InterAffairs

Ven06232017

Last update09:48:30 AM

RUS ENG FR DE PL ESP PT ZH AR

Font Size

SCREEN

Profile

Layout

Menu Style

Cpanel
vendredi, 24 février 2017 11:00

Premier Secrétaire de l'Ambassade de la République du Cameroun à Moscou Oyono Oyono Jean Stanislas: "Nous avons d'excellentes relations bilatérales, empruntes de respect mutuel et la volonté d’œuvrer à leur renforcement"

Written by 

    

Ces dernières années, de plus en plus, il a commencé à sonder l'opinion sur la nécessité de regagner le terrain perdu à Moscou sur le continent africain. À ce stade, nous pouvons dire au sujet des positions de premier plan dans le domaine de la coopération militaro-technique, mais il y a encore un grand nombre de domaines, tels que l'agriculture, la construction d'infrastructures, l'industrie de l'aviation et de nombreux autres domaines dans lesquels il est possible de développer efficacement la coopération bilatérale. La Russie et l'Afrique, en dépit de la distance géographique, est associée décennie de liens politiques, économiques et culturels forts. Alors que la plupart des pays africains sont associés à la pauvreté et le sous-développement, et ne pas attirer l'attention des médias du monde entier, au cours des dernières années, il y a eu une croissance économique importante dans un certain nombre d'états. En outre, en Afrique de développer activement des projets d'intégration qui aident à augmenter le poids du continent sur la scène mondiale. Nous avons demandé au Premier Secrétaire de l'Ambassade de la République du Cameroun à Moscou Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas parler des relations bilatérales de nos pays.

«La Vie internationale»: Monsieur le Premier secrétaire, le 20 Février marque le 53 ans depuis l'établissement des relations diplomatiques entre l'Union soviétique et la République du Cameroun. Comment décririez-vous le développement des relations bilatérales entre les deux pays au cours de cette période?

Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas: Merci de l’opportunité que vous nous donnez d’évoquer les relations bilatérales entre le Cameroun et la Russie, 53 ans après que nos deux pays ont souverainement décidé d’établir leurs relations diplomatiques. Comme vous le savez certainement, la Russie a succédé à l’ex-URSS, et le Cameroun de son côté a reconnu à la Russie ses droits et obligations en la matière. Il s’agit par conséquent d’évoquer avec vous, quelques éléments de bilan de cette coopération.

Je dirais d’entrée de jeu que ce sont des relations excellentes, empruntes de respect mutuel, et surtout de la volonté affirmée par les deux Chefs d’Etat, Son Excellence Paul Biya d’un côté, et Son Excellence Vladimir Poutine de l’autre, d’œuvrer à leur renforcement.

 En termes statistiques, plus de 2000 cadres camerounais, toutes disciplines confondues ont été formés en Russie parmi lesquels plusieurs occupent des postes de responsabilité à ce jour tant dans le secteur public, que le secteur privé camerounais. Une école formant dans les métiers des Forêts et de la Faune a été créée ainsi qu’une autre dans les métiers de l’agriculture. Quelques entreprises russes dont notamment Lukoil, Rusgazengineering, Café de Moscou, Zaroubezhvodstroy, Africam Safari, entres autres, sont présentes au Cameroun. D’autres sont en cours de prospection en vue de leur implantation.

Le Cameroun  a organisé à Moscou du 19 au 23 octobre 2016, la première édition des journées économiques et commerciales camerounaises. Cette activité qui était présidée par Monsieur Luc Magloire Mbarga Atangana, Ministre du Commerce du Cameroun, qui était accompagné pour l’occasion d’un nombre significatif de patrons des petites et moyennes entreprises camerounaises, mais aussi de ceux de certaines des sociétés paraétatiques ainsi que les plus hauts responsables de la Chambre d’agriculture, des pêches et de l’élevage du Cameroun, avec cette particularité que toutes ces entités étaient porteuses de projets. Nous pouvons ainsi affirmer sans risque de nous tromper que cette activité marque un véritable point de départ dans le rapprochement souhaité entre opérateurs économiques des deux pays, auxquels incombent à présent la responsabilité de poser les bases d’une véritable coopération économique et commerciale dynamique. Le Ministre camerounais du Commerce a proposé à cette occasion la création à Moscou d’une bourse du café du Cameroun. Ce projet d’intérêt parmi d’autres fera l’objet d’un suivi auprès de nos partenaires côté russe au cours de cette année.

