les autorités de Kiev doivent remplir leurs engagements. Il est évident pour nous que les habitants du Donbass ont le droit à une autonomie locale, à leur langue, à leur propre identité culturelle – ce sont des valeurs européennes indéniables.

La Russie continuera de promouvoir un agenda tourné vers l'avenir dans les affaires mondiales. Parmi nos priorités: la lutte contre le terrorisme international, la défense des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes sans ingérence extérieure en s'appuyant sur la Charte de l'Onu et, évidemment, le règlement pacifique des conflits en cherchant un équilibre des intérêts. Nous continuons de travailler sur le règlement urgent du conflit sanglant en Syrie à travers l'accomplissement de bonne foi des décisions du Conseil de sécurité des Nations unies et du GISS, qui a été créé sous la coprésidence des USA et de la Russie. Nous rejetons les tentatives de protéger les groupes armés de l'opposition qui refusent de rompre avec les terroristes. C'est aujourd'hui le principal obstacle au règlement du conflit en Syrie.

Mon homologue et ami le Ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias a mentionné aujourd'hui, parmi les mérites de la diplomatie russe, l'accord sur l'élimination des armes chimiques en Syrie. C'est effectivement un exploit important: l'initiative avait été avancée par la Russie et les USA, puis le Conseil de sécurité des Nations unies nous avait soutenus et toutes les parties, y compris le gouvernement syrien, ont coopéré pour remplir cet accord. L'OIAC a même reçu le prix Nobel de la paix pour sa contribution à sa mise en œuvre. L'absence de succès majeurs dans d'autres domaines est due au fait que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ne sont pas appliquées. Une résolution a été adoptée sur l'arme chimique syrienne et tout le monde a rempli les termes de l'entente dans les délais impartis. Il existe également une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur la crise ukrainienne qui a entériné les Accords de Minsk du 15 février 2015, mais elle n'est pas respectée. Même constat avec la résolution 2254 adoptée en janvier 2016 sur le processus de paix en Syrie, qui présente une approche complexe impliquant le lancement urgent d'un dialogue politique sans conditions préalables entre toutes les parties syriennes – c'est-à-dire le gouvernement syrien et tous les groupes d'opposition. Elle souligne également la nécessité d'améliorer la situation humanitaire et de renforcer la lutte sans appel contre les terroristes. Les groupes armés qui ne souhaitent pas s'associer avec les terroristes doivent quitter les positions occupées par le Front al-Nosra et Daech. Mais cette résolution n'est pas non plus respectée parce que certains veulent vraiment que la séparation entre l'opposition et les terroristes n'ait pas lieu, comme s'ils désiraient que l'organisation terroriste Front al-Nosra reste intacte. Cela nous inquiète. J'ai cité cet exemple uniquement pour souligner que quand un accord (qui plus est fixé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies) est respecté, nous constatons un véritable succès. Mais quand un accord est conclu pour gagner du temps puis pour promouvoir un agenda caché, le résultat n'est jamais bon. C'est dans la tradition séculaire russe: nous tenons toujours parole.

Comme l'a noté le Président russe Vladimir Poutine, nous n'aspirons pas à la domination globale ni à l'expansion ou à la confrontation. Nous restons ouverts au dialogue respectueux avec nos partenaires étrangers et leurs associations d'intégration sur tous les axes géographiques. Bien sûr, cela concerne à part entière les membres de l'UE et les USA. Nous continuons d'espérer que par des efforts communs nous réussirons à faire revenir les liens russo-américains sur une trajectoire stable. Cela se refléterait positivement sur l'ensemble des relations internationales, étant donné que nos États endossent une responsabilité particulière pour le maintien de la paix et de la stabilité mondiales.

Le cas de notre accord START-3 avec les Américains a été cité aujourd'hui. C'est un bon exemple car ce traité est consciencieusement mis en œuvre par les deux pays et permet de renforcer la sécurité et la stabilité dans le monde en général. Comme l'a déclaré le Président russe Vladimir Poutine, nous serons prêts à dialoguer avec le président élu par le peuple américain, quel qu'il soit.

Dans les conditions de la formation objective d'un ordre mondial multipolaire, un rôle de plus en plus conséquent revient aux nouveaux centres de croissance économique et d'influence politique. C'est pourquoi la création, en 2011, du Centre pour l'étude des pays Brics au sein de votre université a été une démarche avisée et dans l'air du temps. Les Brics sont un groupe d'un nouveau type qui correspond aux réalités du XXIe siècle. Le "quintet" dont font partie la Russie, la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud – des États avec des modèles civilisationnels et économiques différents - s'affirme en tant qu'élément indissociable du nouveau système polycentrique et démocratique des relations internationales. La coopération dans le cadre des Brics s'appuie sur les principes d'égalité et de prise en compte des intérêts mutuels. Elle vise à réunir les conditions favorables à l'ascension diversifiée de nos pays, à assurer la prospérité de nos peuples. Je voudrais noter qu'en développant le partenariat stratégique, les pays des Brics sont ouverts à la coopération avec le monde extérieur, ils ne s'enferment pas et ne professent pas leur exclusivité. Je suis certain que vous serez intéressés par les documents adoptés pendant le récent sommet des Brics en Inde.

Chers amis,

A l'avenir, ce sont les étudiants d'aujourd'hui qui seront responsables de la situation dans leur pays et des relations extérieures, qui seront chargés d'assurer les conditions favorables pour la prospérité de la Grèce, qui représenteront ses intérêts au sein des institutions internationales telles que l'Onu, l'OSCE, le Conseil de l'Europe, l'UE et l'Otan. J'espère que vous contribuerez également au développement progressif du partenariat russo-grec, que vous renforcerez la solidarité historique séculaire de nos peuples, leur proximité spirituelle et morale dont les racines remontent à un passé lointain. Personne n'arrivera à détruire les fondations très solides des relations russo-grecques, j'en suis sûr.

 

mid.ru

 

 

Je voudrais remercier le club Valdaï pour son attention prêtée aux problèmes pertinents dans la politique internationale.

Je pense que le public réputé qui se réunit ici, comme aux activités précédentes du club Valdaï, souhaite réellement trouver des solutions pour normaliser les relations qui se sont établies entre la Russie et l'Occident.

Nous n'avons jamais cherché la confrontation. Nous avons toujours prôné un dialogue équitable et mutuellement bénéfique. En ce qui concerne l'Union européenne, nous étions ouverts au plus large partenariat stratégique qui a été proclamé encore à la fin des années 1990. Aujourd'hui, nous entendons Bruxelles dire que la Russie n'est plus un partenaire stratégique, bien qu'elle demeure un Etat stratégique. Cet "équilibrisme verbal" n'est pas nouveau et, d'après moi, cache manifestement l'incapacité de l'UE de comprendre la situation à l'étape actuelle.

Bien sûr, nous avons vu les "cinq principes" annoncés par la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Federica Mogherini à titre d'approche des relations avec la Russie à l'étape actuelle. Nous pensons que ces principes ne répondent pas à la question "que faire", mais constate l'approche de l'UE acquise sur la base de la solidarité de manière à limiter au maximum les relations avec la Russie dans certains domaine, y compris l'énergie, et à la fois se laisser le droit de nous inviter à la coopération là où c'est profitable à l'UE. Il est évident qu'une telle approche ne peut pas fonctionner. "Les affaires comme d'habitude", c'est exclus. Washington et Bruxelles aiment répéter cette phrase. Mais cela fait longtemps que nous ne songeons pas aux "affaires comme d'habitude", en se disant prêt à coopérer uniquement sur une base mutuellement bénéfique à part entière.

En ce qui concerne la coopération énergétique, nous avions tout un choix de dialogues sectoriels avec l'UE, y compris sur l'énergie. Le Vice-président de la Commission européenne Maros Sefcovic s'est rendu à Moscou en janvier et s'est dit intéressé par la reprise d'un dialogue énergétique à part entière entre la Russie et Bruxelles. Mais rien n'a suivi. Evidemment, nous nous sommes dits prêts pour cela. Mais tout reste comme avant. Les documents doctrinaux adoptés par l'UE dans le domaine énergétique fixent directement pour objectif de réduire la dépendance de la Russie. Nous comprenons que la plupart de telles directives de stopper la coopération avec la Russie viennent de l'autre côté de l'océan. Les Américains ont leurs propres intérêts économiques. Aujourd'hui, on a l'impression que la période quand la logique des jeux à somme nulle et les exigences de décider si vous êtes avec "nous" ou avec "eux", adressées pratiquement à tous les Etats postsoviétiques, ont finalement conduit à la crise qui a éclaté en Ukraine. Nous constatons une volonté de profiter de la situation pour nous évincer économiquement en Europe tout en colmatant la solidarité de l'Otan, qui ne pourrait certainement pas durer en l'absence d'un ennemi commun. Le vice-président de Gazprom Alexandre Medvedev pourra vous parler plus en détail de l'énergie.

Je suis certains que la crise actuelle devrait nous aider avec l'UE à comprendre que faire par la suite. Nous ne nous vexerons pas et ne nous isolerons pas. L'UE est notre voisin direct, un partenaire commercial et économique crucial. Je suis sûr que le développement des relations les plus diversifiées dans l'économie, la politique, la culture et la sécurité correspond aux intérêts fondamentaux de la Russie et des pays d'Europe.

Le Président russe Vladimir Poutine a souligné dans un article dans le quotidien grec Kathimerini, avant sa visite en Grèce, que nous ne voyons pas de problèmes insolubles dans nos relations avec l'UE. L'importance est de renoncer au jeu à somme nulle regrettable et chercher à s'appuyer sur ses intérêts nationaux, au lieu des principes inventés de consensus et de solidarité derrière lesquels se cache en réalité une possibilité de chantage de la part de la minorité russophobe. Appelons les choses par leur nom. Au final, les pays qui de manière purement politique veulent rompre les relations entre la Russie et l'Occident forcent simplement l'UE et l'Otan d'adopter une position au dénominateur commun le plus bas.

En ce qui concerne les solutions pour régler la crise en Ukraine, nous pouvons en parler indéfiniment. Il y a les Accords de Minsk. Les tentatives de les réécrire sont inadmissibles et inacceptables. Nous espérons que nos partenaires occidentaux remettront Kiev sur le droit chemin, d'autant que les Allemands, les Français et même les Américains commencent à être fatigués de leurs protégés "capricieux", qui ont signé un texte mais refusent de le mettre en œuvre. Je le répète, nous apprécions les voix qui se font de plus en plus entendre en Europe, y compris dans le milieu d'affaires, qui proposent raisonnablement et lucidement d'entamer enfin un dialogue équitable et chercher des formes équitables de coopération.

Le quotidien Kommersant a récemment publié un article du Président de la Confédération de l'industrie italienne en Russie Ernesto Ferlenghi, qui souligne la nécessité de reconnaître de facto le rôle géopolitique important de la Russie, "il ne reste plus qu'à convaincre l'UE qu'il est impossible d'éviter les relations avec la Russie". Vous voyez quelles vérités écrites doivent être exprimées par des personnes respectables pour tenter de renverser une période complètement malsaine dans notre histoire commune?

Dans peu de temps se tiendra l'entretien du Président russe Vladimir Poutine avec le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Nous espérons que cette conversation aidera à commencer à avancer dans la direction dans laquelle, j'en suis certain, nous devons aller de toute façon si nous voulons nous appuyer sur les intérêts de nos propres pays et peuples.

Question: Avec le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker vous avez souligné aujourd'hui l'importance du dialogue entre la Russie et l'UE. Il est évident qu'aucune grande décision n'est encore prévue en ce sens. Il vaut peut-être mieux se concentrer sur des démarches mineures? Concrètement, quelles mesures de renforcement de la confiance pourraient avoir lieu à l'étape actuelle?

Sergueï Lavrov: Nous avons fait pour nous un "inventaire" des relations avec l'UE. Nous avons obtenu un document informel très conséquent. Nous espérons le remettre à nos collègues et proposer d'effectuer ensemble un tel "inventaire".

En réalité, le dialogue n'a jamais été interrompu. Des experts se réunissent sur la plupart des domaines sectoriels. Pas au niveau ministériel, mais les contacts entre les experts se poursuivent. Nous venons d'avoir un nouveau cycle du dialogue sur la migration. C'est également notre sphère d'intérêts. En couchant sur papier les faits qui caractérisent l'état actuel des choses, comment nous voyons ces faits, comme l'UE les voit, ce sera mis en évidence, et nous espérons que cela aidera à entamer une discussion d'affaires en rejetant tous les préjugés géopolitiques et la rhétorique politique, car le désir de jouer à ces jeux politiques coûte trop cher.

Question: Monsieur le Ministre, le Secrétaire d'Etat américain John Kerry a déclaré récemment que les USA commençaient à perdre patiente par rapport à l'avancement du processus de paix en Syrie et au sort du Président syrien Bachar al-Assad. Toutefois, par la suite le Département d'Etat a annoncé que cette déclaration n'était pas une menace. Que pouvez-vous en dire?

Sergueï Lavrov: J'ai vu cette déclaration. J'ai été étonné. En général John est un homme politique qui a de la retenue. J'ignore même ce qui s'est passé. J'ai également vu les précisions faites par le porte-parole du Département d'Etat. Il faut probablement être plus patient, d'autant que le Président américain Barack Obama a déclaré à plusieurs reprises que son administration menait une politique de "patiente stratégique".

Quant au fond de ce qui préoccupe le Secrétaire d'Etat américain John Kerry, or il a dit perdre patiente parce qu'on ne peut toujours pas faire ce qui doit être fait avec le Président syrien Bachar al-Assad, nous ne devons rien à personne et nous n'avons rien promis à qui que ce soit. Nous avons convenu que tous ceux qui travaillent sur le processus de paix en Syrie se tiendront aux accords convenus dans le GISS et fixés par les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Je rappelle qu'il y est question d'une stratégie globale concernant des choses concrètes à entreprendre dans le domaine militaire (stopper les combats, la transition au cessez-le-feu), dans le domaine humanitaire et, évidemment, dans le processus politique. La fin des combats, même si ce n'est pas à 100%, a tout de même permis de réduire considérablement le niveau de la violence.

En ce qui concerne le domaine humanitaire, si l'an dernier seulement deux ou trois des 18 régions assiégées avaient un accès humanitaire, cette année 15 des 18 régions reçoivent l'aide humanitaire. La position constructive du gouvernement syrien y joue un rôle immense. En effet, ils n'acceptent pas immédiatement tout ce que propose l'Onu. On soupçonne qu'une partie de cette aide soit livrée aux opposants au régime. Il est évident que le gouvernement syrien ne voudrait pas faire quelque chose qui serait dirigée contre ses propres intérêts.

Mais je le répète, il y a du progrès. Là où il n'y a pas de progrès, c'est dans le processus de paix. Je viens de m'entretenir avec le Secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon et avec l'envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura, et nous en avons parlé en toute franchise. Le dialogue politique avec la participation de toutes les parties syrienne n'arrive toujours pas à démarrer, bien que la résolution exige une composition inclusive de la délégation. Les Turcs s'opposent à la participation des Kurdes, et le Haut comité des négociations (HCN) refuse de reconnaître les membres d'autres groupes d'opposition comme son égal et exige d'être reconnu comme le principal négociateur. Alors que la résolution stipule que tous les groupes syriens doivent être représentés aux négociations, y compris celui de Riyad, de Moscou, du Caire et le HCN. On n'arrive pas à faire assoir ces gens à une table de négociations conformément au mandat très clair du Conseil de sécurité des Nations unies non pas par notre faute, mais par la faute des partenaires américains qui ne peuvent pas ou ne veulent pas faire pression sur leurs alliés dans la région. Or ces alliés dans la région adoptent des positions sans appel.

