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dimanche, 12 janvier 2014 19:56

Défi s globaux et responsabilité

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Nous vivons dans un monde de changements impétueux et d’une indétermination grandissante. La croissance quantitative de la population mondiale est le facteur central de la globalisation. Un autre fait indubitable est que le monde qui est le nôtre se caractérise par une interdépendance de plus en plus tangible. De nombreux problèmes sont directement liés aux tendances démographiques mondiales dont la dégradation du milieux environnant, la sécurité alimentaire ou le changement du climat.

L’interdépendance, avec ses bons et ses mauvais côtés, est une chose qu’aucun pays, aucune nation ne pourront éluder. Cette chose détermine aussi, s’il y a pour nous un avenir commun ou bien il n’y en a pas en général. Il est possible que dans le meilleur des cas nous n’avons devant nous que quelques décennies pour un développement écologique, économique et social stable.

Bien que nous ayons, à coup sûr, un avenir commun, nous n’acceptons pas toujours ce fait et nous ne sommes pas toujours unanimes dans notre vision de cet avenir. Au cours des derniers siècles quelques pays, principalement en Europe et plus généralement en Occident, ont initié quelques voies de développement global, que ce soit la préparation des traités internationaux ou la création d’un espace fi nancier commun. Bien qu’en Occident nous ayons pris l’habitude de percevoir notre long leadership dans le monde comme une donne ou, au minimum, comme un état de choses plus au moins naturel, il n’en n’est pas ainsi pourtant.

Le changement global est survenu, probablement, il y a de cela quelques ans, lorsque G20 s’est substitué au G7 ou au G8, en devenant le forum le plus convenable pour assurer la direction globale.

Une autre tendance signifi cative est l’apparition d’un groupe de pays appelés différemment : pays en développement, pays CIVETS*, « Groupe des onze »**. Ce changement dans la nomenclature refl ète les processus de changement du paysage global. À l’exception des pays BRICS, aucune de ces alliances ne s’identifi e de façon univoque à une liste fi xe de pays. N’étant d’accord avec aucune variante d’appellation, j’ai décidé dans mon exposé de les apppeler « pays E »***, laissant à chaque auditeur la possibilité d’établir sa propre liste des pays qu’il lui semble juste d’inclure dans cette catégorie.

La globalisation n’est plus déterminée par les puissances occidentales qui, grosso modo, ont créé l’ordre mondial avec ses normes et institutions. Cette tendance est devenue centrale dans l’analyse des changement globaux présentée dans le Concept de politique extérieure de la Russie récemmement adopté. Cette analyse est juste dans nombre de ses aspects.

Je suis d’accord aussi que dans la balance globale des forces s’observe un mouvement en faveur des État en développement. Pratiquement la seule chose que nous puissions dire de l’avenir des relations internationales, c’est leur indétermination grandissante.

Je ne puis qu’accepter le point de vue également présent dans le Concept, selon lequel « dans les conditions de la turbulence globale et de l’interdépendance croissante des États et des peuples, il n’y a plus de perspectives pour les tentatives de construire des oasis isolées de calme et de sécurité ». Je suis aussi d’accord qu’ « à l’étape actuelle les alliances militaropolitiques traditionnelles ne peuvent plus répondre à tout le spectre des défi s et menaces contemporains qui sont transfrontaliers par leur caractère ». Je dirais même que la résolution des problèmes globaux demande quelque chose d’absolument autre que les alliances militaires.

Je partage également l’opinion que nul pays ne saurait ni renforcer sa sécurité, ni élever son bien-être en essayant d’agir isolément. Il n’est pas vrai non plus qu’en isolant tel ou tel État nous pourrons améliorer notre propre sécurité.

Les événements survenus ces temps derniers au Proche-Orient et en Afrique du Nord et aussi ce qui se passe dans la Corée du Nord ont montré qu’isoler une crise est une tâche très ardue, sinon impossible. Les points chauds où se produisent des troubles, où se perpétue la violence, où les gens souffrent, infl uent sur la situation aussi au-delà de leurs frontières, à l’échelle régionale et même mondiale.