«La Vie internationale»: Je voudrais continuer avec les sujets les plus urgents pour la République du Cameroun - la lutte contre le terrorisme. Déjà depuis de nombreuses années, votre pays est opposé à un groupe terroriste "Boko Haram". Dites-moi s'il était possible d'obtenir des résultats significatifs dans ce domaine?

Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas:  Je vous remercie pour cette question qui porte sur les résultats obtenus par le Cameroun dans la lutte contre le terrorisme en général et celui du Boko Haram en particulier. Car vous l’avez si bien souligné, ce groupe a été classé depuis le 22 mai 2014 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies au rang des organisations terroristes. Face à la menace du Boko Haram qui s’est fait particulièrement pressante du fait de la porosité de la frontière entre le Nord-Nigéria et le Nord-Cameroun, la secte a pu opérer des prises d’otages dont notamment celle de la famille Moulin-Fournier avec leurs 4 enfants, puis, est régulièrement entrée dans le territoire camerounais, à la frontière nord, pour y effectuer de légères démonstrations de forces (vol de bétail, destruction de récoltes) puis disparaitre aussitôt. Le Cameroun qui n’entend pas servir de base arrière à ce groupe implanté au Nigeria voisin a, par la voix la plus autorisée, organisé sa stratégie de riposte.

 Lors du Sommet tenu à Paris le 17 mai 2014, à l’initiative du Président Hollande, et qui a regroupé les cinq chefs d’Etat de la région (Nigeria, Benin, Cameroun, Tchad et Niger) et qui portait sur les stratégies communes à adopter face à Boko Haram, S.E. Paul BIYA va se démarquer en déclarant la guerre à la secte terroriste.

Avant d’évoquer avec vous les résultats obtenus, il me semble utile de rappeler que, du fait des incursions de la secte sur le territoire camerounais : plus de 1500 morts sont répertoriés auxquels s’ajoutent 155.000 déplacés et 73.000 réfugiés, selon le dernier rapport sur le Cameroun publié par l’International Crisis Group(ICG).

Au plan économique, ces attaques ont fortement contribué au délitement du tissu économique de la région de l’Extrême-Nord, en causant la faillite de dizaines de milliers de commerçants qui dépendaient des échanges avec le Nigeria. En témoigne, la situation économique catastrophique de la région qui était autrefois le deuxième contributeur en termes de recettes douanières du pays (non liées au pétrole), après celle du Littoral, suite à la fermeture des postes de frontières et l’arrêt du trafic à cause des combats. Les destructions d’écoles, d’hôpitaux, de bâtiments et parfois de villages entiers, le vol de bétails et l’arrêt du tourisme ont entraîné une chute de la contribution de la région au PIB qui est passée de 7,3% à 5%. Ce qui traduit un manque à gagner pour le pays de 740 millions de dollars par an, soit 2,2 milliards de dollars depuis 2014.

Le chef d’Etat a ainsi opté pour la stratégie suivante : « A menace globale, riposte globale ». Mais, vu l’urgence à éradiquer les attaques de Boko Haram  devenues régulières, le Cameroun a compté avant tout sur ses forces armées et de sécurité, ensuite sur la défense populaire, et, enfin, sur la coopération internationale.

Le Cameroun est passé de la déclaration de guerre à l’acte de guerre. La parfaite coordination et l’engagement sans faille des troupes camerounaises sur les différents théâtres ont considérablement amoindri la capacité de nuisance de Boko Haram qui, ces derniers mois, a opté davantage pour les mines anti personnels et les attentats kamikazes menés par des adolescents jeunes filles et garçons. Mais la situation est maintenant sous contrôle.

 C’est une conjugaison de facteurs ainsi que je viens de souligner, qui a permis de refreiner les ardeurs des attaques terroristes du Boko Haram. Le Cameroun par la voix la plus autorisée remercie la Russie pour sa solidarité à nos côtés dans ces moments difficiles. A ce jour, les autorités administratives et militaires ont allégé les mesures contraignantes de sécurité jusque-là en vigueur sur l'étendue de la région de l'Extrême-Nord. Le trafic avec le Nigeria a repris. Mais la vigilance accrue reste de mise jusqu’à l’éradication complète de cette organisation qui a déclaré son allégeance à l’Etat Islamique en se faisant désormais appeler « Représentant de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest ».