Tout le monde sait que la Turquie refuse d'admettre à la table des négociations le Parti de l'union démocratique des Kurdes syriens. Elle ne le cache pas et même s'en vante, je crois. Ce groupe qui se fait appeler "Haut comité des négociations" déclare qu'il ne s'assoira pas à la table des négociations avec le gouvernement syrien tant que se poursuivaient les bombardements des positions des opposants au régime qui souhaitent participer au cessez-le-feu.

Je rappelle qu'en février, quand le GISS s'était réuni, le Secrétaire d'Etat américain John Kerry en personne a annoncé publiquement la décision d'entamer le processus en impliquant l'opposition et le gouvernement dans le régime de cessez-le-feu. Cela ne concerne pas le Front al-Nosra et Daech. C'est pourquoi les groupes qui sont actuellement mélangés territorialement avec le Front al-Nosra et l'Etat islamique et ne veulent pas subir des attaques doivent se séparer physiquement sur le terrain, quitter ces territoires pour que la lutte contre le Front al-Nosra se poursuive efficacement et que ces groupes ne soient pas touchés. Le Secrétaire d'Etat américain John Kerry l'a déclaré début février. Fin février nous avons eu un contact à très haut niveau avec des représentants du renseignement américain. Nous leur avons rappelé qu'ils avaient promis de "faire sortir" les opposants aux régimes qui travaillent avec les USA des positions du Front al-Nosra. Notre collègue avait demandé deux semaines. Trois mois se sont écoulés. Aujourd'hui les Américains disent qu'ils n'arrivent pas à retirer les "bons" opposants des positions occupées par le Front al-Nosra et qu'ils ont besoin d'encore deux ou trois mois. J'ai l'impression d'assister à un jeu et peut-être qu'on cherche à préserver le Front al-Nosra sous une certaine forme, puis l'utiliser pour renverser le régime. Du moins, j'ai directement posé cette question au Secrétaire d'Etat américain John Kerry. Il jure que ce n'est pas le cas. Il faut alors voir pourquoi les Américains, avec tous leurs moyens, n'arrivent pas à sortir du territoire contrôlé par des bandits et des terroristes les groupes avec lesquels ils travaillent.

C'est un cercle vicieux. Le groupe qui se fait appeler "Haut comité des négociations" déclare qu'il ne s'assoira pas à la table des négociations avec les Kurdes et le gouvernement syrien tant que les bombardements ne cessaient pas. Or stopper les bombardements signifie le renforcer davantage grâce à la contrebande d'extrémistes, de matériel militaire, d'armes et de munitions, qui continue d'affluer de Turquie en Syrie. Nous montrons tout cela aux Américains. Nous avons tous les jours des visioconférences entre la base russe de Hmeimim et le commandement de la coalition américaine dans la capitale jordanienne.

Un centre opérationnel russo-américain commun a été créé à Genève pour réagir aux violations du cessez-le-feu. D'ailleurs, tous ces canaux fonctionnent de manière plutôt professionnelle. On n'y voit aucune hystérie, contrairement à l'espace public où on lâche sur nous tous les chiens. Nous y soumettons des faits réels et des photos du terrain, nous montrons les positions occupées par différentes forces, où il est possible d'annoncer le cessez-le-feu et où c'est inadmissible, car cela jouerait en faveur des terroristes. J'espère donc que cette longue description de nos relations permettra de mieux comprendre qu'il incorrect de faire preuve d'impatience à notre égard.

Question: L'ex-ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a eu parfaitement raison en disant qu'il était nécessaire aujourd'hui de sortir du "piège" dans les relations entre la Russie et l'UE. La même chose disaient le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Pourriez-vous citer quelques exemples concrets de ce qui pourrait être fait littéralement maintenant? Quelles premières démarches pourraient être entreprises pour sortir de ce "piège"?

Sergueï Lavrov: Premièrement, je voudrais vous informer de la manière dont la crise ukrainienne devient aujourd'hui une pierre à aiguiser. Souvenez-vous comment ont été décrétées les sanctions bien avant les Accords de Minsk. Je n'aime pas en parler, mais je le rappelle dans ce contexte non pas pour dire que cela ne nous plaît pas et ne peut pas nous plaire, mais pour comprendre que des choses aussi discriminatoires peuvent être utilisées contre nous. Du point de vue de la logique la confrontation, j'en suis persuadé, réside dans des événements bien antérieurs qui se sont produits avant la crise ukrainienne. Cela indique que la ligne de refrènement de la Russie est mise en œuvre depuis relativement longtemps. Une grande partie de sanctions a été décrétée par l'UE presque immédiatement après que le Boeing malaisien ait été abattu en Ukraine. Personne n'a cherché à expliquer qu'une enquête devait être menée. Nous sommes les seuls à avoir insisté pour que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution ferme pour exposer toutes les exigences de mener une enquête ouverte et responsable selon les normes internationales et informer le Conseil de sécurité des Nations unies du déroulement de l'enquête. Aucun rapport n'a été soumis au Conseil de sécurité des Nations unies. Le groupe créé indépendamment pour enquêter sur les causes du crash avec la participation des Néerlandais, des Ukrainiens et des Australiens n'a même pas immédiatement appelé la Malaisie, dont l'avion a été abattu. Elle a été admise à l'investigation seulement en décembre, pratiquement six mois plus tard, tandis que les sanctions ont été décrétées rapidement. Tout le monde avait l'impression qu'il y avait une raison et un prétexte pour adopter des sanctions.

De nouvelles sanctions ont été décrétées en septembre 2014, trois jours après la signature des premiers Accords de Minsk. Tout le monde les avait salués. Mais le président du Conseil européen de l'époque, Herman Van Rompuy, sans consulter les chefs d'Etat et de gouvernement, a signé un décret qui reste en vigueur à ce jour. Je sais que certains chefs d'Etat et de gouvernement lui ont même exprimé en privé leur profond mécontentement par rapport à sa décision délibérée sapant les relations entre la Russie et l'UE.

Les sanctions ont été prolongées à nouveau tout de suite après la signature des seconds Accords de Minsk. Il me semble que l'UE a commencé à chercher depuis longtemps une formule qui permettrait de sortir de ce cercle vicieux. Et ils pensaient avoir trouvé une très bonne solution – que les sanctions seront levées quand la Russie remplira entièrement les Accords de Minsk. Nous venons d'entendre de la part de ceux qui ont lu les textes que c'est avant tout la partie ukrainienne qui devait remplir les Accords de Minsk. La majeure partie des 13 paragraphes concerne personnellement Kiev, y compris le paragraphe de décentralisation qui a été signé par la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président français François Hollande en personne. Il n'y a rien à inventer, simplement prenez ces formulations et inscrivez-les dans la loi en question. La formule selon laquelle les sanctions seront levées quand la Russie remplira les Accords de Minsk convient parfaitement à ceux en Ukraine qui ne veulent rien faire: aucune décentralisation, aucune amnistie, aucun statut particulier. Ils sabotent la mise en œuvre de tous les termes politiques des Accords de Minsk et disent qu'il faut prolonger les sanctions, car la Russie ne peut pas forcer les séparatistes à déposer les armes. Dans ce cas je voudrais demander en évoquant cette question de se rappeler que ceux qu'on appelle les séparatistes ont signé les Accords de Minsk qui confirment la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Il est incorrect de les qualifier de séparatistes.

Hier, pendant la réunion du Groupe de contact, les collègues ukrainiens ont à nouveau déclaré qu'ils commenceraient à remplir la partie politique des Accords de Minsk en ce qui concerne les engagements de Kiev seulement en cas d'un cessez-le-feu total, inconditionnel et sans aucune violation pendant trois mois. C'est tout simplement irréaliste. On trouvera forcément quelqu'un, y compris du côté ukrainien, qui tirera quelque part et le décompte des trois mois reprendra à zéro. Je voudrais que nos collègues le comprennent, même si la plupart des Européens qui suivent ce processus le comprennent déjà. J'espère que pendant les entretiens avec les dirigeants ukrainiens ils leur en parlent également. Il est certainement temps de cesser de saper publiquement les Accords de Minsk et commencer le fameux dialogue direct entre Kiev et le Donbass, comme c'est écrit noir sur blanc dans le texte de Minsk. Il stipule clairement que la loi sur le statut particulier doit être convenue avec ces régions, de la même manière que les amendements à la Constitution. C'est pourquoi il me semble qu'il faut toujours comprendre les origines des faits, or les origines sont apparues bien avant la crise ukrainienne. On pourrait rappeler la réaction de nos amis américains à la situation avec Edward Snowden, quand ils exigeaient de l'extrader et de faire un geste pas très humain ni humanitaire. Quand nous avons poliment expliqué pourquoi c'était impossible, le Président américain Barack Obama a annulé sa visite à Moscou, prévue à la veille du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg. Imaginez-vous le niveau auquel se trouve la rancune et la raison pour laquelle elle est exprimée. Sans parler de la loi Magnitski adoptée bien avant les événements en Ukraine. En parallèle on imposait des décisions appropriées à l'UE. Aujourd'hui, quand un réalisateur indépendant a réalisé un film sur la création et la manipulation de l'affaire Magnitski, sa diffusion a été interdite au Parlement européen. On souhaitait l'interdire également aux USA. Elle est belle la liberté d'expression! Nous avons beaucoup de proverbes dans le genre: le pécheur a toujours peur. Je pense que tout le monde doit comprendre: la concurrence demeurera, et les grandes puissances voudront toujours influencer les événements plus que les puissances moyennes. Les USA proclameront probablement toujours la nécessité d'être toujours plus forts que les autres dans tout comme l'objectif de leur existence. C'est un code génétique, mais le réalisme devrait tout de même prendre le dessus. Je suis même prêt à citer l'ex-premier ministre britannique Winston Churchill, qui a déclaré que les USA font toujours la bonne chose après avoir essayé tout le reste. Il l'a vraiment dit. Si tant de choses incorrectes ont été faites en Irak et en Libye, il y a un espoir (si Churchill, paix à son âme, avait raison) que le sort de la Syrie sera meilleur.

Question: L'UE a proposé cinq principes des relations avec la Russie qui, d'après moi, témoignent d'une absence de compréhension en UE des relations qui doivent être établies à terme. Ils se sont simplement concentrés sur ce qui existe. Est-ce que la Russie réagira avec ses propres cinq principes? SI oui, quelles idées elle pourrait proposer?

Sergueï Lavrov: Probablement comme tout le monde, j'ai vu ces cinq principes. Je me souviens quand en automne 2014 j'ai rencontré la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Federica Mogherini en marge de la réunion de l'OSCE à Belgrade, nous avons dit qu'il fallait d'une certaine manière définir les relations. Elle a déclaré qu'elle espérait élaborer un agenda créatif pour les relations Russie-UE et les approuver pendant la réunion du CMAE de l'UE. Et il s'est produit ce qui s'est produit. Elle a réussi à faire seulement un "brouillon" de ce qui existe réellement aujourd'hui. La Russie y est mentionnée dans seulement l'un des cinq principes, si je me souviens bien. Plus exactement il y est dit qu'il faut assurer une indépendance énergétique, dépendre le moins possible des facteurs extérieurs, promouvoir le Partenariat oriental, or ce n'est pas du tout quelque chose d'inoffensif. Je sais qu'il y a eu des tentatives de transformer ce projet en processus constructif, mais les intentions de faire quelque chose au détriment de la Russie prennent le dessus, d'être ami avec nos voisins pour nous contrarier. Selon l'un des principes, l'UE coopérera avec nous là où c'est bénéfique pour elle, elle travaillera avec la jeunesse (ce que l'UE n'est pas la seule à faire). C'est un programme pour eux, et non pour les relations avec la Russie. C'est ainsi que l'UE voit son rôle géopolitique et c'est les tâches qu'elle se fixe. Alors que nous avons proposé ce que je viens d'évoquer: faire un "inventaire" commun de ce qui nous avons, faire toute la liste des mécanismes créés à commencer par les sommets. La Russie était l'unique partenaire de l'UE avec laquelle les sommets étaient organisés deux fois par an. Quand les relations étaient meilleures on se demandait s'il fallait le faire aussi souvent. Mettons-nous d'accord, avons-nous besoin des sommets ou non? Si oui, à quel intervalle: une fois par an, deux, trois?

Il existe le Conseil permanent de partenariat (CPP) où le Ministre russe des Affaires étrangères et la chef de la diplomatie européenne doivent passer en revue tous les domaines d'activité dans le cadre de l'Accord de partenariat et de coopération. Pour parler de la manière dont nos relations s'établissaient, quand Catherine Ashton était la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, elle n'avait jamais réussi à organiser le CPP. Nous nous rencontrions rapidement, elle parlait du Moyen-Orient et d'une autre situation de crise, mais il n'y avait pas d'analyse des relations, ce qui est une fonction cruciale de ce mécanisme.

Maintenant nous parlerons avec le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, et j'espère que le Président russe Vladimir Poutine lui proposera d'organiser un "inventaire" commun, de regarder chaque dialogue sectoriel et comprendre si nous en avons besoin ou non.

Dans son intervention, le Directeur du Centre d'études d'intégration de la Banque eurasiatique de développement Evgueni Vinokourov parler de la délégation au niveau supranational d'un grand nombre de pouvoirs (près de 140). Ce chiffre est plus élevé en UE, mais la Commission en veut encore plus. Nos collègues des compagnies analytiques ne l'ont pas mentionné, mais il apparaît une très grande tension au vu des exigences de la Commission de s'ingérer dans les négociations bilatérales, y compris entre les compagnies. Je pense qu'il faut réévaluer la situation au sein de l’UE également.

La Russie est accusée de vouloir semer la discorde, car elle ne parle pas avec l'UE et souhaite parler avec les pays à part qui lui sympathisent. Or que devons-nous faire? Nous ne pouvons pas nous séparer complètement de l'Europe – c'est notre voisin direct et notre plus important partenaire commercial. Si la Commission a bloqué ses canaux de communication avec nous, bien évidemment nous parlerons davantage directement aux gouvernements nationaux.

 

mid.ru

 

 

Question: Plusieurs établissements diplomatiques russes en Ukraine ont été attaqués ces derniers jours: l'Ambassade de Russie à Kiev et les consulats généraux du pays à Lvov et à Odessa. Que se passe-t-il actuellement avec le personnel de nos représentations? Leur vie et leur santé sont-elles menacées? Comment vivent-ils concrètement ces conditions de siège?

Sergueï Lavrov: Nous contrôlons régulièrement cette situation et sommes en contact avec l'Ambassadeur de Russie en Ukraine et le personnel de nos représentations diplomatiques. Ils se tiennent bien, correctement, dignement, comme des individus qui ressentent que derrière eux leur Patrie et leur pays ne les laisseront pas tomber. Les actes des vandales qui ont attaqué l'Ambassade de Russie et nos consulats généraux, y compris en pénétrant sur leur territoire pour arracher les drapeaux russes (cela a été fait, d'après moi, par le député ukrainien Parassiouk) sont révoltants. Nous n'avons eu vent d'aucune réaction de ce qu'on appelle la "communauté internationale".

Quand des citoyens iraniens avaient pénétré sur le territoire du consulat général de l'Arabie saoudite, cela avait fait beaucoup de bruit. Nous avons adhéré au processus qui visait à protéger inconditionnellement les représentations diplomatiques comme l'exigent toutes les conventions signées par tous les pays du monde. Dans le cas présent, nous ne constatons aucune réaction de la part de nos collègues occidentaux. Ils sont davantage préoccupés actuellement par les exigences d'en finir avec le procès de Nadejda Savtchenko et de la libérer – c'est un sujet à part. Mais l'hypocrisie et la duplicité sont flagrantes.

Notre personnel a toutes les clés en main pour prévenir les actes illégitimes, possède des moyens de défense, mais le principal élément est évidemment la prévention d'une telle activité de la part des "superviseurs" des autorités ukrainiennes, qui ont une influence décisive sur le gouvernement actuel de Kiev. Nous en parlerons aujourd'hui une nouvelle fois avec le Secrétaire d’État américain John Kerry. Nous avons également envoyé les signaux appropriés dans les capitales européennes.