Il faut faire beaucoup de choses pour renforcer la sécurité, et la résolution de ces problèmes nécessite une approche complexe. Je me répète : notre compréhension des menaces transfrontalières ressemble sur bien des points à la vision présentée dans le Concept de politique éxtérieure de la Russie. Sont à l’ordre du jour — le risque de prolifération des armes de destruction massive, le terrorisme international, le commerce d’armes incontrôlé (bien que nous ayons fait un grand pas en avant en signant le traité qui régule le commerce des armes), la migration illégale, la piraterie maritime, le trafi c illicite de drogues, la corrupion, le manque de ressources nécessaires, la pauvreté, le changement du climat, ainsi que la cybersécurité et la sécurité alimentire. Cette liste présente la vision commune des menaces. C’est un bon point de départ.

Pour mieux protéger et faire durer la sécurité et — ce qui est encore plus important – pour éliminer les causes fondamentales des menaces à la sécurité et amplifi er cette dernière, il faut agir en commun. Au niveau global cela signifi e la réduction de l’inégalité et la pauvreté, ainsi que la lutte contre le changement du climat et la destruction du milieu environnant. Nous avons aussi besoin d’efforts considérables pour améliorer la situation dans les pays et sociétés instables. D’où la nécessité d’agir au moins dans deux directions.

Premièrement, nous devons consolider les assises des sociétés instables. La démocratie et le développement vont solidairement. Il est très important de diminuer et, par la suite, de liquider l’inégalité économique, politique et sociale et de contribuer au rapprochement des distinctions ethniques, culturelles et religieuses. L’égalité des citoyens est une condition indispensable pour le fontionnement de la démocratie. La primauté de la loi, des droits de l’homme et de la démocratie ne sont pas simplement des éléments organiques, voire des caractéristiques principales de toute société stable et bien protégée. La démocratie réelle exige des réformes économiques en combination avec une répartition équitable des résultats de la croissance et du développement de l’économie.

Il est douteux qu’on puisse accepter comme juste l’assertion selon laquelle le respect des droits de l’homme et des principes de la démocratie se trouvait en mains sûrs, lorsque le travail sur l’ordre du jour international était conduit par les puissances occidentales. L’évolution du pouvoir économique et politique vers les États en développement a permis à ces derniers de jouer un plus grand rôle dans le processus de défense des droits de l’homme et de la démocratie.

Deuxièmement, pour éliminer nombre de causes de la pauvreté il est nécessaire de faire des pas en avant dans différents secteurs de la gouvernance globale, et surtout de la gouvernance économique globale. La réforme du système fi nancier mondial doit être un de ces pas indispensables. Nous devons amoindrir la volatilité et des risques potentiels. Il est tout à fait naturel que les « pays E » participent activement à ce travail.

Les « pays E » sont affrontés comme avant à un problème double. Les défi s globaux exigent qu’ils apportent leur part de responsabilité dans l’oeuvre de renforcement de la sécurité globale. D’un côté, la participation des « pays E » est irremplaçable pour le renforcement de la sécurité globale dans un contexte mutilatéral, ainsi que la participation d’une forte ONU. D’un autre côté, ces pays sont indispensables en tant que partenaires et adjoints potentiels dans les rapports bilatéraux avec les pays en voie de développement. Mais nous voyons que les efforts tendant à aider au développement économique restent vains, s’ils n’ont pas pour corrolaire la soif du progrès dans le domaine des droits de l’homme, de la démocratie et de la suprématie de la loi.

Tandis que nous appelons les « pays E » à assumer une part accrue de responsabilité en matière de renforcement de la sécurité et de concours au développement économique et social, nous ne devons pas oublier que ces pays font face à leurs propres problèmes de développement économique et de polarisation sociale.

En formant le système de gouvernance capable de se maintenir dans les conditions d’indétermination croissante, nous nous heurtons aux défi s à la sécurité. Il est certain que nous avons besoin tant d’une forte ONU, que d’organisations régionales effectives, conformes à l’ordre global en cours de formation.