«La Vie internationale»:А cause des actes terroristes de groupes militants, dans le pays verse un grand flux de réfugiés. Quelles mesures le gouvernement pour faire face à ce problème?

Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas: Je commencerai par dire que les mouvements forcés des populations, pour diverses raisons, paraissent aujourd’hui plus qu’hier une préoccupation majeure à l’échelle planétaire. En effet, les statistiques disponibles en ce qui concerne particulièrement les réfugiés nigérians du Boko Haram que l’on retrouve principalement dans le camp de Minawao dans la région de l’Extrême-Nord font état de plus de 70.000 personnes.

A cela il faut ajouter plus de 150.000 déplacés internes et autres réfugiés venant d’un pays voisin ayant connu une crise politique interne. Soit près de 400.000 réfugiés et personnes déplacées à gérer.

Face à cet afflux de réfugiés, il se pose de nombreux problèmes dont entre autres : la sécurisation des camps, leur hébergement, leur prise en charge sanitaire en rapport avec les menaces de diverses épidémies sanitaires à l’alimentation. A cela, il faut ajouter les conflits qui naissent avec les populations autochtones, les problèmes d’éducation des plus jeunes, le chômage et l’inévitable problème d’insécurité, en raison du fait que certains de ces réfugiés font régner l’insécurité dans les camps où ils sont accueillis.

Au rang des autres défis : la sécurisation du système d’état civil, certains réfugiés finissant par solliciter leur naturalisation, il en est de même de la situation des enfants nés sur le territoire camerounais.

Face à sa tradition légendaire de pays d’accueil, le Cameroun a adopté une batterie de mesures dont la plus symbolique est la création, le 13 mars 2014, du Comité interministériel ad hoc chargé de la gestion des situations d’urgence concernant les réfugiés. Cette instance qui regroupe plus de dix ministères comprend également des structures du système des Nations Unies telles : le Haut Commissariat aux Réfugiés, l’Organisation Mondiale de la Santé, le Programme des Nations Unies pour le Développement, l’Organisation des Nations Unies pour l’Enfance, l’Organisation Internationale des Migrations. En font également partie, des organismes comme Plan International Cameroon, le Comité International de la Croix Rouge, etc. Toutes ces entités aident le gouvernement à agréger les défis qui se posent aux réfugiés et personnes déplacées au Cameroun.

C’est l’occasion de souligner l’apport inestimable du Ministère des Situations d’Urgence de Russie qui, en deux temps, en février et juin 2015, a apporté une aide humanitaire substantielle au Cameroun en guise de la solidarité et de l’appui du gouvernement russe à la gestion de la situation des réfugiés sur son sol.

«La Vie internationale»: Du 24 au 26 Janvier à Abidjan, Côte d'Ivoire, il y avait une exposition d'armes et d'équipements spéciaux pour les forces de police et de la gendarmerie «Shield Africa-2017». Selon les médias, sur le stand de «Rosoboronexport» a montré un vif intérêt dans de nombreux pays africains, dont le Cameroun. Selon le chef de la délégation russe, Vadim Startsev, l'exposition est organisée pour la première fois lors de cette exposition, basée sur le développement progressif des relations militaro-techniques avec la Côte d'Ivoire et d'autres pays de la région. Une longue expérience de la coopération, le rendement élevé des armes russes et la nécessité de redoubler d'efforts dans la lutte universelle contre la menace terroriste ouvre de nouvelles opportunités pour accroître l'offre de produits russes de défense du continent. Comment commentez-vous ses paroles?

Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas:  La coopération de la Russie avec les pays africains en matière militaro-technique est sans aucun doute un des secteurs d’avenir, tenant compte non seulement de diverses menaces à leur sécurité auxquelles la plupart de ces pays font face, mais surtout de la nécessaire mutualisation des forces dans le contexte de la menace terroriste dans laquelle aucun pays pris isolément ne saurait y apporter des réponses.

Par ailleurs, le fait que la Russie dispose d’une littérature abondante quant à la qualité de ses produits de défense, associé aux initiatives de promotion desdits produits par la société «Rosoboronexport» auprès des pays africains, sont autant de raisons d’espérer quant au développement progressif de la coopération militaro-technique avec nombre de pays africains dont le Cameroun.