Question: Est-ce que les diplomates ont tout le nécessaire? Ne risquent-ils pas d'avoir des problèmes d'approvisionnement en eau et en nourriture? Si je comprends bien, ils ne peuvent pas sortir dans la rue, c'est assez dangereux.

Sergueï Lavrov: Il y a des possibilités d'approvisionnement et des réserves. Nous avons restreint significativement les sorties en ville, notamment sans forte nécessité de service. Je pense que nous ne devons pas nous inquiéter pour la situation de nos diplomates et des membres de leur famille. Nous les soutenons activement et empêcherons tout acte illégitime à leur égard.

Question: Fera-t-on payer à l'Ukraine des réparations pour le bâtiment endommagé et tout ce qui se passe actuellement?

Sergueï Lavrov: Évidemment, nous exigerons des dédommagements.

Question: Vous venez de mentionner l'affaire Savtchenko. Pouvez-vous confirmer avoir parlé au Ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine et évoqué cette question avec lui?

Sergueï Lavrov: Nous nous sommes parlés plus d'une fois. Le Ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine m'a téléphoné il y a quelques jours pour demander d'autoriser une nouvelle visite de médecins ukrainiens à la détenue. Je rappelle que par le passé, une telle visite a déjà eu lieu, que des médecins ukrainiens ont examiné Nadejda Savtchenko et qu'ils étaient accompagnés par sa sœur. Aujourd'hui, alors que s'est répandue la nouvelle d'une nouvelle grève de la faim par Nadejda Savtchenko, Pavel Klimkine a demandé de faire encore une exception et d'assurer un contact avec des médecins, même s'il a souligné qu'il comprenait que cela n'était pas vraiment admis par les procédures russes et dans l'ensemble dans la "pratique pénitentiaire internationale". Nous avons étudié cette demande et avons envoyé une requête au tribunal qui examine cette affaire, car elle est actuellement à disposition du tribunal. Après la session du 9 mars, le juge s'est dit prêt à autoriser un tel contact avec les médecins. Mais comme pendant la séance Nadejda Savtchenko n'a eu de cesse que d'outrager le tribunal (beaucoup ont pu la voir à la télévision, nos chaînes ont placé des "bips" pour censurer le langage injurieux mais Euronews a décidé de ne pas le faire), le tribunal a jugé qu'il n'accorderait pas de faveurs à Nadejda Savtchenko. Je le répète, cette dernière a insulté ouvertement la cour. Le Ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavel Klimkine a téléphoné hier et exprimé ses regrets à ce sujet (d'ailleurs, il appelait de Turquie où le Président ukrainien Petro Porochenko est en visite). Pavel Klimkine ne présentait pas ses excuses pour le comportement de Nadejda Savtchenko mais il était parfaitement conscient que l'accusée était elle-même responsable de la tournure des événements en sa défaveur, si elle avait vraiment besoin d'un médecin. Selon nos informations (nos médecins la visitent régulièrement, et je suis en contact avec la direction du Service fédéral d'application des peines), rien n'indique que Nadejda Savtchenko souffre d'une maladie incurable. Dans l'ensemble, elle se sent bien et fait du sport. J'ai expliqué à Pavel Klimkine que par humanité nous avions fait tout ce que la partie ukrainienne avaient demandé, que nous avions fait exception au règlement appliqué dans de telles circonstances. Mais le comportement abject et insolent de Nadejda Savtchenko a rendu impossible la visite des médecins dont nous avions déjà convenu.

à suivre...

 

mid.ru

 

 

La réunion ministérielle du "Format Normandie" - configuration diplomatique créée par l'Allemagne, la Russie, l'Ukraine et la France - vient de de s'achever. Naturellement, nous avons évoqué le déroulement de la mise en œuvre des Accords de Minsk visant à mettre fin au conflit dans le Sud-Est de l'Ukraine, conformément aux démarches convenues le 2 octobre 2015 quand les dirigeants des quatre pays du Format s'étaient réunis à Paris pour en fixer les différentes étapes.

Nous avons consacré beaucoup de temps à la situation dans le domaine de la sécurité, notamment pour analyser l'application des décisions additionnelles aux Accords de Minsk sur le retrait des armements lourds et ceux d'un calibre inférieur à 100 mm de la ligne de démarcation entre les belligérants dans le Donbass. Nous avons étudié les rapports de la Mission spéciale d'observation (MSO) de l'OSCE, qui constatent des infractions commises par les deux parties - en ce qui concerne l'absence d'armements retirés et enregistrés, les forces ukrainiennes ont commis bien plus d'infractions, bien que les séparatistes soient également parfois fautifs. Je le répète: la MSO de l'OSCE constate des infractions des deux côtés. Nous avons évoqué la situation générale, débattu d'à qui elle pourrait profiter. On a mentionné aussi, évidemment, la lutte politique intérieure qui a actuellement lieu à Kiev. Mais nous n'avons pas tiré de conclusions profondes, simplement constaté la nécessité de remplir tous les accords conclus pour que personne n'organise de provocations, pour que tous les armements retirés et fixés par les observateurs de l'OSCE restent à leur place.

Nous avons également salué le travail mené sur le terrain, notamment les efforts déployés dans le cadre de la coopération avec le Centre conjoint de coordination et de contrôle (CCCC). Avec la MSO de l'OSCE, un accord entre les forces ukrainiennes et le Donbass a été trouvé pour le déminage - qui devrait pouvoir commencer dans 12 régions prioritaires. Avec mes homologues du Format Normandie, nous nous sommes aussi intéressés à un autre document relatif à la suspension de tout exercice et de toute autre action associée impliquant des tirs à proximité de la ligne de démarcation – dans un rayon d'environ 30 km de chaque côté. Cela réduira également le risque de provocations, d'incidents imprévus et non prémédités. C'est un bon accord qu'il faut remplir. Nous avons également appelé à ce que tous les autres aspects des Accords de Minsk visant à garantir la sécurité dans la zone de contact soient remplis. Nous avons appelé à ce que l'OSCE, conformément à la mission qui lui a été confiée, procède au suivi et à la vérification du respect des engagements précités.

Nous avons beaucoup parlé des aspects politiques des Accords de Minsk. Un premier pas permettrait de lancer une chaîne d'actions interdépendantes qui inclut la loi sur le statut particulier, la réforme constitutionnelle, l'amnistie et l'organisation des élections locales. La démarche la plus proche nous semble être les élections, qui impliquent de lire honnêtement les Accords de Minsk, d'adopter la loi sur le statut particulier pour que s'applique l'amnistie, pour que les gens votent et soient élus non pas sous la menace de poursuites pénales mais comme des citoyens libres. Pour cela, il est important de garantir la réforme constitutionnelle. Tout cela a été convenu par nos dirigeants le 2 octobre 2015 à Paris mais, malheureusement, il n'y a pas eu de progrès sur l'aspect principal – la préparation des élections.

L'engagement des autorités ukrainiennes de s'entendre avec le Donbass sur l'organisation des élections ne se concrétise toujours pas. L'OSCE, par l'intermédiaire de son représentant spécial dans le Groupe de contact et de ses représentants dans le groupe de travail sur le processus politique, tente de trouver des compromis. Nous nous estimons que beaucoup de solutions proposées, nombreuses depuis l'été dernier, sont raisonnables, sachant que plusieurs options ont été testées par nos collègues de l'OSCE mais qu'aucune d'elles ne convenait à Kiev. Nous sommes prêts à faire appel à nos collègues du Donbass pour qu'ils coopèrent avec l'OSCE sur cette base. Ils semblent y être disposés mais les autorités ukrainiennes n'ont pas encore manifesté la même intention. Nous avons appelé à avancer tout de même dans ce sens. Les Accords de Minsk stipulent clairement que les questions relatives aux élections doivent être convenues avec les représentants du Donbass.

Pour résumer, pendant toutes les négociations d'aujourd'hui nous avons souligné que la clé et le noyau de l'ensemble du processus de Minsk était le dialogue entre Kiev et le Donbass, qu'il s'agisse des aspects militaires, de la sécurité ou du processus politique. Malheureusement il n'y a toujours pas de tel dialogue direct, et ce avant tout à cause des réticences de Kiev. On a constaté aujourd'hui également que certains voulaient rejeter le fait que les Accords de Minsk aient été signés par des représentants du Donbass. On a tenté de présenter ces derniers comme illégitimes, comme si on attendait leur remplacement avant de régler toutes les questions concernant le statut particulier. Ce n'est pas nouveau. Les représentants ukrainiens (le président, les membres du gouvernement, les députés) font régulièrement de telles déclarations. Ils disent qu'il sera possible de parler du statut particulier et de la réforme constitutionnelle seulement après le changement de pouvoir dans le Donbass et quand il sera doté d'un nouveau gouvernement acceptable pour Kiev. Certains déclarent même que la réforme constitutionnelle n'est pas nécessaire et qu'elle ne se réalisera jamais. Malheureusement, tout cela affecte également notre travail dans le cadre du Format Normandie ministériel.

L'Allemagne et la France sont d'accord avec nous sur la succession des différentes étapes du processus, comme fixé dans les Accords de Minsk et confirmé au sommet du Format Normandie à Paris le 2 octobre. Il s'agit d'avancer vers un régime mutuel pour organiser les élections, d'appliquer la loi sur le statut particulier des régions concernées à titre permanent, refléter ce statut particulier dans la Constitution et appliquer l'amnistie, tout cela sur la base de la loi déjà adoptée par le Parlement ukrainien mais pas encore signée par le Président Petro Porochenko.

Notre entretien est résumé dans la déclaration qui sera faite aujourd'hui par le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, en tant qu'hôte de cette réunion. Elle exprimera notre soutien aux activités de la MSO de l'OSCE et du CCCC dans le domaine de la sécurité, aux efforts de la MSO de l'OSCE de trouver un compromis qui permettra d'avancer concernant l'organisation des élections et, dans l'ensemble, pour la mise en œuvre du processus de Minsk sur la base des Accords de Minsk. Elle appellera les parties à remplir leurs engagements conformément aux Accords de Minsk en ce qui concerne les aspects humanitaires de la crise, l'accès libre à l'aide humanitaire et l'accès du Comité international de la Croix-Rouge qui travaille dans le Donbass.

Nous l'avons convenu aujourd'hui. Cela a été utile. Les chefs d’État du Format Normandie contrôlent la mise en œuvre des Accords de Minsk et de leur entente du 2 octobre à Paris. Les ministres ont été chargés de s'en occuper. Nous rendrons compte à nos supérieurs de cette réunion. Si je comprends bien, un contact téléphonique est prévu prochainement entre les dirigeants du Format Normandie.

Question: Espérez-vous, comme l'annoncent certaines sources occidentales, qu'on arrivera à organiser des élections dans le Donbass en juin 2016?

Sergueï Lavrov: La proposition d'appeler les parties à s'entendre sur la base des Accords de Minsk sur l'organisation des élections locales dans le Donbass au premier semestre (d'ici juin-juillet) a été faite pendant notre réunion d'aujourd'hui par nos collègues allemands et français. Nous étions prêts à la soutenir mais la partie ukrainienne a demandé de ne pas insister là-dessus. Au final, nous n'avons pas trouvé de consensus.

Question: Est-ce que les résultats des futures négociations sur la Syrie à Genève seront un facteur déterminant pour prolonger le cessez-le-feu et la trêve? Si les négociations échouaient, quel serait le sort de la trêve?

Sergueï Lavrov: Le régime de cessez-le-feu approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies sur la base d'une initiative russo-américaine commune portée par les présidents Vladimir Poutine et Barack Obama n'est pas limité dans le temps. Certains ont laissé entendre - et le Ministère russe des Affaires étrangères a présenté ces propos comme malintentionnés - que le cessez-le-feu n'avait été instauré que pour quelques semaines. C'est une très grave déformation. Ce cessez-le-feu n'a aucun cadre temporel. Au contraire, tous les membres du Groupe international de soutien à la Syrie ont soutenu l'initiative russo-américaine d'instaurer ce régime sans délai. En outre, ce n'est qu'un premier pas vers un régime de cessez-le-feu à part entière. Il existe une différence juridique entre cesser les opérations et cesser le feu. Le cessez-le-feu est un régime plus stable et plus sérieux.

Il n'y a donc aucune limite temporelle, aucun "délai". Deuxièmement, ce régime n'est soumis à aucune condition. Le cessez-le-feu et la cessation des opérations, l'acheminement de l'aide humanitaire et l'avancement du processus de paix qui doit impliquer toutes les parties syriennes (le gouvernement et tout l'éventail de l'opposition), font partie de la stratégie approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Tout cela doit être mis en œuvre parallèlement. Il n'existe aucune condition préalable et il ne peut y en avoir. Nous partons de ce fait, et nous appuyons sur les propos de l'envoyé spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura que nous avons rencontré récemment à Genève. Il a confirmé une réunion des parties syriennes pour initier le marathon des négociations le 9 mars. Plusieurs groupes de l'opposition syrienne y participeront. D'abord, les contacts seront établis entre les membres de l'Onu, divers opposants et la délégation du gouvernement syrien en régime séparé. Puis, je l'espère, ils se réuniront dans la même salle. Tout cela demandera du temps. Mais, je le répète, il n'existe aucun lien de cause à effet entre la suspension des opérations et le début des négociations. Tous ces processus doivent se dérouler et évoluer parallèlement, accélérer sans perdre leur stabilité.

 

mid.ru

 

 

Question: En tant que première utilisatrice des armes russes, l’Algérie a signé en 2006 un contrat d’un coût de 7,5 milliards de dollars pour la livraison de types d’armes divers. Cependant les relations économiques dans le domaine civil n’ont pas atteint un niveau pareil. Le taux des investisseurs russes en Algérie reste insignifiant. Comment pouvez-vous commenter cette circonstance?

Sergueï Lavrov: Le domaine de la coopération militaire et technique reste le "moteur" de la coopération entre nos deux pays. Le travail dans cette direction est mené dans le cadre de la Commission intergouvernementale mixte russo-algérienne pour la coopération militaire et technique.

Mais en ce qui concerne aussi les relations commerciales et économiques en général, l’Algérie occupe traditionnellement une des premières places parmi les partenaires de la Russie en Afrique et dans le monde arabe. Au cours de plus d’un demi-siècle de coopération fructueuse nous avons réussi à atteindre des résultats importants dans des domaines comme l’énergie, l’industrie minière et métallurgique, les constructions mécaniques, l’économie hydraulique. Parmi les exemples les plus démonstratifs – les sites créés en Algérie avec notre assistance : l’usine métallurgique à El Hadjar, l’entreprise métallurgique à Annaba, la centrale thermique dans la ville de Jijel, le gazoduc Alrar-Tin Fuye-Hassi Messaoud, le barrage "Beni Zid".

Aujourd’hui les indices du commerce bilatéral ont l’air assez bon – le chiffre d’affaires a augmenté l’année dernière de 2,2 fois ayant atteint presque 2 milliards de dollars.

Il est important, et nous sommes solidaires à ce sujet avec nos partenaires algériens, de ne pas arrêter sur non acquis, de mener la recherche constante de nouvelles directions prometteuses pour nos efforts communs. Les capacités nécessaires existent déjà, y compris un mécanisme bien réglé pour le partenariat d’affaires bilatéral, la Commission intergouvernementale mixte russo-algérienne pour la coopération commerciale et économique, scientifique et technique. Sa huitième session dont les dates sont maintenant coordonnées doit avoir lieu en Algérie. Un fondement solide pour l’approfondissement des relations est la Déclaration sur le partenariat stratégique signée en 2001 au cours de la visite du Président de l’Algérie A. Bouteflika à Moscou.

Il y a de bonnes solutions dans les domaines de la construction industrielle et civile, de l’irrigation, de l’infrastructure de transport, dans l’industrie de haute technicité.

