InterAffairs

Ven06232017

Last update09:48:30 AM

RUS ENG FR DE PL ESP PT ZH AR

Font Size

SCREEN

Profile

Layout

Menu Style

Cpanel
mercredi, 03 juillet 2013 13:23

Qui «finlandise» qui?

Written by 
Rate this item
(0 votes)
L'Empire Russie en 1734 L'Empire Russie en 1734

L’avenir devient incertain pour nous tous si on se laisse tirer en arrière par le poids d’un passé réduit à l’état d’inconscient... La lecture de la presse étrangère qui parle de «finlandisation» par la Russie contemporaine de ses voisins prête tout simplement à sourire surtout en comparaison de la période de «finlandisation» poussée («canalisation» dans la version américaine) imposée à la Russie dans les années 1990. 

Les tenants des «interventions humainitaires» n’ont cessé de postuler depuis vingt ans que certains pays n’avaient pas le droit de mener une politique intérieure de leur propre choix sans craindre une intervention extérieure», - écrivait récemment un journal américain influent. Pourtant, depuis vingt dernières années, en plus d’être imposée de l’extérieur, l’idée de souveraineté limitée est devenue le choix librement consenti des pays européens ayant rejoint l’Union Européenne. D’ailleurs, de même qu’il n’existe pas «d’esturgeon de deuxième fraîcheur», il n’existe point de «souvraineté limitée» parce que le mot «limité» ôte le sens à la notion de «souveraineté».

Mais considérons plutôt cette question sur le plan pratique, et par référence à la loi bien connue de la physique, posons-nous la question suivante: la limitation de la souveraineté d’un état siginfie-t-elle le renforcement de la souveraineté d’un autre état ou d’un groupe d’états aux dépens de la victime? Toute l’expérience historique, y compris la plus récente, témoigne du contraire et peu importe la voie militaire ou «pacifique» qui a été choisie pour faire du tort au prochain ou au lointain.

Le tort géopolitique, économique et même «moral» revient généralement comme un boomerang à son auteur. Cela peut se passer instantanément, en un temps très court ou dans une perspective historique. Il est significatif que cette perspective historique ou, en simplifiant les choses, le recul dans le temps qui sépare l’action de la contre-action, fait que beaucoup considèrent ce genre de raisonnement comme un tissus d’inepties d’essence idéaliste. «Détrompez-vous», - rétoque l’histoire.

La surchauffe des grandes puissances, le fardeau des engagements nouveaux et toujours plus lourds, la réaction en chaîne de luttes d’influence, en en cas d’agession (cette forme extrême d’atteinte à la souveraineté d’autrui) l’humiliante défaite, sont autant de fruits amers de l’histoire des souverainetés bafouées du XXème siècle. La nature coloniale (nihiliste par rapport aux souverainetés) de l’empire britannique a fait que l’effondrement du système colonial, en plus de faire éclater l’empire lui-même, a porté un rude coup à la souveraineté de la Grande Bretagne en la rendant à bien des égards dépendante de la nouvelle superpuissance – les États-Unis d’Amérique.

En m’entretenant à ce sujet avec un collègue britannique, je l’ai entendu avancer une objection qui tenait parfaitement debout à première vue: «En quoi l’empire de Russie était-il plus «noble» à l’égard de ses colonies en comparaison de l’empire britannique?». Certes, j’ai relevé le défi en faisant remarquer que de nombreux peuples se sont joints à la Rusie de leur plein gré ou parce qu’ils étaient menacés d’exctinction physique pour ne rien dire de leur étatisme et identité nationale. Mais les Britanniques sont un peuple pragmatique et se montrent très méfiants aux arguments «humanitaires».

Mais voici le point de vue d’un auteur étranger qui évaluait la situation dans l’empire russe des positions de l’économie politique occidentale: «La situation des Russes dans l’empire des tsars ressemblait à bien des égards davantage à celle des indigènes dans les colonies européennes d’outre-mer. Ils n’avaient rien à voir avec «la race dominanate» de ces empires». Par quoi cela se manifestait-il concrètement? «A la différence de la plupart de ses analogues européens, l’empire ruse n’était pas colonial dans l’acception directe de ce terme. Pour s’en convaincre il suffit de dire que les sujets non-russes de la couronne bénéficiaient toujours d’allègements fiscaux par rapport à leurs voisins russes et des faveurs juridiques leur permettant de se soustraire au servage et à l’enrôlement forcé dans l’armée» (I.Boussyguina, A.Zakharov «Vocabulaire des sciences politiques»). Mieux encore, «l’empire russe avait ceci de particulier que le niveau de développement de certaines régions périphériques était sensiblement supérieur à celui du centre impérial. Mieux encore, la Russie est entrée dans le XXème siècle comme un empire multintational où la «nation en titre» était minoritaire et ne représentait que 44,5% de population».