«La Vie internationale»: En Octobre l'année dernière, la Chambre publique de la Fédération de Russie a tenu une table ronde «Des compatriotes russes vivant au Cameroun: la coopération pratique et la diplomatie publique» dans laquelle vous avez pris une part directe. Pendant l'événement, vous avez apprécié l'initiative humanitaire de la Russie en Février 2015, notant que cette solidarité du gouvernement russe a ouvert de nouvelles possibilités de coopération bilatérale. Quel genre de possibilités?

Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas: L’on dit souvent : «C’est dans le malheur qu’on reconnait ses vrais amis». Le Cameroun ainsi que le montrent les développements ci-dessus, s’est retrouvé obligé de faire une guerre pour la préservation de l’intégrité de son territoire ainsi que de la sécurité de ses citoyens.

Dans le contexte de rareté des ressources, l’incidence financière dans son budget pour soutenir l’effort de guerre est énorme. S’il faut y ajouter le lot de réfugiés et personnes déplacées sur son sol, qui pose in fine celui de la prise en charge humanitaire de plus de 400.000 réfugiés et personnes déplacées, vous comprenez aisément que le geste fort de solidarité de la Russie ait été hautement apprécié non seulement des hautes autorités mais également du camerounais lambda.

Dès lors, la Russie dont le savoir-faire en matière humanitaire et de gestion des situations d’urgence mais aussi dans d’autres domaines de la science et de la technologie est établi, devrait en tirer avantage pour développer avec le Cameroun des niches de coopération qu’il serait fastidieux de détailler ici.

«La Vie internationale»: Aussi à l'événement a vu la participation le président de l'Association «Les centres d'affaires russes» au Cameroun Olga Gogolina. Comment évaluez-vous la contribution réelle du Centre pour le développement des relations bilatérales?

Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas: La présence du « Centre russe d’affaires » au Cameroun est une initiative à saluer. Elle constitue  le prolongement de l’excellent travail de terrain qu’abattent nos collègues de l’Ambassade de Russie à Yaoundé. Elle est surtout la mise en œuvre par la diaspora russe d’une volonté d’intégration dans leur pays d’accueil ainsi que de leur contribution au rapprochement entre milieux d’affaires des deux pays. Le travail scientifique afférent à la publication en 2016 du premier numéro du « Guide des affaires » sous la direction de la Présidente dudit centre avec le concours des institutions publiques et privées camerounaises est bien la preuve que l’une et l’autre partie souhaitent bâtir des ponts de nature à impacter la coopération bilatérale.

«La Vie internationale»: Combien camerounais sont constamment vivre en Russie? Maintenant, le programme à attirer, à la formation et à l'emploi des étudiants étrangers, organisé par L’Université russe de l’amitié des peuples (URAP) gagne en popularité. Y at-il aucun intérêt pour l'éducation russe chez les jeunes camerounais?

Monsieur Oyono Oyono Jean Stanislas:  Les statistiques sur les camerounais résidant en Russie ne sont pas consolidées. Mais les données disponibles les estiment à plus de 5000 compatriotes. En ce qui concerne le programme de sensibilisation, de formation et de placement professionnel des étudiants étrangers en Russie, nous pouvons affirmer qu’il y a un engouement ainsi qu’un intérêt réel pour l’enseignement russe dans la jeunesse camerounaise.

A titre d’illustration, et me référant aux statistiques communiquées par Rossotroudnichestvo pour l’année 2017/2018, plus de 1000 jeunes camerounais sont déjà enregistrés sur le site « studyinrussia.ru » en vue de bénéficier d’une facilité pour venir étudier en Russie. A cela s’ajoute le fait que, chaque année, plus de 100 jeunes camerounais postulent au programme de bourses de coopération du gouvernement russe. Ce chiffre n’intègre pas ceux qui souhaitent se former sous le mode contractuel dont on sait que les statistiques évoluent à la hausse d’année en année.

La jeunesse camerounaise faut-il le souligner, est très studieuse. Je saisis l’occasion de cette tribune pour émettre le souhait qu’au-delà de l’Université de Russie de l’Amitié des Peuples, d’autres universités russes et académies agréées envisagent la possibilité d’arrangements et ou de partenariats avec leurs homologues camerounaises en vue d’offrir à la jeunesse camerounaise des savoirs  et savoir-faire dont l’effet induit sera non négligeable à terme pour chacune des parties.

Read 138 times Last modified on vendredi, 24 février 2017 11:37