Parmi les domaines prometteurs pour le développement du partenariat d’affaires russo-algérien nous devons citer celui de l’agriculture. De bonnes possibilités apparaissent pour augmenter les volumes de l’exportation des produits agricoles algériens en Russie, y compris dans le contexte des contre-mesures bien connues introduites par notre pays envers les États de l’Union européenne et la Turquie.

Un apport important dans le travail commun est fait par les milieux d’affaires des deux pays. Nous apprécions positivement les résultats de la visite récente à Moscou du groupe représentatif des entrepreneurs algériens, dirigé par le président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie М. Benamor. Dans le cadre de la visite un forum économique bilatéral a été organisé avec succès, et plusieurs centaines d’entrepreneurs algériens et russes y ont pris part.

Je voudrais aussi noter l’activité du Conseil d’affaires russo-arabe et du Conseil d’affaires russo-algérien sous l’égide desquels des expositions régulières des biens et services russes sont organisées.

Nous envisageons donc l’avenir avec optimisme.

Question: Au cours de la visite à Moscou en 2001 les présidents A. Bouteflika et V. Poutine ont soutenu la coopération à long terme dans le domaine énergétique. Afin de se préparer à la "période post-pétrolière" A. Bouteflika a reconnu la nécessité de construire une centrale nucléaire dont la mise en marche était prévue avant 2018. Pourriez-vous nous informer sur le niveau de l’intéraction russo-algérienne dans le domaine énergétique?

Sergueï Lavrov: Comme je viens de noter, la coopération dans le domaine énergétique est une composante importante de nos relations commerciales et économiques bilatérales. Au cours de plusieurs années les sociétés leaders russes "Gazprom", "Rosneft", "Stroïtransgaz", "Technopromexport" travaillent avec succès en Algérie en coopération avec la corporation publique algérienne de pétrole et de gaz "Sonatrach". L’intérêt pour la sortie sur le marché algérien est manifesté également par d’autres grandes sociétés de Russie. Nous apprécions hautement la coordination avec les collègues algériens dans le cadre du Forum des pays exportateurs de gaz.

En septembre 2014, l’Accord intergouvernemental bilatéral sur la coopération dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire a été signé en Algérie. Dans le cadre de sa réalisation la session du comité bilatéral pour la coordination dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire est prévue en Algérie le 1-3 mars. Au cours de cette rencontre il est prévu de discuter les possibilités pour la construction d’une centrale nucléaire de conception russe sur le territoire de la RADP, le développement de l’infrastructure nucléaire de l’Algérie et l’utilisation non-énergétique des technologies nucléaires – par exemple, en médecine.

Question: La Russie, tout comme l’Algérie, s’oppose au terrorisme islamique, surtout au phénomène de la radicalisation par les réseaux sociaux. Y a-t-il des mécanismes spéciaux d’intéraction entre les deux pays pour lutter contre ce phénomène global?

Sergueï Lavrov: Le terrorisme est une menace globale qui s’est avancée aujourd’hui pour devenir la priorité clé dans le domaine de la sécurité internationale. Comme le Président de la Russie Vladimir Poutine a souligné dans son discours à la 70e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, Daech et d’autres extrémistes de la même espèce profanent par leurs crimes sanglants une des plus grandes religions mondiales, l’islam, dénaturent ses vraies valeurs.

Une série d’attentats sanglants est devenue non seulement la démonstration de l’essence barbare de l’idéologie et de la pratique du soi-disant "État islamique", mais elle a montré d’une manière évidente que dans le monde moderne mutuellement dépendant le désir de créer des "oasis de sécurité" séparées et de s’isoler des régions troublées voisines est irréalisable.

Il n’est possible de lutter contre le terrorisme de manière efficace que conjointement, à la base solide du droit international, avec le rôle coordinateur central des Nations Unies, sans "doubles standards". Aujourd’hui il est nécessaire de mettre les ambitions et les différends de côté et, sans raccordements et conditions préliminaires quelconques, s’allier pour l’anéantissement de Daech et des autres groupements extrémistes qui ont lancé un défi à la civilisation humaine. Voici le sens principal de l’initiative de Vladimir Poutine pour la création d’un large front antiterroriste. Naturellement, la société civile doit rejoindre activement les efforts complexes et globaux.

Nos États qui connaissent l’agression terroriste de vue et non pas de réputation, ont accumulé une grande expérience de travail dans ce domaine. Nous apprécions positivement la coopération dans ces questions instaurée entre les administrations concernées russes et algériennes. Notamment, un Groupe de travail bilatéral interministériel pour la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée fonctionne sous l’égide des Ministères des affaires étrangères, sa cinquième session a eu lieu en Algérie en février 2013. Nous sommes orientés vers le développement ultérieur de l’intéraction dans ce domaine. Je suis persuadé que notre travail commun avec les partenaires algériens sur le chemin antiterroriste est appelé à faire un apport utile aux efforts conjoints de la communauté mondiale.

Question: L’idée de la création du cartel de gaz monte en puissance lentement, mais sûrement. Comment voyez-vous "l’OPEP de gaz"? Qu’est-ce que vous pensez sur le fait que cette initiative inspire des craintes à de nombreux pays, compte tenu que l’Algérie et la Russie assurent 40% des besoins de l’Europe en gaz?

Sergueï Lavrov: Les États membres du FPEG disposent de presque 60% des réserves mondiales de gaz naturel prouvées et possèdent la possibilité unique de produire l’énergie écologique et sûre en volumes nécessaires pour satisfaire les besoins énergétiques croissants dans le monde entier. Ainsi par son potentiel dans le domaine de la production et de l’exportation du gaz naturel le FPEG est tout à fait comparable aux ressources de l’OPEP dans la sphère pétrolière.

Avec ceci, les pays participant à l’activité du Forum, dont la Russie et l’Algérie, ne se posent pas l’objectif de transformer le FPEG en "OPEP de gaz". La participation au Forum ne prévoit pas d’obligations pour les volumes de la production et de la vente du gaz, c’est pourquoi il ne peut pas être assimilé à l’OPEP, et les craintes des pays consommateurs que le FPEG impose ses règles sur le marché du gaz sont donc infondées.

L’intéraction et la coordination entre les pays membres du FPEG sont effectuées par l’échange d’information sur le secteur de gaz et l’expérience de pointe, aussi bien que par des démarches communes afin d’encourager l’utilisation du gaz naturel. Nos pays voient le rôle du Forum dans la promotion du dialogue ouvert et constructif avec les importateurs du gaz naturel dans le cadre des organisations et forums énergétiques internationaux et régionaux, y compris pour les questions de la demande en gaz naturel et du développement de l’infrastructure de gaz transfrontalière nécessaire. Il s’agit du partage équitable des risques entre les fournisseurs et les consommateurs du gaz naturel grâce à la réalisation d’une politique fiscale, commerciale, énergétique et environnementale prévisible et non-discriminatoire conformément aux contextes législatifs et politiques nationaux.

Je suis persuadé que, malgré la conjoncture économique difficile, le Forum a de bonnes perspectives. Cela est confirmé, notamment, par le 3e sommet du FPEG qui a eu lieu à Téhéran en novembre 2015, avec la participation du Président Vladimir Poutine et du Premier ministre de l’Algérie A. Sellal. Au cours de cette rencontre les parties ont souligné la communion d’idées sur le développement du secteur de gaz dans le contexte de nouveaux défis liés à l’instabilité sur le marché énergétique mondial, l’importance de l’utilisation élargie du gaz naturel. La Déclaration finale a stipulé des dispositions clés pour la Russie comme pour l’Algérie telles que la souveraineté des pays membres du FPEG sur leurs ressources naturelles, le rôle fondamental des contrats à long terme pour la livraison du gaz dans le financement des projets gaziers ambitieux. Nous comptons que les résultats du sommet favoriseront le développement durable du marché mondial du gaz.

 

mid.ru

 

Question: Quelle est la particularité de la session-anniversaire de l'Onu consacrée aux 70 ans de l'Organisation, hormis sa date symbolique? Quel sera son format? Quelles décisions devraient y être prises? Qu'attendez-vous personnellement de cette session?

Sergueï Lavrov: Les questions de politique internationale seront évoquées traditionnellement par les chefs d’État. La veille, un sommet consacré au développement durable permettra l'adoption d'un programme sur 15 ans, jusqu'en 2030, qui englobera les efforts internationaux pour régler les problèmes économiques et financiers étroitement liés au règlement des tâches sociales et des menaces terroristes émanant du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. Je suis certain que ce sujet sera exprimé et écouté avec intérêt pendant les discussions à l'Assemblée générale des Nations unies. Nous essaierons de donner le ton à la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment en tenant compte de l'initiative avancée par le Président russe Vladimir Poutine de former un front commun pour combattre les structures terroristes comme l’État islamique, tout en promouvant les processus de paix dans la région, en particulier en Syrie.

Question: Quel fut le rôle de l'URSS puis de la Russie dans le renforcement de l'Onu et de son autorité?

Sergueï Lavrov: L'Union soviétique soutenait activement les principes de la Charte de l'Onu qui sont aujourd'hui les plus viables: l'équité des parties, la souveraineté de tous les États, le respect des droits des peuples à disposer d'eux-mêmes en tant que principe fondamental de l'Onu et l'engagement de chaque État à garantir les droits de leurs peuples pour qu'ils ne soient pas opprimés. Ce principe est particulièrement pertinent aujourd'hui. Nous avons aussi défendu les principes clés de l'Onu comme la culture du compromis, la nécessité de faire en sorte que le Conseil de sécurité, en tant que principal organisme chargé d'assurer la paix internationale, travaille sur des bases collectives, sur la base d'efforts collectifs. En ce sens je voudrais noter que le droit de veto, souvent critiqué, garantit les freins et les contrepoids nécessaires à tout système démocratique. En revanche, on tente parfois de provoquer des situations susceptibles de tomber sous le coup d'un veto à des fins politiques malsaines, comme ce fut le cas plusieurs fois. Par exemple, nos partenaires occidentaux ont lancé des résolutions n'ayant aucune signification pratique, à l'instar de la commémoration des événements de Srebrenica. Bien que cet événement soit tragique, ce n'est pas au Conseil de sécurité de prendre parti en rappelant un conflit datant de vingt ans. Ce n'est pas non plus au Conseil de sécurité de s'ingérer dans l'enquête criminelle sur la catastrophe du Boeing malaisien en Ukraine. Je n'entrerai pas dans les détails.

Il est important que le Conseil de sécurité préserve sa viabilité et tout ce qui lui sera nécessaire pour jouer à terme un rôle central dans le règlement des crises internationales. Il a déjà été réformé: le nombre de membres est passé de 11 à 15. On parle aujourd'hui d'une nouvelle "vague" d'élargissement. Nous soutenons ce processus. Nous estimons qu'en réalité les pays émergents d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine ne sont pas suffisamment représentés au Conseil de sécurité. C'est pourquoi nous soutenons les requêtes de l'Inde et du Brésil d'y adhérer à titre permanent. Nous pensons que la présence du continent africain devrait aussi être assurée dans cette structure, car, je le répète, les pays émergents ne sont pas suffisamment représentés et leur rôle est insuffisant dans le travail de cet organisme central. Mais il faut promouvoir une réforme qui ne rendrait pas le Conseil de sécurité incontrôlable, trop amorphe et hypertrophié. Sa réactivité est un autre principe clé, avec la représentativité de toutes les régions et de tous les centres de développement mondial. Un peu plus d'une vingtaine de membres – je pense que c'est la limite à viser.

Question: Le Secrétaire général Ban Ki-moon va quitter son poste. Dans une interview il avait indiqué qu'une femme était attendue pour lui succéder. Est-ce que la Russie a des priorités concernant le prochain Secrétaire général?

Sergueï Lavrov: Ban Ki-moon, que nous respectons beaucoup et avec qui nous avons de bonnes relations, termine son second mandat l'an prochain, et conformément à la Charte de l'Onu il ne peut pas être réélu. Le défi est d'assurer l'universalité et la justice concernant l'appartenance géographique du chef du secrétariat. Il y a déjà eu plusieurs représentants d'Europe occidentale, d'Asie, du Continent africain (Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan) et d'Amérique latine. L'Europe de l'Est, en tant que groupe régional officiellement existant à l'Onu, n'a jamais été représentée. Ce groupe existe pourtant depuis l'époque soviétique. Cinq groupes ont été créés: asiatique, latino-américain, africain, euro-occidental avec les USA, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et l'Europe orientale. Ces groupes n'étaient pas initialement pensés pour convenir de questions politiques mais pour désigner plus efficacement et rationnellement les membres des organismes de l'Onu. Par exemple, le Conseil économique et social comprend 54 pays, qu'il faut élire; le Conseil des droits de l'homme n'inclut pas non plus autant de pays que tout le monde voudrait. Ces organismes n'ont pas de composition universelle et il existe de nombreuses structures de ce genre où il faut choisir parmi les membres de l'Onu présents. Afin que toutes les régions soient représentées de manière plus ou moins égale au sein de ces organismes économiques et chargés des droits de l'homme, ces groupes ont été créés pour convenir entre eux des candidatures, y compris pour le Conseil de sécurité des Nations unies, le Conseil économique et social, le Conseil des droits de l'homme et d'autres organismes.

Quand l'Union soviétique et le Pacte de Varsovie ont cessé d'exister, ce groupe a été conservé parce qu'il n'est pas politique et est nécessaire pour organiser de telles élections. Le groupe d'Europe orientale est aujourd'hui du même avis (tous les membres de ce groupe, y compris les membres de l'Otan, ont signé une lettre envoyée à tous les membres de l'Onu pour le soutenir) – nous sommes persuadés que le prochain Secrétaire général doit être un représentant du groupe d'Europe de l'Est. Il existe actuellement plusieurs candidats.

Question: Quels sont les prétendants?

Sergueï Lavrov: Pour l'instant des pays – le groupe a peu de chances de s'entendre. Une dizaine de candidats ont été avancés, dont des femmes. Le groupe pourra difficilement s'entendre mais les procédures d'élection du Secrétaire général et d'avancement des candidatures sont relativement souples. Il se pourrait que le groupe d'Europe orientale propose plusieurs candidats à l'étude de l'Assemblée générale. Au cours des consultations, qui se poursuivent, certains candidats pourraient quitter la course, mais il y aura à coup sûr plus d'un candidat. Je ne vois rien de terrible à ce que l'Assemblée générale reçoive une liste de plusieurs candidats.

Question: Un consensus n'est-il pas nécessaire?

Sergueï Lavrov: Il est obligatoire. La liste est d'abord soumise au Conseil de sécurité des Nations unies, qui a ses propres méthodes de travail: il y a le vote aveugle non contraignant pour que personne ne sache "qui vote pour qui", mais comprendre quel candidat recueille les neuf voix nécessaires, ainsi que d'autres "ruses".

Dans la situation actuelle, je pense que l'issue la plus plausible serait la remise à l'Assemblée générale d'une liste de plusieurs candidats. Il y a toujours eu une seule candidature parce que le Conseil de sécurité filtrait les candidats via ses procédures. Cette fois, simplement en connaissant les prétendants connus, je ne vois pas comment on pourrait faire en sorte qu'il n'en reste qu'un seul sans offenser d'autres candidats parfaitement valables.

mid.ru

Mesdames et Messieurs,

Notre entretien avec le Ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a été très riche et s'est déroulé, traditionnellement, dans une atmosphère de confiance et d'amitié.

Nous avons noté que les relations entre nos deux pays connaissaient une évolution dynamique et positive. Nous avons réaffirmé notre attachement mutuel à la coopération dans divers domaines. Le Président russe Vladimir Poutine et le Président iranien Hassan Rohani en ont parlé lors de leurs nombreuses rencontres. La dernière de ces entrevues a eu lieu à Oufa en marge des sommets des Brics et de l'OCS.