Mais, fait absolument inconcevable pour l`idéologème de l’empire britannique, était la volonté de préserver l’identité nationale des peuples rattachés. «L’unité d’administration des différentes parties de l’état était innexistante et ses méthodes variaient en fonction des conditions et des particularités locales. Les réglementations administratives, terriennes, culturelles et religieuses héritées de la période précédente étaient la plupart du temps maintenues sur les terres rattachées à la Russie. Les élites non-russes étaient élevées à la dignité de noblesse russe et invitées à coopérer le plus largement possible avec le pouvoir central». Elles devenaient en fait sa partie intégrante.

Soudain sorti de l’oubli par la presse occidentale, le mythe de «finlandisation» par la Russie, cette fois non pas de l’Europe mais de l’espace postsoviétique, pourrait tout au plus susciter la remarque que la Russie d’aujourd’hui – ce n’est plus l’Union Soviétique. Mais il faut insister sur un détail autrement important: forte de l’expérience de l’URSS, la Russie évite consciemment et parfois intuitivement les pièges des ambitions politiques démesurées qui sont le fait de certaines puissances étrangères.

Globalement, on aurait du mal à trouver un analyste tant soit peu doté de bon sens qui n’apprécierait pas le côté humoristique de la comibnaison de mots «finlandisation» de Kirghizie, d’Ouzbekistan ou d’Ukraine. Cela s’explique bien entendu par le fait que le terme lui-même s’appliquait à des fins de propagande aux relations soviéto-europeénnes de la période de la guerre froide et était destiné à mettre l’Europe en garde contre la dépendance politique y compris en rapport avec les plans de livraisons d’hydrocarbures en provenance d’URSS.

La crise d’identité que vit actuellement l’Europe s’explique en partie par «la perte du facteur soviétique» et la création de la Grande Europe en intégrant les ex-alliés de l’URSS. Cette crise sera résolue le plus vraisemblablement en proclamant une nouvelle «doctrine européenne» dont l’apparition dans une forme dépouvue d’artifices démagogiques est rendue difficile par la recherche d’une idéologie supranationale face à une évidente vivacité des souverainetés et des mentalités nationales des Européens. De son côté, l’institutionnalisme bruxellois fait accréditer l’idée que les normes et les régulateurs uniques qu’il avait élaborés constituent précisément «le Manifeste de l’Europe» qui n’a pas besoin de retouches idéologiques dangereuses. Pourtant, la majorité des Européens n’est pas bureaucratisée au point de ne pas comprendre que «l’habit de fait pas le moine».

Quand on fait le rapprochement entre les tentatives de dépassement de la crise d’identité en Europe et en Russie, on arrive à une différence d’approches significative. En effet, l’Europe cherche à dépasser la crise en se concentrant sur les réalités et les défis contemporains. Elle veut définir sa place et son rôle dans le processus mondial exclusivement en termes d’un discours social d’actualité. A l’opposé, la Russie estime qu’il ne lui est pas possible de surmonter la crise sans repenser toute son histoire, la démarche qui, vue de l’Europe, relève d’un farfouillage stérile dans le passé. D’ailleurs, c’est justement en raison de cette différence d’approches que l’Occident ne cesse de s’interroger sur la sensibilité des Russes face aux «falsifications de l’histoire» et les raisons qui les poussent à trouver des réponses aux «questions maudites du passé» alors que ces questions ne se comptent plus dans la vie contemporaine.

En fait, l’intérêt de l’Occident consiste à laisser la Russie seule face à son histoire d’autant plus qu’il avait déjà chanté tous les vieux «refrains» sur la Russie et on n’entend rien de nouveau sans compter les «remakes» dans le genre de la nébuleuse «finlandisation» qui ont l’air d’un anachronisme inconcru. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à prendre la mesure de cette incongruité. L’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche a enfin permis à la presse américaine «non censurée» de faire connaîre un point de vue alternatif sur ce que «l’ami Bush» avait eu le temps de bricoler au cours de ces dernières années. «Washington avait l’intention de créer aux frontières de la Russie un rapport de forces qui lui serait défavorable et se tailler une sphère d’influence s’appuyant sur les gouverements ouvertement antirusses. Il voulait aussi faire reconnaître a Kosovo un statut d’exclusivité... Entre-temps, les États-Unis ont tout le loisir de faire de temps en temps des atteintes à la souveraineté étatique d’autrui, d’élargir délibérément leur sphère d’influence au voisinage des autres grandes puisances en proclamant leur intention de créer «un équilibre des forces favorable à la liberté». Ce faisant, ils se montrent indignés et interloqués quand les autres grandes puissances leur emboîtent le pas en cherchant à limiter l’élargissement de la sphère d’influence américaine ou à récupérer les positions perdues» («The Amarican Conservative», USA).

Comme l’a dit le philosophe: «Une exceptionnelle clarté d’expression».

Read 679 times Last modified on mercredi, 03 juillet 2013 13:44