Les alliances des pays-frères de convictions peuvent différer par leur composition en fonction du problème à résoudre, les alliances constantes sont rares de notre temps, si, en général, elles existent. En effet, nous avançons vers une époque de numérisation de la diplomatie et du système dans son ensemble. En envisageant la question des moyens les plus effi caces de résolution des problèmes globaux, nous devons également prendre en considération et reconnaître le potentiel et l’enthousiasme de la société civile. Nous pouvons et nous devons réclamer la transparence des sujets de la société civile, car les suspicions quant à leurs motifs s’avèrent souvent inopportunes et contre-productives. La plupart des sujets de la société civile sont arrivés aux mêmes conclusions que les gouvernements sur ce qu’on doit changer. Leurs objectifs que nous partageons souvent, ne peuvent être réalisés qu’avec un monitorage régulier, la création des réseaux et les mesures globales.

En tant que professionnels en affaires internationales, nous comprenons tous la nécessité d’entreprendre des actions globales et de reconnaître les sujets de la société civile comme partenaires importants dans le règlement des problèmes internationaux. Le rôle de ces sociétés dans la diplomatie est reconnu et il est important. Je dirais même que l’aptitude à associer les représentants de la société civile à la coopération est un facteur décisif pour l’avenir de la diplomatie. Cela se rapporte non seulement aux organisations non gouvernementales que nous soutenons et qui partagent nos opinions, mais ce qui est encore plus important, c’est que nous nous efforçons de collaborer également avec ceux qui représentent les points de vue différant des nôtres.

J’estime que nos opinions sur le paysage global en cours de formation et sur les moyens de résister aux menaces globales coïncident. Nos divergences relèvent apparemment pour l’essentiel de la responsabilité pour la sauvegarde et les moyens d’améliorer la situation en ce qui concerne la démocratie et les droits de l’homme.

J’aimerais utiliser le reste du temps pour expliquer nos positions sur cette question, et cela pour deux raisons. Premièrement, ces quesions ont une énorme importance pour la sécurité globale et, deuxièmement, nos divergences de vues ne sont pas aussi grandes qu’on le croit habituellement.

Je ne pense pas qu’il y ait des gens prêts à contester le rôle principal de l’État dans la défense de ses citoyens et de leurs droits, tout comme la mise en oeuvre de tous les moyens possibles — tant qu’il en reste avant le recours aux sanctions ou à la force militaire ou encore avant l’intervention de la communauté internationale alarmée.

La souveraineté apparaît souvent comme ligne de démarcation entre l’Occident et les « pays E », mais là aussi il y a tendance à la simplifi cation. Les États-Unis, par exemple, ont une vision de la souveraineté plus proche de celle de quelques-uns des « pays E », à la différence des pays de l’Union européenne où on reconnaît la valeur de la souveraineté déléguée dans notre monde interdépendant.

Les « pays E » expriment parfois leur alarme au sujet de la politique de l’Occident en vue d’infl uer sur la situation dans le domaine des droits de l’homme et de la démocratie, parce qu’ils voient dans cette politique une violation de la souveraineté de leurs États. Cependant, dans le même temps, comme il me semble, existe un consentement de principe sur la nécessité de protéger et favoriser les droits de l’homme et la démocratie. Nous ne devons pas approcher les questions à résoudre à partir de la supposition erronée selon laquelle les pays émergents d’une façon ou d’une autre lancent un défi aux régimes démocratiques et aux droits de l’homme.

Ce qui nous manque, c’est le consentement sur les méthodes et moyens de réalisation de ces obligations et buts universels. Les questions relatives à la primauté de la souveraineté et des principes de non-ingérence, ainsi qu’au recours aux sanctions ou à la force lors de la défense de ces valeurs sont

Ce qui fait le problème, ce n’est pas que les valeurs préconisées par l’Occident soient incorrectes ou suspectes en quelque chose. Au contraire, je n’ai pas de diffi culté à les défi nir et j’estime que nos valeurs dans le domaine des droits de l’homme et de la démocratie portent un caractère universel. Mais pour la même raison je me sens gêné quand nous les appelons « occidentales » ou « européennes ». J’aimerais noter avec joie que la Russie se considère comme pays qui partage les valeurs démocratiques universelles, y compris les droits et les libertés de l’homme.