Une attention particulière a été accordée à l'approfondissement et au développement des relations commerciales et économiques. Nous avons convenu d'organiser cet automne (probablement en octobre) la prochaine réunion de la Commission intergouvernementale mixte pour la coopération commerciale et économique. Selon la Russie et l'Iran, c'est un outil important qui aide à mettre au point de manière efficace nos approches communes pour approfondir les liens économiques ou encore d'investissements.

Nous coopérons étroitement au niveau des ministères des Affaires étrangères sur la base du Protocole pour 2015-2018 qui permet d'assurer une coordination étroite des approches concernant divers problèmes régionaux et internationaux.

Nous avons exprimé une nouvelle fois notre soutien au succès des négociations sur le programme nucléaire iranien. Nous sommes satisfaits par l'adoption du Plan d'action commun global. Nous espérons que ce Plan, tout comme la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui l'approuve, entrera en vigueur dans les semaines à venir. Selon nous, ce Plan permettra non seulement de normaliser la situation autour du programme nucléaire iranien tout en respectant le droit de l'Iran d'exercer une activité nucléaire pacifique, mais d'offrir également l'opportunité de renforcer la confiance dans la région, de lever les barrières empêchant une coopération économique et politique normale au niveau régional avec une participation à part entière de l'Iran.

Nous avons échangé nos points de vue sur la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Une attention particulière a été accordée à la contribution au règlement de la crise syrienne, qui ne peut être que pacifique, politique et diplomatique grâce aux négociations entre les parties syriennes sans aucune ingérence extérieure. Seuls les Syriens pourront décider du sort de leur pays.

Nos approches convergent en ce qui concerne les événements en Irak, au Yémen, en Afghanistan, en Libye et d'autres points chauds de la région. Sur tous ces sujets la Russie et l'Iran prônent un règlement des problèmes à travers un dialogue national sans ingérence extérieure ni imposer de recettes quelconques.

Nous sommes satisfaits par cet entretien important. Les ministres des Affaires étrangères se rencontrent régulièrement. Monsieur le Ministre a confirmé mon invitation à Téhéran, dont je profiterai avec plaisir dans les délais convenus.

Question: Ces dernières années, la Russie a adopté une posture intransigeante et constructive vis-à-vis de la crise syrienne. Compte tenu des informations rapportées par certaines agences de presse, cette position est-elle inchangée ou faut-il s'attendre à du nouveau?

Sergueï Lavrov: Il est regrettable que vous ne soyez pas présent à nos conférences de presse où ce thème est constamment soulevé. Avec les moyens de communication modernes, il est possible de revenir quelques jours ou semaines en arrière pour retrouver ce que nous avons dit à ce sujet. Notre position n'a pas changé: nous avons toujours prôné le droit des Syriens à décider eux-mêmes du sort de leur État sans ingérence extérieure, sans conditions préalables ni recettes imposées par des "acteurs extérieurs". Nous nous basons toujours sur le Communiqué de Genève du 30 juin 2012 qui stipule que les solutions permettant de surmonter la crise syrienne doivent être trouvées dans le cadre de négociations entre le Gouvernement syrien et tous les membres de l'opposition. Toutes les décisions concernant les phases de transition et les réformes dans ce pays, prises pendant les négociations entre le Gouvernement et l'opposition, doivent être basées sur une entente mutuelle. C'est tout.

Durant les entretiens avec mes collègues américains, du Moyen-Orient et du Golfe, nous constatons notre convergence de positions en ce qui concerne le besoin d'assurer un règlement exclusivement pacifique de la crise syrienne. De la même manière, nous admettons à voix haute la présence de divergences, y compris en ce qui concerne la manière de décider du sort du Président syrien légitime Bachar al-Assad. Si certains de nos partenaires pensent qu'il faut obligatoirement s'entendre au préalable pour qu'à la fin de la période de transition le Président quitte son poste, cette position est inacceptable pour la Russie, et nous le disons ouvertement. C'est au peuple syrien de décider. Il faut s'asseoir à la table des négociations et cesser de faire semblant que seul un groupe d'opposition a toute la légitimité que lui aurait accordée la communauté internationale. Il faut faire en sorte que tous les milieux d'opposition soient représentés dans la délégation qui devra élaborer une plateforme constructive sans aucune condition préalable pour les négociations avec la délégation du Gouvernement syrien légitime. Telle est notre position. J'espère qu'en parcourant le compte-rendu des dernières conférences de presse (des derniers mois, voire années) tout le monde pourra s'assurer que cette position n'a pas changé depuis le début de la crise syrienne.

Question: J'espère que cette visite contribuera au renforcement de la confiance et au développement des relations russo-iraniennes. Quels domaines exactement seront couverts par le nouveau cycle de coopération entre les deux pays après l'accord sur le dossier nucléaire iranien?

Sergueï Lavrov (ajoute après Mohammad Javad Zarif): Je voudrais ajouter deux mots sur les axes de notre coopération. Comme nous l'avons déjà noté, elle est globale et recouvre tous les secteurs clés de coopération entre nos États. Je soulignerais particulièrement l'économie et les hautes technologies: c'est l'énergie nucléaire, qui s'appuie sur l'achèvement réussi du projet de centrale nucléaire de Bouchehr, ainsi que sur le Protocole et les contrats intergouvernementaux signés en 2014 pour la construction de huit blocs russes supplémentaires en Iran. C'est un secteur très prometteur et important qui renforcera le secteur énergétique du pays et assurera dans le même temps le respect du régime de non-prolifération, tout en respectant les droits de l'Iran à un programme nucléaire pacifique.

C'est également l'énergie non nucléaire, dont nous avons aussi parlé aujourd'hui. Dans ce domaine les perspectives sont bonnes, de la même manière que dans la coopération pour le développement de l'infrastructure, notamment ferroviaire. Nous souhaitons que les fournitures de produits agroalimentaires d'Iran en Russie augmentent et que la coopération commerciale, économique et scientifique en mer Caspienne se développe. Bien évidemment, sur la question caspienne nous participons aux négociations des cinq pays du littoral pour élaborer une convention sur le statut juridique de ce bassin.

Je voudrais aussi souligner la coopération militaro-technique. En janvier 2015, le Ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou s'est rendu à Téhéran où a été signé l'Accord sur la coopération militaire, y compris dans le contexte de la problématique caspienne. La prévention des risques et des menaces qui existent dans cette région et pourraient s'aggraver est une tâche importante.

Notre coopération au niveau socio-culturel est aussi importante. Nous en avons parlé aujourd'hui, y compris dans le contexte des négociations sur l'ouverture en Iran d'un Centre culturel russe et de la signature d'un accord à cet effet.

Nous avons également évoqué l'accélération de la mise au point des paramètres d'un accord permettant de simplifier le régime de visas pour les citoyens russes et iraniens, et bien d'autres.

Nos liens au format bilatéral sont très riches et je suis convaincu qu'ils sont dans l'intérêt de nos peuples.

Question: La semaine dernière, les États-Unis ont menacé d'évoquer au Conseil de sécurité des Nations unies la visite du général Qassem Suleimani à Moscou. La partie américaine soupçonne la Russie de transgresser le régime des sanctions de l'Onu contre l'Iran. Quelles démarches sont entreprises par Moscou pour rassurer les Américains?

Sergueï Lavrov: Des commentaires ont déjà été faits au sujet de ces rumeurs, et je n'ai rien à ajouter concernant cet épisode concret, qui ne fait que compléter la liste des suspicions de nos collègues américains. Les rumeurs restent des rumeurs.

Mais sur les faits incontestables, le régime des sanctions a été transgressé de manière flagrante par les Américains quand ils ont relâché de la prison de Guantanamo, où sont détenus illégalement des dizaines de citoyens de divers pays, plusieurs personnes figurant sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, des membres d'Al-Qaïda et des structures affiliées. Quatre figurants de cette liste ont été échangés contre un soldat américain capturé au Moyen-Orient, dans un pays de la région – soi-disant en échange d'un Américain sauvé. Cependant, ni le Conseil de sécurité des Nations unies ni son comité chargé de veiller au respect de ces sanctions n'ont été informés de l'envoi de ces détenus dans le pays qui avait décidé de les accepter. Mais on l'avait crié sur tous les toits. D'ailleurs, selon nos informations, ces quatre figurants de la liste du Conseil de sécurité des Nations unies libérés s'efforcent ou sont déjà arrivés en Afghanistan pour reprendre les activités qu'ils menaient avant leur capture par les Américains. Tout cela pour répondre à la question sur le rapport entre les rumeurs et les faits.

Sur un plan plus large, nous ne nous engageons pas à respecter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies pour, comme vous l'avez dit, "rassurer les Américains". Il y a préoccupations et préoccupations. Les Américains en ont beaucoup. Notamment l'exemple mentionné. Quand ils accusent sans fondement la Russie de violer le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, nous demandons de fournir les preuves, mais ils ne le font pas en disant "vous savez tout vous-mêmes alors allez-y, justifiez-vous". Au moins trois soupçons concrets de transgression du traité par les Américains, appuyés par des faits réels, sont balayés par les USA qui disent que chez eux "tout va bien".

Alors nous ne orientons pas sur les soupçons de la partie américaine et ne cherchons pas à s'efforcer de les rassurer à chaque fois que quelque chose préoccupe les USA, mais orientons-nous sur des faits. Si des préoccupations sont fondées, nous n'esquivons jamais une conversation concrète. Nous n'avons pas l'intention de réagir chaque fois à quelque chose d'aussi abstrait que des rumeurs.

Question: Six mois se sont écoulés depuis la signature des Accords de Minsk. Le Ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier qualifiait hier la situation d'"explosive". D'après vous, n'est-il pas temps d'organiser un nouveau sommet au "format Normandie"? On entend également des appels à organiser une réunion d'urgence entre les représentants de Kiev, de Donetsk et de Lougansk. Est-ce possible?

Sergueï Lavrov: En effet nous sommes très préoccupés par l'application des Accords de Minsk du 12 février 2015. J'en parle régulièrement avec mes collègues. Je viens d'évoquer le sujet avec le Secrétaire d’État américain John Kerry et le Ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier. Nous avons fait part de nos appréciations à la France – autre pays "garant" des Accords de Minsk avec l'Allemagne et la Russie.

La situation sur les différents fronts est alarmante – on peut désormais parler de "front" et non de "ligne de contact". Pendant longtemps, en réponse aux appels du "quartet de Normandie", des négociations ont eu lieu sur la démilitarisation de Chirokino et le retrait des armements de moins de 100 mm à 15 km de chaque côté, mais la procédure n'a pas pu être mise au point à cause de la position changeante de Kiev. Puis, comme vous le savez, les républiques autoproclamées ont entrepris des actions unilatérales – elles ont retiré toutes leurs unités armées de Chirokino et reculé de 3 km les armements qui s'y trouvaient. Nous espérions qu'un tel geste de bonne volonté susciterait la réciprocité de l'armée ukrainienne, mais ce ne fut pas le cas. Les unités du bataillon volontaire Azov retirées de Chirokino ont cédé la place à l'armée ukrainienne régulière. Selon certaines informations des fantassins de marine sont également présents sur le terrain, ce qui pousse à tirer certaines conclusions. Le retrait des armements de la ligne de contact, déjà convenu, n'a pas été signé à la réunion du Groupe de contact parce qu'au dernier moment la partie ukrainienne a changé d'avis en renonçant aux accords préalables. A la question de savoir pourquoi, elle a répondu: "Nous avons approuvé quelque chose ici, mais Kiev nous a dit que nous ne devions pas".

Nous sommes préoccupés par les événements des derniers jours, qui ressemblent à une préparation à de nouvelles opérations. C'était le cas en août 2014 quand l'armée ukrainienne avait reçu l'ordre d'attaquer. Quand l'offensive s'est enlisée, ils ont accepté de négocier pour déboucher sur Minsk 1. C'était le cas en janvier 2015 quand une autre tentative avait été entreprise pour régler la situation par la force, qui avait échoué une nouvelle fois. La partie ukrainienne avait à nouveau accepté de négocier et nous étions parvenus aux accords de Minsk 2. Je pense qu'il ne faut plus expérimenter et tenter le destin, mais simplement mettre en œuvre les termes des Accords de Minsk. Je ne veux pas uniquement parler de la détente militaire, mais également du lancement du processus politique très clairement prescrit dans les Accords de Minsk, qui consiste en des amendements à la Constitution qui fixeraient les droits des territoires contrôlés par les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk - droits formulés noir sur blanc par les dirigeants de l'Allemagne et de la France aux négociations de Minsk le 12 février et qui doivent être fixés mot pour mot dans la Constitution. Au lieu de cela on adopte des amendements transitoires disant qu'un jour des territoires quelconques, quelque part en Ukraine, recevront un statut particulier, puis cette promesse est reportée dans un autre chapitre de la Constitution. Kiev déclare que l'Ukraine a rempli ses engagements, et le Vice-président Joe Biden écrit au Parlement ukrainien une lettre pour féliciter le pays d'avoir réglé le problème de la décentralisation simplement en promettant quelque part un jour de réfléchir à quelque chose en termes d'administration autonome quelque part en Ukraine.

La Russie a préparé un document officieux détaillé de huit pages, analysant dans quelle mesure les actions des autorités ukrainiennes correspondaient aux engagements pris par le Président ukrainien Petro Porochenko dans le cadre des Accords de Minsk, notamment du processus politique. Nous avons remis ce document aux membres du "quartet de Normandie", y compris l'Ukraine, ainsi qu'aux USA.

Faut-il recourir au "format Normandie"? Oui, je pense qu'il le faut parce qu'en fin de compte il a soutenu les Accords du 12 février 2015 signés par des représentants de Kiev, de Donetsk et de Lougansk en présence de la Russie et de l'OSCE. Le "quartet de Normandie", notamment l'Allemagne et la France, est responsable de la manière dont les autorités ukrainiennes tiennent ces engagements. Nous sommes prêts à organiser des réunions, d'abord au niveau des experts, autour de deux documents: les Accords et Minsk et les amendements adoptés par le Parlement ukrainien à la Constitution de l'Ukraine, ainsi que les documents adoptés par le Parlement ukrainien sur l'organisation des élections municipales dans le Donbass et l'octroi à ces territoires d'un statut particulier. La simple comparaison des engagements du Président ukrainien Petro Porochenko et de ce qui a été fait à Kiev devrait être très passionnante. Nous sommes prêts à une telle conversation avec ceux qui garantissaient la bonne foi des actes de la partie ukrainienne.

Les négociations directes entre Kiev, Lougansk et Donetsk étaient le fond des accords conclus à Minsk, et sans cela nous ne pourrons pas avancer. Il existe un Groupe de contact avec quatre sous-groupes dans le cadre desquels il serait possible de travailler pour surmonter tous les obstacles empêchant de remplir les Accords de Minsk du 12 février 2015. La partie ukrainienne cherche constamment à éviter ces contacts ou à imposer une approche pour régler toutes les questions sans la participation de Donetsk et de Lougansk, puis en les mettant devant le fait accompli. Tout cela est très alarmant. J'espère que les réunions du Groupe de contact et de ses sous-groupes, prévues la semaine prochaine, renverseront enfin la tendance qu'a Kiev à refuser le dialogue direct, et qu'avec nos partenaires du "quartet de Normandie" et nos collègues américains, qui nous assuraient vouloir sincèrement la mise en œuvre à part entière de Minsk 2, nous pourrons aider à établir ce dialogue direct.

