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mercredi, 16 novembre 2016 13:45

SYRIE : ATTENTE STRATÉGIQUE

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L’effondrement de l’accord de cessation des hostilités mis au point par Moscou et Washington a ouvert la voie à la reprise des hostilités, principalement à Alep. L’armée de l’air russe a appuyé les opérations menées au sol par les « troupes chiites » avec pour objectif de prendre Alep-Est où sont retranchés environ 4 000 combattants du Jabhat Fatah al-Sham (ex Front al-Nosra) et 2 000 à 4 000 rebelles issus d’autres groupes islamistes. Le recours massif aux bombardements par les aviations russe et syrienne a soulevé de virulentes critiques en Europe et aux États-Unis, provoquant une passe d’armes diplomatique entre Paris et Moscou au Conseil de sécurité de l’ONU par vetos interposés, et l’annulation de la visite de Vladimir Poutine à Paris. Contrairement à ce qui a pu être annoncé au lendemain de l’échec de la trêve russo-américaine, les contacts diplomatiques entre Russes et Américains se sont bien poursuivis. Le 15 octobre, John Kerry et Sergueï Lavrov se sont retrouvés à Lausanne avec les ministres des Affaires étrangères de sept États de la région (Arabie saoudite, Égypte, Irak, Iran, Jordanie, Qatar et Turquie). Bien qu’elle n’ait débouché sur aucune percée, cette rencontre pourrait marquer la naissance d’un nouveau format de discussion. Plus resserré que celui du groupe de soutien international à la Syrie et incluant, outre les « parrains » du processus de Genève, des États régionaux, ce groupe se caractérise par une composition équilibrée. D’un côté se trouvent la Russie, l’Iran et l’Irak, qui ont formé une coalition en vue de maintenir le régime syrien en place, et de l’autre, les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Qatar, qui souhaitent le départ de Bachar al-Assad. La Turquie, la Jordanie et l’Égypte ont adopté des positions plus souples vis-à-vis de la question du président syrien et occupent une place intermédiaire entre les deux autres groupes d’États (même si Ankara continue d’apporter son soutien à des groupes islamistes à Alep).

Trois jours après cette réunion, le 18 octobre, Moscou annonçait que les frappes sur Alep étaient suspendues pour quelques heures. Cette « trêve » unilatérale est maintenant en vigueur depuis plus de trois semaines, la Russie l’ayant prolongée par une succession de reconductions. Moscou a par ailleurs instauré une « zone d’exclusion aérienne » dans un rayon de 10 kilomètres autour de la ville. Quels sont les enjeux de cette trêve ? Il s’agit tout d’abord d’un geste clair de bonne volonté de la part du Kremlin qui poursuit plusieurs objectifs : faire redescendre la pression diplomatique entre Moscou et les Occidentaux, tenter de promouvoir une initiative d’évacuation des civils et des rebelles d’Alep-Est via des corridors prédéfinis, et établir à cette occasion la sempiternelle distinction entre « rebelles » et « terroristes ». Au demeurant, l’évacuation des civils comme des rebelles d’Alep-Est a été un échec, les conditions de sécurité n’ayant manifestement pas été suffisantes pour qu’ils puissent emprunter les corridors. Il s’agit de plus pour la Russie de démontrer aux États-Unis qu’elle est capable d’instaurer et faire respecter une promesse de cessez-le-feu sur un territoire donné pour une période définie. L’accord de septembre prévoyait à cet égard une trêve de sept jours comme préalable à des frappes conjointes russo-américaines sur des groupes djihadistes. À travers leur geste, les Russes souhaitent ainsi se présenter comme des partenaires capables, toujours ouverts au compromis, malgré l’échec de septembre. L’initiative russe s’est prolongée en dépit de la contre-offensive lancée fin octobre par les rebelles pour briser le siège d’Alep-Est. À ce titre, la Russie s’expose à des critiques émanant de ses alliés iraniens et syriens qui privilégient l’option militaire. Cette interruption a certes permis aux rebelles encerclés de se regrouper et de se réorganiser alors qu’ils battaient en retraite. Mais si les critiques se sont tues, c’est que les forces loyalistes au sol sont épuisées et ont atteint leurs limites opérationnelles. En outre, Téhéran courrait aussi le risque d’être touché par les réprobations émanant des capitales européennes et des États-Unis à l’encontre de Damas et Moscou. Or,le régime iranien ne souhaite pas non plus compromettre les fruits économiques de la normalisation progressive de ses liens avec l’Occident. Enfin, la pause instaurée par la Russie a mécaniquement accordé un espace médiatique plus important à l’offensive lancée par la coalition internationale sur Mossoul le 17 octobre – soit quelques heures avant le premier cessez-le-feu russe. Si 270 000 personnes vivent à Alep-Est, ce sont un million d’habitants qui se trouvent à Mossoul sous la coupe de l’État islamique. Les critiques entendues dans le cas d’Alep concernant le recours disproportionné à la force et la destruction d’infrastructures civiles pourraient bientôt s’appliquer à la bataille de Mossoul.

Alors que l’avènement de l’administration Trump se profile à l’horizon, Moscou a donc opté pour l’attente stratégique qui lui permet aussi de préparer l’assaut sur Alep-Est. Tandis que le groupe aéronaval russe emmené par le porte-avions Amiral Kouznetsov a déjà atteint les eaux du Levant, l’Iran a renforcé ses effectifs en Syrie et de nouvelles recrues chiites sont arrivées d’Afghanistan et d’Irak. La période de transition du pouvoir aux États-Unis ouvre une fenêtre de possibilités jusqu’au 20 janvier 2017, date de l’entrée en fonction de Donald Trump. Durant cette période dite du « canard boiteux » (« Lame duck »), ce qui se passe en Syrie sera « gratuitement » imputé à l’administration sortante par le futur gouvernement américain. Les Russes et leurs alliés ont donc un peu plus de deux mois devant eux pour prendre Alep-Est et renforcer ainsi la posture du régime syrien en vue d’un nouveau tour de négociations avec la nouvelle équipe américaine.

 

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