Il est évident que le développement de la démocratie et des droits de l’homme se poursuivra dans plusieurs directions avec le recours à la diplomatie multilatérale et bilatérale, et aussi par le développement des programmes qui soutiennent les assises de la démocratie, y compris l’extention des droits des femmes, des handicapés et des minorités sexuelles.

La conception « Responsabilité de protéger » (R2P)**** est un exemple convainquant de la collision entre l’interdépendance et les principes de nonimmixtionqui dénote aussi le changement de la balance des forces. La réalisation de fait de R2P dans le confl it libyen reste une question diplomatique et politique, ce qui ne promet rien de bon pour l’utilisation de cette conception à l’avenir.

Ce qui s’est passé en Libye peut être considéré comme extrême, parce que le résultat en fut non seulement la mise en oeuvre du mandat du Conseil de sécurité de l’ONU sur le recours à la force militaire pour protéger les personnes civiles, mais aussi le changement du régime, ce qui est considéré comme un précédent discutable.

Toutes les parties peuvent tirer de la situation en Libye des leçons pour savoir comment planifi er, interpréter et réaliser les résolutions du Conseil de sécurité.

Ce qui revêt effectivement une importance vraiment vitale, c’est que tout ce qui se passe en Libye ne doit pas servir à l’affaiblissement ultérieur de l’autorité et des possibilités du Conseil de sécurité de l’ONU comme instrument principal de régulation de la sécurité et de la paix internationales. La réforme du Conseil doit rester à l’ordre du jour aussi bien pour les puissances occidentales que pour les « pays E ». Malgré le fait que la proposition du Brésil sur la « responsabilité pendant la protection » (RWP) a rencontré une résistance, ce pays a soulevé la question de la nécessité de repenser R2P.

On ne peut que se féliciter du fait que les « pays E » préfèrent participer à la gouvernance globale à l’aide de moyens aussi délicats que la médiation, une diplomatie circonspecte et une interaction constructive.

Les « pays E » soutiennent aussi l’activité en matière de démocratisation et d’encouragement des droits de l’homme en se concentrant sur le niveau régional, et une telle approche est préférable pour le règlement des confl its. C’est une chose qu’il convient de stimuler et utiliser pour un dialogue plus serré.

Il nous faut un dialogue ouvert et constructif pour nous débarrasser de divergences existantes sur la signifi cation de la souveraineté, de l’autodétermination, de l’ingérence et les sanctions.

Nous partageons l’opinion générale sur les menaces à la sécurité et sur nombre d’autres problèmes globaux communs. Nous comprenons aussi que pour éliminer les menaces à la sécurité, il faut réduire le nombre d’États instables, diminuer la pauvreté, développer la démocratie, insister sur la suprématie de la loi et des droits de l’homme. Nous comprenons également la nécessité de partager la responsabilité. La concertation des objectifs est un bon point de départ pour la recherche d’une compéhension commune des moyens.

Armen Oganessian, rédacteur en chef de la revue La Vie Internationale : Je voudrais vous poser une question sur la diaspora russophone grandissante en Finlande. Quelle est votre attitude à propos de cette tendance ?

Erkki Tuomioja : Certes, c’est une tendance positive. Cela nous fait plaisir de voir augmenter la diaspora russophone qui compte près de 60 mille personnes. Nous saluons ce facteur qui nous permet d’encourager les échanges culturels et d’élever le potentiel économique. Sans doute, c’est un phénomène important qui fait partie des processus généraux de globalisation.

Je sais que des citoyens de la Finlande émigrent dans divers pays sur une base permanente ou temporairement. Nous devons tous trouver des voies de coexistence pacifique, nous entendre sur les moyens d’envisager et résoudre les problèmes qui peuvent surgir dans ce contexte. Mais nous saluons ces phénomènes en tenant compte du fait que la diaspora russophone est très nombreuse et ne parle pas le finnois.