Malheureusement, pour l'instant, nous voyons que l'Ukraine tente d'échauffer la situation avec des déclarations complètement insensées. Citons l'exemple de la récente interview accordée par le Président ukrainien Petro Porochenko au journal français Libération.Pour caractériser la politique de la Russie il a répondu: "Poutine veut toute l'Europe. L'agression de la Russie est-elle possible contre la Finlande? Oui. Conter les pays baltes? Bien sûr. En mer Noire? Oui. C'est pourquoi l'Ukraine se bat non seulement pour sa souveraineté et son intégrité, mais aussi pour la démocratie, la liberté et la sécurité du Continent européen tout entier". Il est clair qu'un individu avançant de tels propos (il demande lui-même si le Président russe Vladimir Poutine est prêt à attaquer toute l'Europe et répond lui-même que oui) est préoccupé davantage par l'alimentation de la russophobie en Occident pour exacerber artificiellement la tension, détournant ainsi l'attention de son incapacité à remplir ses engagements. La réticence au compromis dont font preuve les autorités de Kiev nous préoccupe énormément, c'est pourquoi nous espérons que les membres du "quartet de Normandie" voient bien toutes ces manœuvres et constatent les efforts de la Russie pour assurer la mise en œuvre des Accords de Minsk par toutes les parties, qu'ils comprennent le jeu dans lequel le gouvernement ukrainien cherche à les attirer.

mid.ru

Mesdames et messieurs,

Nous venons de terminer des négociations très utiles et confidentielles qui, selon nous, méritent une estimation positive lors de cette conférence de presse.

Nos relations sont traditionnellement amicales. Nous sommes réunis par la similitude voire la convergence de nos approches des problèmes-clés du monde d'aujourd'hui.

Nous avons accordé une attention particulière au développement des rapports bilatéraux, qui enregistrent une dynamique positive, notamment dans le domaine économique et social. La poursuite de la coopération dans les domaines du pétrole, du gaz, de l'électricité et de la coopération militaire et technique reste également très importante. Des acteurs économiques russes tels que Lukoil, Gazprom neft et d'autres entreprises travaillent activement en Irak et apportent une contribution considérable aux revenus du budget irakien.

 

Mesdames, Messieurs,

Bienvenue à notre événement traditionnel, qui vise à tirer le bilan de l'année écoulée.

En 2014, la situation a été plus difficile qu'au cours des années précédentes – aux conflits chroniques, qui couvaient et brûlaient depuis longtemps, se sont ajoutés de nouveaux foyers de tension dangereux. La situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord suscite une inquiétude particulière, car on constate une menace croissante des forces extrémistes et terroristes dans la région, qui se déplacent au-delà de ses frontières et sur lesquelles la Russie attirait depuis longtemps l'attention de ses partenaires. Les risques d'approfondissement des fractures interconfessionnelles et intercivilisationnelles demeurent. La situation de l'économie mondiale est loin d'être certaine.

Tous les événements survenus ces dernières années indiquent clairement que les problèmes de sécurité mondiale et de stabilité ne peuvent être surmontés qu'ensemble. Plusieurs tendances négatives empêchent la coordination des actions de solidarité communes au sein de la communauté internationale, avant tout les contradictions fondamentales entre le processus objectif de dispersion de la puissance globale pour former un ordre mondial multipolaire plus démocratique, d'une part, et les tentatives insistantes de "l'Occident historique" de conserver à tout prix le leadership dans les affaires mondiales, imposer, y compris par la force, ses approches et valeurs à d'autres acteurs des relations internationales, d'autre part. Cette tendance s'est reflétée comme un miroir dans la situation en Ukraine.

Je ne m'arrêterai pas en détails sur notre vision (vous la connaissez) de la manière dont tout s'est produit dans cet État voisin, qui nous est fraternel. Je dirais simplement que la Russie est fermement engagée pour un règlement exclusivement pacifique et intégral de la crise ukrainienne. Les accords de Minsk, convenus notamment grâce à l'initiative du Président russe Vladimir Poutine, sont une base réaliste pour un tel règlement. Initier un dialogue direct panukrainien est une nécessité absolue à l'heure actuelle. Dans le cadre de ce dialogue, il faut se consulter objectivement et convenir de la structure constitutionnelle du pays pour qu'il soit confortable et sûr pour tous les Ukrainiens. Il est réjouissant de voir, selon moi, que nos partenaires occidentaux commencent également à comprendre l'absence d'alternative à cette approche. J'espère qu'à terme, les contacts à divers niveaux et formats permettront d'avancer dans ce sens.

La population ukrainienne doit elle-même déterminer son avenir, sans ingérence extérieure. Dans ce contexte, compte tenu de la gravité de la crise dans le Sud-Est de l'Ukraine, les contacts directs entre Kiev et les représentants des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk autoproclamées sont primordiaux. Tous les autres formats impliquant la participation d'"acteurs extérieurs", dont le "format Normandie", ainsi que l'activité de l'OSCE, doivent contribuer à un dialogue stable sur toutes les questions à régler pour surmonter la crise. La Russie continuera de contribuer à la création de conditions favorables à ce règlement précis des problèmes d'envergure auxquels l'Ukraine fait face.

Nous entendons de nombreuses déclarations de la part de nos partenaires occidentaux, selon lesquelles il faudrait continuer d'isoler la Russie. C'est ce qu'a déclaré également le Président américain Barack Obama dans son allocution d'hier. Ces tentatives n'apporteront aucun résultat. Malgré ces dispositions de nos partenaires occidentaux, dans son allocution devant l'Assemblée fédérale russe le Président Vladimir Poutine a souligné et a clairement laissé entendre que la Russie ne s'engagerait jamais sur la voie de l'auto-isolement, de la méfiance et de la recherche d'ennemis. Nous menons une politique étrangère active, en défendant logiquement nos intérêts nationaux sans pour autant chercher la confrontation. Nous sommes toujours prêts à faire des compromis raisonnables respectant l'équilibre des intérêts, nous cherchons à avoir un impact sur la situation internationale pour la rendre plus saine, renforcer la sécurité et nous promouvons un ordre du jour pacifique tourné vers l'avenir. Nous insistons sur le fait que seuls des efforts collectifs permettront de parer les défis et les menaces devenues communes pour toute l'humanité, en s'appuyant sur le droit international et le rôle de coordination central de l'Onu.

En 2014, la Russie a activement travaillé selon divers formats multilatéraux, y compris le G20, les Brics et l'OCS, dont les sommets se dérouleront cette année en Russie à Oufa. Nous profiterons de la présidence russe pour donner une nouvelle impulsion à l'activité de ces formats de coopération. Dans le cadre du groupe des Brics, il est avant tout question de convenir des documents importants dans le domaine économique – la stratégie de partenariat économique et la feuille de route de coopération en matières d’investissements. Il est prévu de signer un accord sur les liens culturels, d'ouvrir de nouvelles pistes de coopération. Un secrétariat virtuel du Brics sera également lancé.

Le Traité sur l'Union économique eurasiatique (UEE), qui est entré en vigueur le 1er janvier 2015, a été un très grand pas pour l'intégration dans l'espace postsoviétique. L'Arménie est devenue membre à part entière de l'UEE le 2 janvier et l'adhésion du Kirghizstan sera bientôt effective. Bien évidemment, l'intérêt que nous ressentons pour ce processus de la part de beaucoup de nos partenaires est très révélateur. Nous saluons l'aspiration de divers États de se joindre à la coopération avec l'UEE. Plusieurs dizaines de pays ont déjà exprimé leur volonté d'entamer des consultations pour une éventuelle signature d'un accord de libre-échange avec cette union.

L'an dernier, alors qu'elle présidait l'OTSC, la Russie a accordé une attention particulière à l'amélioration de l'efficacité de l'Organisation, au perfectionnement de ses mécanismes de réaction rapide et de son potentiel de maintien de la paix.

Quant à l'axe européen, la ligne adoptée par Bruxelles au vu de la crise ukrainienne a entraîné un déclin conséquent dans notre coopération avec l'UE et l'aggravation de nombreux points problématiques de notre ordre du jour dans le domaine politique et économique. Nous pensons qu'il faut aspirer à surmonter ces problèmes de manière systémique, grâce à un travail équitable mené dans le respect mutuel. Nous souhaitons toujours le développement progressif d'une coopération équitable et mutuellement bénéfique avec l'Union européenne. Depuis des années, nous appelons nos partenaires à commencer un travail objectif sur le projet d'"intégration des intégrations", c'est-à-dire l'établissement d'une série de mesures pour la formation d'un espace économique et humanitaire commun de l'Atlantique au Pacifique en s'appuyant sur les principes d'indivisibilité de la sécurité et d'une large coopération. Nous avons soumis cette proposition à l'OSCE dans le cadre de son activité pour le deuxième "panier économique" et n'avons pas rencontré de réticence. J'espère que nous pourrons commencer ce travail. Nous sommes convaincus que la coordination de nos orientations stratégiques permettrait d'assurer un développement harmonieux de tous les pays de la Grande Europe, qu'ils fassent ou non partie des organismes d'intégration existants. Lancer des négociations pour un accord de libre-échange entre l'UEE et l'UE pourrait être un premier pas – cette initiative, qui reste d'actualité, a été avancée en janvier 2014 par le Président russe Vladimir Poutine au sommet de l'UE à Bruxelles.

Sur le "front" américain, les relations entre Moscou et Washington se sont sérieusement aggravées. L'administration américaine a fermé le dialogue bilatéral dans la plupart des domaines. Nous appelons nos partenaires américains à revenir sur la voie d'une coopération constructive aussi bien sur les questions bilatérales que sur l'arène internationale, où nos pays ont une responsabilité particulière. Un tel dialogue n'est possible que sur une base équitable et en tenant compte des intérêts mutuels de nos pays.

Suite aux agissements des USA, la disposition à la confrontation a pris le dessus à l'Otan – l'Alliance a pris la décision absolument politisée de suspendre la coopération sur les axes militaire et civil, pratiquement tous les projets ont été gelés. Ce n'est pas notre choix, nous ne voulons pas et nous ne permettrons pas de nouvelle guerre froide. Nos partenaires occidentaux doivent comprendre qu'il est impossible d'assurer la sécurité dans le monde contemporain en tentant des actions unilatérales et en faisant pression sur les partenaires dans le travail conjoint, qui en souffre sérieusement.

Nous avons maintenu nos efforts pour poursuivre l'intégration de la Russie à la région Asie-Pacifique. Le Président russe Vladimir Poutine a noté à plusieurs reprises que la coopération dans cette région avait un caractère stratégique et prioritaire pour nous au XXIe siècle, ce qui est important, notamment pour le développement des régions de l'est de la Russie. Dans le même temps, nous avons souligné et soulignons aujourd'hui que nous ne nous engageons pas dans cette voie à titre d'alternative aux relations avec l'Europe et l'Occident dans l'ensemble, mais parallèlement à leur approfondissement, à condition bien sûr que ce soit réciproque de la part de nos partenaires européens.

Nous avons progressivement élargi les liens entre la Russie et la Chine. Lors de la visite du Président russe Vladimir Poutine en mai dernier, une cinquantaine d'accords ont été signés et vous en avez été informés en détails. Notre partenariat avec la Chine sur l'arène internationale s'est solidement affirmé en tant qu'élément important pour soutenir la sécurité et la stabilité, régionale comme internationale.

Nous avons renforcé notre partenariat stratégique avec l'Inde, le Viêt Nam, notre coopération avec d'autres pays de la région, élargi la participation dans l'activité des mécanismes multilatéraux en Asie-Pacifique. Nos relations avec les pays d'Amérique latine et d'Afrique, ainsi qu'avec des associations d'intégration et des structures régionales dans cette région ont continué de s'approfondir.

La Russie a très activement cherché à contribuer au règlement de plusieurs situations conflictuelles. La démilitarisation chimique réussie de la Syrie a été possible grâce à l'implication directe de notre pays – cette initiative russo-américaine a mis en évidence qu'il était possible de se surpasser et d'arriver à une coopération fructueuse quand les actions communes sont guidées par les intérêts premiers et non des notions conjoncturelles. Nous avons entrepris des efforts cohérents pour contribuer au règlement de la crise politique syrienne en mettant en place les conditions nécessaires pour un dialogue direct entre les représentants du gouvernement syrien et tous les groupes d'opposition importants.

En 2014, c'est l’État islamique qui a représenté la plus importante menace pour le Moyen-Orient et l'Afrique du nord (MENA). Nous considérons la lutte contre le terrorisme comme l'une de nos priorités. Nous avons suggéré de procéder, sous l'égide du Conseil de sécurité des Nations unies, à une analyse complexe des risques dans l'ensemble de cette région. Personne n'a formulé d'objections. Nous continuons de travailler sur cette initiative cruciale.

Les efforts de la Russie dans le cadre des Six médiateurs internationaux ont contribué à avancer au sujet du programme nucléaire iranien. En dépit des difficultés qui persistent, le travail se poursuit. Nous avons toutes les raisons de compter sur un résultat.

Parmi nos priorités figurent toujours la protection des droits et des intérêts de nos compatriotes à l'étranger, l'extension des échanges internationaux humanitaires et culturels. Nous avons activement aidé nos entreprises dans leurs activités sur les marchés mondiaux, pour attirer de nouveaux exportateurs de marchandises et de services, pour élargir la géographie des marchés pour les produits russes. Nous avons accordé une attention particulière au travail d'information et avons accompagné l'activité politique étrangère par de larges contacts avec les médias et la communauté internationale.

Dans l'ensemble, nous avons fait le maximum pour créer des conditions favorables au développement général du pays et à l'amélioration du niveau de vie de nos citoyens – des tâches décrites comme prioritaires dans le Décret présidentiel 605 du 7 mai 2012 sur les mesures pour appliquer la ligne politique étrangère de la Fédération de Russie, centrales dans le Concept de la politique étrangère de la Fédération de Russie, qui exigent que nous fassions tout pour créer les conditions extérieures les plus favorables possibles à un développement général de notre pays, à l'amélioration du niveau de vie des citoyens et à leur protection sur l'arène internationale.

Je terminerai là-dessus mon discours d'introduction. Je suis prêt à répondre à vos questions.

Question: Les négociations au "format Normandie" devraient reprendre ce soir à Berlin, alors que les bombardements s'intensifient dans le Sud de l'Ukraine. Le cycle de négociations précédent, le 12 janvier, n'avait pas apporté les résultats escomptés. Quels différends concrets empêchent aujourd'hui les parties de s'entendre? Quelles sont les attentes de Moscou à l'occasion de cette réunion à Berlin?

Sergueï Lavrov: Nous sommes particulièrement préoccupés par le nouvel élan de violence dans le Sud-Est de l'Ukraine, qui avait été précédé par des déclarations belliqueuses de Kiev et l'annonce, par le Président Piotr Porochenko, de nouvelles vagues de mobilisation à partir de 100 000 hommes. De nouveaux armements, matériel militaire et unités ont été projetés vers le Sud-Est durant l'accalmie relative des combats. En d'autres termes, la préparation d'une nouvelle tentative de réprimer la résistance par la force, en renonçant au règlement politique des problèmes survenus après le coup d’État en Ukraine du 22 février 2014, était dans l'air. Quand une "étincelle" s'est produite et que le cycle actuel du conflit est passé une nouvelle fois en phase militaire, nous avons tout fait pour stopper l'effusion de sang. Nous continuons de le prôner. Il faut arrêter de chercher à reprendre tantôt une commune, tantôt une autre. Le plus important est de cesser immédiatement les bombardements - y compris aériens - avec des armements lourds visant les communes comme Donetsk et d'autres grandes villes de la région.

Je suis persuadé que nos collègues étrangers (qu'il s'agisse des journalistes étrangers, qui sont nombreux ici, ou surtout les diplomates qui travaillent à Moscou) regardent les reportages en direct sur les chaînes russes, dont Rossia 24, réalisés directement sur les lieux des bombardements. C'est impossible de ne pas voir l'horreur des événements! Je comprends que certains médias ne risquent pas d'envoyer leurs journalistes dans un tel point chaud, mais les images en direct de la télévision russe sont tout de même accessibles. Montrons davantage de vérité.

