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lundi, 23 décembre 2013 12:59

Les «Grands» en déficience

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Le vrai signe de puissance n’est pas aujourd’hui la capacité de commencer les guerres mais de les éviter. C’est une voix du XXe siècle accablé de conflits et de guerres sanglants. Elle appartient à Anne O’Hare McCormik, journaliste américaine qui survécut à deux guerres mondiales et mourut en 1954.

Bientôt, hélas, on commencera à mesurer la puissance non seulement par la détention d’un potentiel de dissuasion garantissant la destruction mutuelle mais, également, par le nombre de guerres régionales que l’État était capable de mener simultanément dans différentes parties du globe. Des sentences pareilles erraient d’une doctrine militaire à l’autre. Ce critère se maintint même après la fin de la guerre froide jusqu’à nos jours.

Par ailleurs, ne se demande-t-on pas si le critère de M-me McCormik avait jamais marché dans l’histoire de l’humanité, disons, pendant deux derniers siècles ? Oui, tout après les guerres napoléoniennes la paix régna en Europe où la Russie jouait un rôle important. L’expression en cours dans les milieux diplomatiques de l’époque disait que pas un seul canon ne pouvait « parler » en Europe sans volonté de Saint-Pétersbourg.

La guerre de Crimée mit fin à la vie calme et prospère, elle épuisa la France et l’Angleterre qui ne s’apperçurent même pas du renforcement de la Prusse. Il en résulta que les mêmes chefs militaires qui combattaient sous les murs de Troie russe subirent une défaite écrasante de la part des Boches. « Il ne resta à la France que les yeux pour pleurer », dira plus tard de Gaulle à propos de la guerre franco-prussienne. Le renforcement de la Russie sous Alexandre III rendit la paix et le calme à l’Europe, ce fait était reconnu, bien que sans enthousiasme, par toutes les capitales européennes.

Aujourd’hui les puissances occidentales déploient une hyperactivité dans les conflits régionaux, une fois un conflit terminé, elles déclenchent un autre, un troisième étant en perspective... Est-ce un nouveau partage du monde ? « Elles veulent revenir sous forme de protectorat là où elles avaient autrefois leurs colonies », fit remarquer, il n’y a pas longtemps, un magnat du pétrole arabe en vue dans un entretien confidentiel. Si simple que ça ? Ou bien nous avons pris l’habitude de compliquer tout et de nous laisser tromper par la dentelle de formules politiques et de poses nobles ?

Bien des gens gardent encore dans leur mémoire la notion de « socialisme au visage humain », alors que maintenant on prêche au monde la « guerre au visage humain » l’appelant tantôt « ingérence humanitaire », tantôt « responsabilité de protéger ». La Russie et la Chine y jouent le rôle de pompier et de pacificateur pour les parties au conflit ; les pays de l’OTAN interviennent comme navigateur militaire et politique pour une des parties en recourant à la forme ouverte ou cachée de soutien. Dans la dernière hypothèse, on mise sur l’opposition qui conteste la légitimité du pouvoir au moyen de protestations civiles ou d’émeutes armées. La question des questions reste, pour l’Ouest, le degré de gratitude de ces pasionarias envers leurs protecteurs.

Dans le futur qu’on peut embrasser du regard, il est peu probable que les rôles soient changés. Et la Russie et la Chine, s’interrogent : et puis après ?

Bien que la priorité de la pacification et du règlement de conflits par dialoge reste incontestable, on ne saurait exclure l’apparition dans le monde de situations rendant le recours à la force nécessaire. La Charte de l’ONU n’exclut pas des approches par violence mais le seuil de leur application est si élevé qu’il ne reflète pas en pleine mesure le potentiel « orageux » accumulé par la nature contemporaine de conflits. Qui plus est, la non-résistance au mal par la violence n’était jamais dans l’histoire russe le postulat de la politique extérieure. Les guerres russo-turques, ne furent-elles finalement une « ingérence humanitaire » avec l’objectif de protéger les peuples balkans ?

La communauté mondiale trouve cependant inadmissible que quelqu’un réalise de son propre chef le droit de lancer une opération contre un État souverain la déclarant, unilatéralement, « humanitaire » et « responsable ». Il n’y a qu’une seule issue à cette situation : élaborer et adopter en tant que norme législative la définition de la notion d’« ingérence humanitaire » (ou tout autre), excluant la possibilité de l’appliquer ou interpréter de façon volontariste. En d’autres termes, il faut marquer les bords du terme, évidents pour tout le monde (mais très floux jusqu’à présent), de lignes rouges bien nettes.

Il n’en demeure pas moins que même si le consensus est trouvé, il ne remplacera pas cette déficience des « grands » qui fait taire les canons.

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