Existent aussi des problèmes particuliers, notamment du fait de l’augmentation du nombre de mariages mixtes entre citoyens des deux pays. Nous comprenons que les mariages ne durent pas éternellement, et d’autres problèmes divers se font jour également. Mais ce sont les questions qui ne se limitent pas aux mariages entre les Russes et les Finnois, pareilles questions qui, elles aussi accompagnent la globalisation, émergent dans d’autres pays également. La diaspora finlandaise en Russie n’est pas si énorme, et nous saluons l’émigration venant de Russie qui crée des possibilités nouvelles en matière d’économie et de culture.

Lev Klepatski, professeur à l’Académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie : Traditionnellement la Finlande est considérée en Russie comme un pays neutre, restant hors blocs militaires. À quel point l’attachement au non-alignement militaire est-il populaire en Finlande ?

Erkki Tuomioja : À la différence de la plupart des pays du monde la Finlande ne s’estime pas pays neutre. La neutralité correspond plutôt aux temps de la guerre froide. La Finlande ne fait partie d’aucune association militaire, elle relève du régime de non-alignement et n’entend pas modifier ce statut, comme l’ont confirmé le programme gouvernemental et l’aperçu de la politique dans le domaine de la sécurité et de la défense présenté en septembre à l’examen du parlement. Je pense qu’il existe en Finlande un certain consensus comme quoi ce statut ne sera pas modifié.

Elena Ananieva, maître de recherche sénior à l’Institut d’Europe de l’Académie des sciences de Russie : Il n’y a pas longtemps est apparu dans les relations internationales un phénomène nouveau — « diplomatie numérique ». À votre avis, monsieur le Ministre, quels problèmes en Europe et dans le monde pourrait-on régler à l’aide de cet instrument international ?

Erkki Tuomioja : En parlant de la « diplomatie numérique », je voudrais citer l’exemple des négociations et des processus d’achèvement d’un accord sur le commerce d’armes aux États-Unis. Plusieurs coauteurs avaient initié ce processus sept ans auparavant dans le cadre de l’ONU — Grande-Bretagne, Finlande, Australie, Kenya, Argentine, Costa Rica. À leur tour, la Russie et la Finlande pourraient participer à la « diplomatie numérique » à l’avenir . Par exemple, nous avons discuté cette question aux entretiens avec Sergueï Lavrov. Nous pourrions probablement examiner les possibilités de coopération sur les questions de la situation des femmes. Ces questions importantes de l’ordre du jour des pays nordiques prévoient une telle coopération « numérique » avec d’autres États intéressés.

En ce qui concerne l’Union européenne, nous essayons de contrecarrer l’apparition de nouvelles lignes de démarcation dans l’Union européenne. Il y en a déjà plus qu’il n’en faut. Certes, la crise en zone euro a aussi révélé le rôle que l’euro joue dans ces pays, ainsi que la responsabilité des pays qui n’entrent pas encore dans cete zone. Néanmoins, l’euro est un projet commun, ce qui fait que les pays au delà de la zone euro, comme on s’y attend, doivent — peut-être pas dans l’immédiat, mais à l’avenir — se joindre à la zone euro à mesure que nous allons aplanir la crise et créer les mécanismes de prévention de telles crises à l’avenir. Il faudra beaucoup de temps pour y arriver. Je pense que le principe de coopération élargie entre de petits groupes de pays fonctionne réellement dans l’Union européenne, mais la Finlande le considère comme mesure extrême dans son travail. Par exemple nous élaborons une politique commune dans le domaine de la défense, qui, en premier lieu, examine la question de prévention de la crise. La Finlande voudrait que tous les 27 pays travaillent de concert, sans lignes de démarcation.

Alexandre Konkov, collaborateur au Centre analytique près le Gouvernement de la Fédération de Russie : Chaque jour un assez grand nombre de citoyens russes fréquentent la Finlande. Que pensez-vous du régime sans visas dans les rapports entre la Russie et l’Union européenne ?