Nous chercherons à faire cesser le feu sans délai, et défendrons cette idée comme la principale priorité aujourd'hui au "format Normandie" pour que nos collègues occidentaux – en l'occurrence la France et l'Allemagne, qui participent à ces négociations avec la Russie et l'Ukraine – haussent le ton et appellent une fois de plus les autorités ukrainiennes à empêcher la dérive vers le scénario militaire. C'est la tâche prioritaire.

Ensuite, il est important d'entreprendre des démarches pour prévenir la reprise des opérations militaires. Pour cela, il est nécessaire avant tout de retirer les armements lourds des deux côtés de la ligne de contact. Comme convenu à Minsk. Après cela, à la demande du Président ukrainien Piotr Porochenko, a été créé un Centre russo-ukrainien conjoint de coordination et de contrôle, où travaillent les officiers russes et ukrainiens en collaboration avec les représentants des insurgés et de l'OSCE. Ce sont des professionnels qui doivent convenir "au sol" des mesures concrètes pour retirer les armements lourds des parties. Nous ne sommes pas parvenus à le faire pendant une longue période, avant tout parce que la ligne de contact définie dans le mémorandum de Minsk du 19 septembre (2014) ne correspondait pas à celle de facto sur place. Certains territoires se trouvant du côté des autorités ukrainiennes sont contrôlés par les insurgés. Toute l'énergie de ces négociations visait à faire correspondre la ligne de contact réelle sur les lieux à l'annexe aux accords de Minsk relatif à cette question.

Compte tenu de l'échec de ces tentatives (pour des causes objectives également) et du fait que nous cherchons à régler le conflit en conservant l'intégrité territoriale de l'Ukraine et en garantissant les droits de la population du Sud-Est au sein de l’État ukrainien (pour cela il faut initier un processus politique), et partant du fait que tout le monde reconnaît la nécessité de rétablir l'intégrité territoriale de l'Ukraine, le Président russe Vladimir Poutine a proposé de ne pas s'enliser dans des litiges sur la ligne de contact en retirant les armements lourds de la ligne définie dans les accords de Minsk, et non factuelle. C'est très difficile à contester. D'ailleurs, si cela se produisait, la situation au sol se normaliserait. L'Ukraine insiste sur la ligne définie dans l'annexe au mémorandum de Minsk du 19 septembre, et nous soutenons cette position.

Nous avons profité de notre influence sur les dirigeants des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, et ils sont d'accord également. Par conséquent, c'est précisément ce qui doit être fait maintenant. Nous soulèverons cette question pendant la réunion d'aujourd'hui à Berlin pour que l'Allemagne et la France, et avec elles l'Union européenne, soutiennent cette approche. D'après la réaction - pour l'instant orale - du Président ukrainien Piotr Porochenko à la lettre du Président russe Vladimir Poutine du 15 janvier dernier, nous avons senti qu'en principe il était prêt à en parler, mais il soulève des questions, dont certaines sont plutôt techniques et peuvent être convenues sur place par les représentants qui travaillent au Centre conjoint de coordination et de contrôle.

Cependant, dans un entretien avec l'Ambassadeur de Russie en Ukraine M. Zourabov, le Président ukrainien Piotr Porochenko aurait mentionné que dans sa lettre le Président russe Vladimir Poutine préconisait aux parties de retirer leurs armements lourds, sans préciser de quelle ligne. C'est faux. Cette ligne a été clairement mentionnée: c'est la ligne de contact reconnue et exigée par la partie ukrainienne. Les insurgés sont également d'accord, nous y avons activement contribué. Elle n'est plus contestée et désormais il n'est plus difficile d'en éloigner les armements lourds. Tout le reste a été convenu: la distance de retrait de l'artillerie, des lance-roquettes multiples, etc. Cela fera partie des questions centrales que nous évoquerons aujourd'hui à Berlin. Évidemment, il ne s'agit pas des aspects militaires concrets du sujet, mais de la nécessité d'une décision politique que Kiev doit prendre pour soutenir cette approche.

Nous aborderons également les aspects politiques du règlement du conflit, que nous soulevons toujours dans tous les formats. La réforme constitutionnelle est une tâche systémique que les autorités ukrainiennes font traîner contrairement à leurs nombreuses promesses, qui fait également partie des objectifs décrits dans les accords de Minsk, comme le statut particulier des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Nous avançons sur tous ces sujets et nous avons des propositions à faire. La tâche n'est pas simple vu le niveau élevé de politisation et d'émotivité des événements. Mais nous chercherons progressivement à examiner ces questions également, parce que seule une réforme politique pourra assurer le calme en Ukraine et régler cette crise.

Question: La Pologne estime qu'elle doit participer au processus de règlement politique de la crise ukrainienne, peut-être même en tant que cinquième membre du "quatuor Normandie". Est-ce possible et d'après vous, est-ce que cela apporterait une impulsion positive aux négociations?

Sergueï Lavrov: Ce n'est pas à moi d'en décider. Nous soutiendrons tout format qui serait acceptable pour Kiev et les insurgés. Engendrer des formats n'est pas plus important. Je ne m'oppose pas à une éventuelle augmentation du nombre de participants aux négociations. Il est important de comprendre quelle valeur ajoutée apportera chacun d'eux.

Dans le contexte d'autres conflits, les propositions de nouveaux formats sont faites quand l'une des parties se sent mal à l'aise dans les configurations existantes. Il ne faut pas que les propositions de changer de format soient utilisées pour détourner l'attention du fond du problème, qui est évidement le fait que l'Ukraine fait face à la nécessité de surmonter une profonde crise provoquée par un coup d’État, dont nous ressentons les conséquences jusqu'à présent.

Il est également important que l'Ukraine devienne une nation unie. C'est une question très complexe. Ce n'est pas par hasard que nous revenons constamment à la réforme constitutionnelle et attirons l'attention sur les causes initiales de cette crise.

Je me suis souvenu de quelques citations en me préparant pour cette conférence de presse. Immédiatement après le coup d’État, le nouveau Parlement ukrainien (en réalité le même que l'ancien, à la seule différence que certains ont été mis à la porte ou non admis) avait approuvé la loi sur les langues, ce qui était l'une de ses premières décisions, voire la première. La loi a été finalement adoptée mais le président par intérim de l'époque, le Président de la Rada Alexandre Tourtchinov, ne l'a pas signée.

Quand nous disons que tout cela est un coup d’État, que les actions contre le russe et d'autres langues ont bouleversé la société et ont poussé les putschistes à la résistance, on nous répond que cette loi n'est pas entrée en vigueur. Bien que formellement ce soit le cas, il reste un "arrière-goût". Cette initiative du Parlement ukrainien a montré ce que souhaite ce gouvernement – un État unitaire le plus ferme possible. Le 1er mars (2014), Dmitri Iaroch, actuellement député à la Rada, leader de Pravy Sektor (Secteur droit) et l'un des acteurs du coup d’État (ses combattants ont commis des atrocités sur le Maïdan, ont brûlé des policiers du Berkout, etc.), a déclaré: "Nous sommes contre les Russes en Crimée. Les Russes ne glorifieront pas Stepan Bandera et ne respecteront pas la foi gréco-catholique, l'histoire insurrectionnelle et notre langue. Il est impossible d'assimiler les Russes. Par conséquent, pour la prospérité de l'Ukraine le russe doit être éliminé et chassé de la Crimée". Ce sont les propos de l'un des "héros" de la "révolution" soutenue par nos collègues occidentaux. Je ne veux pas jouer sur des "cordes" nationales, mais Stepan Bandera est connu pour avoir publiquement appelé à exterminer les Polonais, toute la population masculine de Pologne.

Savoir qui sera assis à la table des négociations n'est pas important. De mon point de vue, nous sommes prêts à tout format acceptable pour Kiev et les représentants du Sud-Est. Le plus important est de savoir ce dont nous parlerons. Comme l'a récemment déclaré le Président ukrainien Piotr Porochenko, son principal objectif consiste à rétablir "l'ukrainéité" sur l'ensemble du territoire ukrainien. Nous voudrions comprendre ce qu'il a voulu dire par là. Comme Dmitri Iaroch, ou autre chose? Parce qu'il a mentionné également d'autres sujets, par exemple, ses propos sur les événements en Ossétie du Sud en août 2008 (je cite): "Je voudrais noter que la région du Caucase, l'Ukraine, la Biélorussie et les républiques baltes, tout comme toute l'Europe de l'Est, sont condamnées à vivre dans une tension permanente tant qu'il existera un "empire moscovite". L'unique gage d'un développement civilisé pacifique des nations qui restructurent leur vie à proximité de la Russie est l'élimination totale de "l'empire" et la construction, à sa place, d'un territoire composé d'entités étatiques nationales" (fin de citation).

Je ne veux pas trop attirer l'attention et faire de la publicité à cet individu, mais je dois le faire. Parce que quand nous mettions en garde contre l'encouragement de Pravy Sektor et de Svoboda (Liberté), dont le leader Oleg Tiagnibok a publiquement prôné le "nettoyage ethnique de l'Ukraine, sans Moscovites ni juifs", nos partenaires occidentaux "éclairés" disaient que ces gens étaient "légèrement nationalistes, à peine à droite du mainstream". Ce laxisme est très dangereux.

L'Ukraine a besoin d'une réforme constitutionnelle qui réconcilierait l'Ouest très nationaliste, le Centre et le Sud-Est, qui ont une compréhension différente de l'histoire et la vocation civilisationnelle, qui ont des héros et des fêtes différents. Il ne faut pas remettre cette affaire à plus tard. Bien que la tâche prioritaire soit, bien sûr, de mettre un terme à l'effusion de sang. Et nous ne ferons que saluer tout ce que peuvent faire la Pologne et d'autres pays de l'UE en tant qu’États ou membres de l'UE (par forcément comme participants à un nouveau format de négociations).

Question: Le Président russe Vladimir Poutine se rendra-t-il à la future commémoration organisée à l'ancien camp de concentration d'Auschwitz? D'après vous, doit-il y être présent?

Sergueï Lavrov: Le Président russe Vladimir Poutine n'y a pas été officiellement invité. Nous avons reçu une lettre du directeur du musée ou du comité qui organise la commémoration à l'occasion de l'anniversaire de l'Holocauste adressée à l'Ambassadeur de Russie pour annoncer qu'un tel événement serait organisé: venez si vous voulez; si vous venez, informez-nous qui sera présent. Ce n'est pas la peine de répondre à une telle invitation.

Nous y serons forcément représentés. Nous n'oublierons jamais les pages tragiques, et à la fois héroïques, de la Seconde Guerre mondiale. Nous avons apprécié la célébration récente en Pologne, à Varsovie et surtout à Krakow, de l'anniversaire de notre combat commun, de l'Insurrection de Varsovie, de la libération de la capitale et des villes polonaises par l'Armée rouge. Il y a quelques années, à l'occasion du jubilé précédent avec nos collègues polonais, nous avons organisé une exposition russe dans le camp d'Auschwitz qui reflétait parfaitement la contribution de notre pays à la libération de ce camp de concentration. Nous sommes reconnaissants à la direction du musée pour son traitement respectueux de notre mémoire historique commune. Nous serons représentés à la commémoration d'Auschwitz.

Question: L'allocution d'hier du Président américain Barack Obama n'est pas très positive du point de vue de l'établissement d'un large dialogue Russie-USA. Selon vous, quelles sont ses perspectives compte tenu de vos contacts actifs avec le Secrétaire d’État américain John Kerry? Y aura-t-il une nouvelle dynamique dans les relations russo-américaines?

Sergueï Lavrov: Comme je l'ai déjà mentionné, les Américains se sont engagés sur la voie de la confrontation et n'ont aucune vision critique de leurs propres démarches. Le discours d'hier du Président américain Barack Obama montre l'unique point central de la philosophie américaine – nous sommes numéro 1 et les autres doivent le reconnaître - ce qui est inopportun et ne correspond pas aux réalités d'aujourd'hui. La philosophie de la politique étrangère des USA est encore plus agressive: ils ne veulent pas être les premiers parmi les égaux, mais dominer le monde. Je pense que cela passera, même si ces changements prendront du temps. Les Américains prendront conscience du fait qu'il est impossible de soutenir cette position éternellement. Ils sont déjà contraints de demander de l'aide, étant dans l'incapacité de régler certains problèmes par leurs propres moyens. Les USA forment des coalitions, comme ce fut le cas en Irak et aujourd'hui dans leur lutte contre l’État islamique. Ils "alignent" l'Europe, notamment concernant la Russie.

Les Américains ont cette philosophie du "nous sommes numéro 1" dans le sang. Elle s'est formée depuis des années, à travers plusieurs décennies. C'est pourquoi il ne sera pas facile de changer cette philosophie et ce "fond génétique". Mais l'évolution objective du monde, l'apparition de puissants centres de croissance économique et d'influence financière, et dans le même temps de centres d'influence politique, sont indéniablement un processus objectif, et il faut en tenir compte. Je préférerais que tous les pays adoptent une philosophie de coopération, et non de diktat voilé dans des formes diplomatiques, mais qui tout de même fait parfois surface.

Par exemple, le vice-président américain Joe Biden a déclaré que les USA avaient imposé à l'Europe les sanctions antirusses, le Président Barack Obama l'a affirmé dans son discours sur le bilan de l'année dernière, et dans une interview il a énuméré parmi les principales réussites de la politique étrangère américaine le fait que les USA avaient forcé l'Europe à faire ce qu'ils souhaitaient vis-à-vis de notre pays. Je ne trouve pas cela très digne d'une grande puissance. Mais je suis convaincu que la logique du partenariat et des actions collectives basées sur l'élaboration d'approches communes au lieu d'une vision particulière prévaudra. C'est précisément ce que nous voulons. Quand nos partenaires acceptent d'agir ainsi, nous arrivons à des résultats. Le désarmement chimique de la Syrie et le sérieux progrès sur le programme nucléaire iranien en sont la preuve.

Question: Traditionnellement, l'Arménie respectait l'image du militaire russe. Mais une tragédie s'est produite à Gumri: un soldat russe a assassiné une famille entière. Comment cela a été possible? La Russie a-t-elle tout fait pour régler ce conflit? La position à ce sujet n'est-elle pas trop politisée?

Sergueï Lavrov: Premièrement, je veux une nouvelle fois réaffirmer nos sincères condoléances concernant cet horrible crime contre la famille Avetissian. Des gens parfaitement innocents ont été tués. Sergueï, le bébé de six mois, est décédé hier. J'ai spécialement téléphoné à mon homologue Edouard Nalbandian pour lui exprimer une fois de plus nos sentiments.

L'accusé a déjà reconnu sa culpabilité. Les Présidents de nos pays se sont entretenus par téléphone, le chef du Comité d'enquête russe Alexandre Bastrykine s'est rendu à Erevan pour rencontrer hier le Président arménien Serge Sargsian. Nous confirmons qu'une enquête conjointe et la plus transparente possible aura lieu en Arménie. Je suis persuadé que le tribunal rendra rapidement un verdict objectif à la hauteur de ce crime affreux.

Quant au contexte général de nos relations, je dirais qu'il y a toujours un "vilain canard". C'est ainsi que réagissent aujourd'hui tous les soldats et le commandement de la base militaire russe en Arménie. Je ne citerai pas d'exemples de personnes qui perdent la tête pour des raisons incompréhensibles et commettent des actes inimaginables. Il y en a beaucoup dans d'autres situations et pays.

Les tentatives de politiser cette situation n'émanent pas des autorités arméniennes ou russes. Ceux qui voudraient profiter de cette tragédie pour obtenir des avantages géopolitiques sont nombreux. C'est répugnant, inadmissible et indigne de la nation arménienne, fière, et qui, je le sais, ne se laissera pas mener par ce genre de provocation.

Nous sommes en deuil, avec l'Arménie, et ferons tout pour que ce crime ne reste pas impuni, que le coupable soit sévèrement sanctionné et que cela ne se reproduise plus. Bien évidemment, il est impossible de prévenir à coup sûr des excès difficiles à imaginer, mais le nécessaire sera fait. Je suis convaincu que les relations d'allié et de partenariat stratégique entre la Russie et l'Arménie ne seront pas affectées.

Question (traduction officieuse de l'anglais): Ces derniers jours, on assiste à un sursaut de violence et du nombre de tués en Ukraine. La Russie insiste sur la mise en œuvre du protocole de Minsk. Quelles mesures concrètes sont entreprises par Moscou pour assurer son application? Mes propos pourraient paraître critiques, mais votre pays est-il prêt à stopper le passage des troupes et des armements par la frontière russo-ukrainienne pour mettre un terme à la violence?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne le "passage des troupes et des armements", on l'entend constamment. Chaque fois je dis: "Si nous l'affirmez avec autant de conviction, montrez-moi les faits". Mais personne ne veut ou ne peux les présenter, de la même manière que nos partenaires, surtout ukrainiens et américains, ne peuvent pas présenter de preuves concernant le crash du Boeing malaisien en juillet 2014. Personne n'a jamais fourni à qui que ce soit les conversations des contrôleurs ukrainiens, ni les données des satellites et des avions de reconnaissance américains qui travaillaient ce jour-là dans le ciel ukrainien. Alors avant de nous demander quand nous arrêterons de faire quelque chose, je vous prierais de présenter les preuves que nous l'avons fait.

Le protocole de Minsk du 5 septembre 2014 est un document-cadre en 12 points: le cessez-le-feu, le retrait des armements lourds, etc. – chacun de ces points doit être concrétisé et décrypté. Le mémorandum de Minsk du 19 septembre 2014 était consacré au décryptage du cessez-le-feu et au retrait des armements lourds de la ligne de contact. Ce n'est pas une tâche facile, et ce n'est pas pour rien si la mise au point de ces problèmes n'est toujours pas terminée.

Aujourd'hui, nous sommes très près du règlement du problème principal, indépendamment du maintien de la zone litigieuse sur la ligne de contact que les insurgés refusent de libérer: sécuriser la population civile des villes et d'autres communes. Il faut pour cela retirer les armements lourds. La lettre du Président russe Vladimir Poutine du 15 janvier adressée au Président ukrainien Piotr Porochenko, que j'ai mentionnée, est consacrée à ce sujet. Il faut s'en occuper impérativement et concrètement. Nous serons prêts à soutenir les ententes de ce genre et avons déjà obtenu l'accord des insurgés de retirer des armements lourds de la ligne exigée par Kiev, et non de la ligne factuelle. Désormais, la balle est dans le camp des autorités ukrainiennes.

Voici ce que nous faisons concrètement pour mettre en œuvre les accords de Minsk. Mais ils comportent également d'autres points, que certains cherchent à remettre à plus tard. Nous ne sommes pas d'accord. Avant tout, cela concerne la tenue des engagements de convenir d'un statut particulier pour les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, et la confirmation dans les accords de Minsk de l'engagement de Kiev d'entamer un dialogue national inclusif. Voici notre position.

D'autres aspects doivent également être résolus, dont l'observation par l'OSCE des zones problématiques de la frontière russo-ukrainienne – c'est visiblement ce qui vous intéressait le plus. L'OSCE travaille sur deux postes de contrôle, au même endroit que des douaniers et des garde-frontières ukrainiens, qui ont la possibilité de voir ce qui se passe aux postes de contrôle et d'inspecter les convois humanitaires en provenance de Russie pour se rendre dans les républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Dans les conditions actuelles, la question de la surveillance de l'OSCE d'autres zones de la frontière russo-ukrainienne peut être réglée. Si l'OSCE le souhaitait, elle devrait en parler avec ceux qui contrôlent actuellement ces postes de contrôle côté ukrainien. Dans l'impossibilité de le faire, il ne serait possible de régler ces questions sur toute la frontière russo-ukrainienne et concernant comment et qui la contrôlera qu'après un règlement politique définitif et l'accomplissement d'un autre point des accords de Minsk – pour que les représentants élus des autorités des républiques de Donetsk et de Lougansk reçoivent des garanties d'un statut particulier de ces territoires et de sécurité en tant que structures représentant leur population. Un tel acte doit être adopté par Kiev conformément aux accords de Minsk, mais pour l'instant personne n'a commencé à travailler dans ce sens.

Le plus important aujourd'hui est de retirer l'artillerie lourde, trouver un terrain d'entente sur les questions concernant le statut particulier des régions autonomes, régler les problèmes de sécurité et, bien sûr, lancer un processus inclusif de réforme constitutionnelle. Ce thème est préoccupant parce que de toute évidence les autorités ukrainiennes cherchent à le brouiller. Même la mention de termes comme "fédéralisation", "autonomisation", "décentralisation" devient déjà indécente du point de vue des autorités ukrainiennes. Bien qu'il existe de nombreux exemple similaires – la question du Tyrol du Sud, le Québec. On connaît plusieurs cas de pays qui ont réglé le problème de structure étatique en respectant les ethnies vivant sur leur territoire. Alors que pour une raison qu'on ignore, l'Ukraine doit être un État unitaire indépendamment des intérêts des Russes, des Hongrois, des Roumains et d'autres nations peuplant ce pays.

Question: Cette année marque le 70e anniversaire de la Victoire sur le fascisme. Quels dirigeants ont déjà confirmé leur participation aux festivités sur la place Rouge? Vous avez évoqué à plusieurs reprises l'importance du contrôle des manifestations de fascisme en Europe et dans le monde dans les conditions actuelles. Comment le monde doit-il défendre le bilan de la Seconde Guerre mondiale? Comment nous devons-nous opposer aux manifestations de fascisme et de militarisme à notre époque?

Sergueï Lavrov: Les invitations aux festivités du 9 mai 2015 à Moscou à l'occasion du 70e anniversaire de la Victoire ont été envoyées aux dirigeants de nombreux pays, dont les membres de la CEI, du groupe des Brics, de l'OCS, de l'UE, de la coalition antihitlérienne, aux dirigeants de nombreuses organisations internationales et régionales. Près de 20 dirigeants, dont le Président chinois Xi Jinping, ont déjà confirmé leur participation aux festivités. Il reste encore beaucoup de temps avant cette date, les confirmations de participation continuent de nous parvenir. Nous vous tiendrons informés.

Quant au problème plus large d'empêcher la renaissance du fascisme et du nazisme, il faut avant tout préserver la mémoire historique de la manière dont, il y a 70 ans, les efforts communs ont permis de mettre un terme à l'idéologie criminelle de misanthropie, qui menaçait l'existence même de la civilisation humaine. Ces efforts doivent s'accroître, parce que le "vaccin" contre le "virus" nazi, élaboré au procès de Nuremberg déjà, commence à faiblir dans certains pays, notamment d'Europe. Je ne les citerai pas, mais malheureusement il s'agit de plusieurs pays de l'UE ou candidats à y adhérer qui disent porter les valeurs européennes. Je me dois de mentionner l'Ukraine. J'ai déjà cité certains de ses politiciens qui appelaient à débarrasser le pays des "Russes, Moscovites et Juifs".

Chaque année, nous adoptons à la session de l'Assemblée générale des Nations unies une résolution qui s'intitule "Lutte contre la glorification du nazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée". Chaque année, cette résolution est adoptée par un vote. Les USA votent toujours contre, l'UE s'est solidairement abstenue l'an dernier et l'Ukraine, qui s'était toujours abstenue jusqu'à présent, a pour la première fois voté contre. Ainsi, seulement quatre pays ont voté contre cette résolution – les USA, le Canada, l'Ukraine et les Palaos.

Nous partons du fait que le bilan de la Seconde Guerre mondiale est immuable. Il est fixé dans la Charte de l'Onu, notamment dans l'Article 107 qui prescrit que toutes les décisions des puissances victorieuses ne sont pas soumises à une révision. Les tentatives de le remettre en question doivent être empêchées fermement et sans délai. Quoi qu'il en soit, le travail pour lutter contre les tentatives de glorification du nazisme se poursuivra à l'Onu, à l'OSCE, au Conseil de l'Europe et d'autres formats.

Question: La Russie et l'OTAN pourraient-elles améliorer leurs rapports ou la perspective de ces relations est-elle strictement négative? Qu'est-ce que la Russie et ses partenaires pourraient faire pour normaliser leurs rapports? Envisagez-vous des contacts avec des responsables de l'Alliance et notamment une rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg et le secrétaire d’État américain John Kerry en marge de la conférence sur la sécurité de Munich?

Sergueï Lavrov: Comme je l'ai déjà dit, l'OTAN a opté pour la confrontation. La rapidité dont ses membres ont fait preuve en coupant tous les contacts avec la Fédération de Russie et en gelant tous les projets d'intérêt commun dans le cadre du Conseil Russie-OTAN, témoigne du fait que la mentalité de guerre froide persiste du côté de nos partenaires atlantiques. Ces derniers considèrent toujours l'Alliance comme un moyen de promouvoir des intérêts unilatéraux. Nous avons plus d'une fois attiré l'attention sur ce fait.

Le Conseil Russie-OTAN n'a pas été conçu comme "l'OTAN plus la Russie" ou "l'OTAN contre la Russie", mais comme un conseil au sein duquel chaque membre de l'Alliance et la Russie auraient un droit égal de parole. Mais malgré certaines initiatives bénéfiques, il n'est pas devenu un forum de dialogue d'égal-à-égal. Lors des sessions précédentes les représentants de l'OTAN répétaient tout le temps la même chose, et la Russie y réagissait. Toutefois, selon nous, ce conseil était pertinent car il contribuait à la mise en œuvre de projets concrets, très utiles dans le domaine de la lutte anti-terroriste et anti-drogue, de la préparation de cadres pour l'Afghanistan, l'Asie centrale et le Pakistan, de la justice, de la sécurité etc. Tout cela a été sacrifié sur l'autel de l'idéologie. L'OTAN est incapable d'accepter le fait que le coup d’État en Ukraine ne se soit pas encore soldé par l'assujettissement de toute la nation ukrainienne à ceux qui avaient organisé ce coup d’État et gardent toujours le pouvoir à Kiev entre leurs mains. C'est regrettable, car il s'agit d'une mentalité du XXème voire du XIXème siècle. Ce n'est pas nous qui avons coupé les contacts.

Rappelons que suite à la crise dans le Caucase provoquée par l'ordre criminel du président géorgien de l'époque, Mikhaïl Saakachvili, de lancer une offensive contre l'Ossétie du Sud, ce qui avait déclenché la guerre de cinq jours, la Russie avait demandé de convoquer le Conseil Russie-OTAN dès le premier jour de cette agression. Condoleezza Rice, secrétaire d’État américain de l'époque, a interdit à son représentant à Bruxelles d'accepter cette proposition. Le Conseil a été gelé. Cette situation de crise n'a pas été débattue. Puis fin 2008, l'OTAN a reconnu son erreur et souligné que cette position avait été incorrecte, qu'il aurait fallu se rencontrer. Certains indiquaient que le Conseil Russie-OTAN devait avoir une dimension "tout-temps", notamment au moment des "orages", qu'il fallait se réunir pour évoquer telle ou telle situation. Aujourd'hui ils répètent la même faute, en refusant de travailler en commun et sur pied d'égalité, de discuter de tous les aspects de la situation actuelle, de ses raisons et de ses origines. Les travaux sont pratiquement gelés. Ils ont lassé une possibilité de réunir de temps en temps les ambassadeurs à Bruxelles, mais c'est une mesure formelle, rien de plus.

Ce n'est pas la Russie qui a initié cette situation. Nous estimons que compte tenu de tous les bouleversements et les cataclysmes dans le monde, les États principaux qui jouent un rôle crucial dans la stabilité et la sécurité globales ne peuvent pas se permettre de cesser de se parler. Si nos partenaires revenaient à la raison et montraient une volonté de dialoguer sur un pied d'égalité et dans le respect mutuel, nous y serions toujours prêts.

Selon nos informations, le nouveau secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg pourrait avoir intérêt à organiser un contact en marge d'un événement international. Nous nous sommes entretenus brièvement à Bâle, si je ne me trompe pas, en marge d'une rencontre des ministres des Affaires étrangères de l'OSCE. Très pressés, nous n'avons pratiquement eu le temps que de nous saluer. Nous nous connaissons et n'éviterons pas les contacts possibles, écouterons ce que diront nos collègues.

En ce qui concerne le secrétaire d’État américain John Kerry, je le rencontre plus souvent que tous mes autres homologues, sans même parler de nos entretiens téléphoniques. Nous nous sommes entretenus pour la dernière fois hier, dans la nuit. Si nous nous voyons lors d'un forum international, je n'exclus pas une nouvelle rencontre. Le principal est que ces entretiens portent leurs fruits.

mid.ru

 

Erlan Abilfaïzovitch,

Mesdames et Messieurs,

Je partage entièrement les évaluations exprimées par le ministre des Affaires étrangères de la République du Kazakhstan, M.Idrissov, relatives aux négociations que nous avons tenues aujourd’hui à Oust-Kamenogorsk.

Mesdames et Messieurs,

Les ministres des Affaires étrangères des Etats de la mer Caspienne ont tenu une conférence sur la préparation du Quatrième Sommet de la mer Caspienne, qui aura lieu l’automne prochaine dans la Fédération de Russie.

Nous avons examiné l’élaboration en cours de la Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne et noté les progrès significatifs, y compris dans le processus des pourparlers. Je voudrais sincèrement remercier mes collègues et tous les experts pour leur contribution à la réalisation de progrès substantiels.

Bonsoir, mesdames et messieurs!

Nous avons terminé une réunion sur la situation en Ukraine, qui s'inscrit dans une série de contacts entre le Secrétaire d'Etat américain John Kerry et moi. Nous sommes réunis avec le Haut Représentant de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, et le ministre par intérim des Affaires étrangères de l'Ukraine, A.Deschitsa. Ainsi que lors de réunions bilatérales avec John Kerry, les partenaires préfèrent les conférences de presse séparées. Donc, je suis ici avec vous, et ils vont parler ultérieurement de leurs impressions sur l'issue de la réunion.

Je suis heureux de saisir cette occasion pour m’adresser aux lecteurs de l’édition jubilaire du magazine du Club Européen parlementaire russe, qui contribue à la bonne cause d’un développement de la large coopération constructive sur notre continent.

Le siècle dernier, l'Europe a connu de nombreux bouleversements, notamment les catastrophes de deux guerres mondiales, dont les anniversaires seront célébrés cette année. Ces événements tragiques sont un exemple clair des conséquences qui peuvent être entraînées suite à une croyance dans sa propre exclusivité, les tentatives de renforcer sa sécurité et d'assurer ses propres intérêts au détriment des autres. On pourrait croire qu’après avoir fait des conclusions appropriées de l'expérience historique, notre continent doit se lancer dans un partenariat mutuellement bénéfique et le développement durable pour le bien des générations présentes et futures. D’autant plus que les différends idéologiques, qui ont divisé l'Europe au XXe siècle, sont restés dans le passé – le mur de Berlin, en tant que symbole de ces événements, a été détruit il y a un quart de siècle.

Le Président russe Vladimir Poutine a entériné, le 12 fév rier dernier, la nouvelle version du Concept de politique étrangère de la Fédération de Russie. L’élaboration de ce document, qui a duré des mois, s’est faite sous l’impulsion du Décret présidentiel émis le jour de l’entrée en fonction du chef de l’État. Le texte en a été coordonné avec les administrations les plus actives sur le plan international ; il a été étudié à différents niveaux de l’Administration du Président russe. Sa mise au point a bénéfi cié des lumières de la communauté experte, y compris du Conseil scientifi que du Ministre des affaires étrangères. Merci à tous ceux qui ont exprimé leurs idées et propositions, notamment dans les pages de La Vie Internationale.