Erkki Tuomioja : Nous faisons des démarches diverses qui nous rapprochent de la création d’un régime sans visas. Je ne crois pas que cela survienne dans un avenir lointain. Cela se fera dans une paire d’années.

12 millions d’hommes ont traversé la frontière russo-fi nlandaise l’an passé. Les Russes ont reçu 1,3 mln de visas dont 80% à entrée multiple. Bien qu’il subsiste encore, le régime des visas ne détourne pas les Russes des voyages en Finlande. L’affl ux de touristes dans notre pays augmente chaque année. Je tiens à signaler un autre moment que je ne cesse de soulever dans les discussions sur les rapports bilatéraux entre la Russie et l’Union européenne, comme ce fut le cas aujourd’hui à la rencontre avec Sergueï Lavrov. J’aimerais voir se multiplier les échanges d’étudiants entre la Russie et l’Union européenne. Dans la plupart des pays de l’Union européenne, y compris en Finlande, prévalent les étudiants de Chine, non de Russie. Il serait bon que le nombre des étudiants russes en Finlande et des étudiants fi nlandais en Russie augmente. On pourrait y parvenir au fur et à mesure que nous avançons vers le régime sans visas, mais le régimes des visas n’est pas un obstacle à la progression des contacts humains.

Dmitri Klimov, rédacteur en chef du journal Rossiyskié vesti : Quelle sont les perspectives de la coopération russo-fi nlandaise dans la mise en valeur de l’Arctique ?

Erkki Tuomioja : Il y a entre la Russie et la Finlande partenariat arctique bilatéral qui prévoit des rencontres et projets concrets. Nous sommes membres du Conseil de la région euro-arctique de Barents (CEAB), un des huit membres du Conseil de l’Arctique, nous coopérons aussi avec le Canada. Le Conseil de l’Arctique est le forum le plus important pour le développement de la coopération et la mise en valeur de l’Arctique, car non seulement il prévoit des démarches concrètes, mais élabore aussi le cadre juridique d’une telle coopération. Nous estimons que le Conseil de l’Arctique doit être considéré comme le forum le plus important qui va déterminer l’avenir de la Région arctique.

En plus de ce Conseil et du CEAB il y a maints autres mécanismes de coopération. Cela se répercute aussi sur le développement de l’Europe du Nord — on voit augmenter le nombre des représentants de la société civile, des milieux scientifi ques et d’affaires qui franchissent la frontière. Nous savons tous que se multiplient les défi s à caractère écologique. Nous savons que l’Arctique est un milieux fragile. Voilà pourquoi il est nécessaire d’utiliser les possibilités du développement économique, de l’infrastructure des transports pour protéger cette région et appliquer des standards écologiques plus sévères. 

______________

* Colombie, Indonésie, Vietnam, Égypte, Turquie et RSA. Union informelle de pays ayant une économie et une population qui progressent rapidement.

** Mexique, Nigéria, Égypte, Turquie, Iran, Pakistan, Bangladesh, Indonésie, Vietnam, Corée du Sud, Philippines. Sont mis à part les pays pour lesquels existe une haute probabilité de transformation de leurs économies en puissantes locomotives du système international des relations économiques du XXIe siècle, à côté des pays BRICS -groupe de cinq pays en développement rapide : Brésil, Russie, Inde, Chine, République sud africaine, — autant de pays dont l’essor économique garantira dans une large mesure la croissance future de l’économie mondiale, en particulier des marchés fi nanciers.

*** The « E countries » — terme de l’auteur.

**** « Responsabilité de protéger » — en anglais The Responsability to protect (RtoP, ou R2P) — initiative de l’ONU introduite en 2005 — comprend plusieurs principes réunis par cette idée que la souveraineté n’est pas un privilège, mais constitue une responsabilité. Conformément à cette conception, la souveraineté non seulement donne aux États le droit de contrôler leurs affaires intérieures, mais implique aussi la responsabilité de protéger les hommes qui vivent dans les limites des frontières de ces États. Au cas où l’État n’est pas capable de défendre les gens, — à défaut de possibilités ou à défaut de la volonté, — la responsabilité passe à la communauté internationale. 

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